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Il ne faut pas compter sur la croissance

A Bilbao en juin 2012. REUTERS/Vincent West

A Bilbao en juin 2012. REUTERS/Vincent West

L’activité économique a stagné en France au premier semestre et les perspectives restent incertaines. Faute de croissance, la tendance spontanée restera à la destruction d’emplois.

Les chiffres du deuxième trimestre 2012 sont sans ambiguïté : le PIB de la zone euro a fléchi de 0,2 %, après avoir stagné au cours des trois premiers mois de l’année. Par rapport au même trimestre de 2011, le recul est de 0,4 %. Au cours de la même période, la croissance américaine s’est élevée à 2,2 % et celle du Japon a atteint 3,6 %, grâce, en partie, aux travaux de reconstruction après le séisme du 11 mars 2011. 

Les pays en situation budgétaire difficile tirent l’Europe vers le bas : le recul du PIB sur un an atteint 6,2 % en Grèce selon les estimations actuelles, 2,5 % en Italie, 2,4 % à Chypre, 1 % en Espagne. L’Allemagne ralentit aussi, mais reste en progression de 1 %, contre  0,3 % pour la France, qui a subi trois trimestres consécutifs de croissance zéro.

Faux débat

La plupart des commentateurs ont souligné que nous avions évité la récession. C’est exact, du moins pour l’instant. Remarquons que la croissance du quatrième trimestre 2011 avait été estimée initialement à 0,2% —elle a été ensuite revue en baisse à 0,1%, puis à 0%. On ne peut exclure qu’un scénario comparable se reproduise pour l’un des deux premiers trimestres de 2012, voire pour les deux.

Si cela se produit, le terrible mot en «r» sera prononcé: on parlera alors de récession. Comme si un ou deux dixièmes de point en plus ou en moins changeaient réellement la donne, comme si on basculait  avec de si faibles écarts de l’ombre à la lumière ou inversement.

La réalité profonde de notre économie est que nous sommes en panne de croissance. On peut se faire peur en agitant le spectre de la récession, on peut au contraire refuser de voir les choses en face et se dire que cela ira mieux demain. Le plus probable est que nous allons rester plusieurs trimestres encore dans cette zone grise où rien ne justifie une chute brutale de l’activité, mais où rien non plus ne vient apporter une réelle amélioration.

Scénario noir

Un scénario noir peut être envisagé si les dirigeants européens ne réussissent pas à faire revenir la confiance sur le continent. Ce n’est pas le scénario le plus probable, mais on ne peut l’exclure. Si l’Italie et l’Espagne ne peuvent emprunter à des taux plus raisonnables, le poids de leur dette ne s’allégera pas et leur économie faiblira encore.

La BCE s’est engagée à intervenir sur le marché si les pays concernés font officiellement appel à l’aide des mécanismes européens. Le gouvernement espagnol semble se résoudre à accepter cette condition, l’Italie semble pouvoir s’en passer. Dans les deux cas, des conditions de financement économiquement supportables peuvent être envisagées si chacun joue son rôle.

Mais la situation peut devenir plus délicate si, par exemple, la Cour constitutionnelle allemande déclare que le Mécanisme européen de stabilité n’est pas conforme au droit allemand. La situation actuelle de l’Europe est fragile, le temps joue contre elle. S’il faut renégocier de nouvelles mesures de sauvetage et recommencer les procédures de ratification nationales, des tensions très fortes seront une fois de plus enregistrées sur les marchés.

Même si l’on estime que les dirigeants européens ont tiré la leçon de plusieurs années de crise et sont enfin prêts à faire tout ce qu’il faut pour sauver l’euro et leur économie, on peut d’autant moins exclure un scénario noir qu’il n’y a pas de consensus dans les pays concernés pour une coopération européenne renforcée.

Energie chère

A l’opposé, on peut exclure un scénario rose qui serait caractérisé par une sortie rapide de l’ornière. Même si la confiance revient dans la construction européenne et si la zone euro sort enfin de la crise, les difficultés seront longues à surmonter : le désendettement des Etats, la remise à flot du système bancaire, tout cela prendra du temps.

Il serait souhaitable que la Grèce et l’Espagne obtiennent des délais pour la remise en ordre de leurs finances et de leur économie et puissent éviter d’avoir à pratiquer des politiques budgétaires toujours plus restrictives. Il serait bien que, parallèlement, les pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou les Pays-Bas, qui ont des situations plus saines, s’abstiennent de mener des politiques ultra-orthodoxes. Mais il ne faut pas se leurrer : on est encore loin d’une coopération optimale qui verrait certaines régions de la zone euro mener des politiques expansionnistes tant que les autres sont condamnées à une grande rigueur.

Il ne faut pas oublier non plus que le contexte international demeure faiblement porteur. Les Etats-Unis connaissent une sortie de crise laborieuse, le Japon commence à s’essouffler et la Chine ralentit : elle subit la baisse de la demande européenne et des investissements internationaux ; on attend des mesures de relance de la demande intérieure. Enfin, il ne faut pas oublier la remontée des prix internationaux du pétrole, d’autant plus sensible en Europe que l’euro a fléchi face au dollar.

Toutes les périodes d’énergie chère sont suivies par un tassement de la croissance. Les économistes interrogés par la Banque centrale européenne estiment maintenant que le PIB de la zone euro reculera de 0,3 %  en 2012  et ne progressera pas de plus de 0,6 % en 2013. C’est une situation que l’on commence à bien connaître de ce côté de l’Atlantique : à la morosité du moment présent doit succéder une reprise, qui déçoit toujours…

Voir loin

Les responsables politiques doivent maintenant l’admettre : ce n’est pas la croissance qui viendra les aider à résoudre leurs problèmes dans les prochains trimestres. Au deuxième trimestre, l’économie française a perdu 11.700 emplois salariés dans les secteurs marchands non agricoles.

Signe inquiétant : l’explication de ce mauvais résultat est à rechercher surtout du côté de l’intérim, ce qui est généralement de mauvais présage pour l’emploi en général. Les emplois d’avenir annoncés par le candidat Hollande et les contrats de génération devraient permettre de limiter la hausse du chômage d’ici à la fin de l’année et en 2013, mais ils ne devraient pas pouvoir l’éviter.

C’est une raison supplémentaire de travailler à toutes les mesures structurelles  qui devraient à terme permettre de soutenir l’emploi. Il s’agit notamment d’améliorer la formation initiale des futurs salariés ainsi que la formation continue, de façon à obtenir une meilleure adéquation entre la demande et l’offre de travail.

Ces politiques ne sont pas payantes électoralement parlant : leur effet bénéfique se fait sentir à long terme. Mais il n’y a pas le choix : si l’on attend que la croissance vienne rééquilibrer le marché de l’emploi, on va au devant de grandes déceptions. Il faut voir loin dès maintenant, car demain risque fort de ne pas être beaucoup plus favorable qu’aujourd’hui. La solution au problème de l’emploi est plus structurelle que conjoncturelle.

Mais il ne faut pas se tromper dans le choix de ses outils: la réduction du temps de travail, par exemple, aurait pu être un élément de réponse,  mais pas avec 35 heures payées 39. Les politiques vont avoir besoin de spécialistes du marché du travail, de femmes et d’hommes de terrain.
 
Gérard Horny

Cet article a été précédemment publié sur Emploi Parlons Net

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