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La Grande-Bretagne n'a pas inventé l'eau tiède

Hugues Serraf, mis à jour le 14.11.2012 à 16 h 21

La salle de bain britannique contemporaine est un magnifique hommage à Dickens. Oliver Twist ne serait pas dépaysé.

 London bathroom,  Gan Med 64 via Flickr CC License By

London bathroom, Gan Med 64 via Flickr CC License By

La Grande-Bretagne est incontestablement un pays moderne et développé. Puissance économique majeure du Nord de l’Europe, pionnière de la révolution industrielle, réputée pour la sophistication de ses techniques de manipulation des marchés monétaires et la subtilité de son thé à la bergamote, elle est capable d’organiser des Jeux Olympiques époustouflants ou de se faire rembourser l’essentiel de sa contribution au financement de l’Union européenne chaque année depuis un quart de siècle.

Pas mal, non, pour un territoire à peu près sans ressources naturelles et tout juste grand comme une moitié de France…

Un truc que la Grande-Bretagne ne sait absolument pas faire, pour autant, c’est une salle de bain digne de ce nom. Un endroit confortable dans lequel on aurait plaisir à se décrasser après un match de cricket ou à se relaxer après une session de binge drinking. La salle de bain britannique, c’est tout sauf un lieu d’aisance, ce qui est d’autant plus paradoxal qu’elle intègre souvent des toilettes.

Ce qui frappe en premier, c’est l’absence de robinet à mélangeur. Sur le minuscule lavabo (le lavabo est toujours trop petit, tout comme la salle de bain elle même, en fait) trônent deux robinets séparés qui suggèrent que nos voisins du dessus n’ont toujours pas inventé l’eau tiède. Du coup, c’est lavage des mains à l’eau glacée et rasage par ébouillantement obligatoires. Que la salle de bain ait besoin d’un bon ravalement ou qu’elle vienne tout juste d’être rénovée à grands frais, c’est pareil: le mélangeur y reste aussi incongru qu’un portrait de Wellington dans un intérieur gaulois.

Chaud et froid en simultané

Bon, j’exagère un peu parce qu’il arrive que l’on tombe sur un mélangeur dans une salle de bain britannique. Les Anglais voyagent beaucoup, ils aiment bien regarder des séries américaines à la télévision et peuvent avoir repéré ce curieux petit instrument que le reste du monde utilise pour se fabriquer de l’eau à la bonne température. La copie qu’ils en ont tiré, toutefois, tient davantage du bouturage horticole que de la plomberie: parce que leurs mélangeurs ne sont pas équipés d’un mécanisme chargé de brasser l’eau qui arrive de deux sources distinctes, c’est à un filet simultanément chaud (à gauche) et froid (à droite) que vous avez droit.

Ça surprend un poil la première fois. Et aussi la deuxième et la troisième en fait, même si l'on dit que froggy échaudé craint l’eau froide:

L'évolution de la plomberie britannique (en anglais)

Notez que ce problème de robinet reste gérable, puisqu’on peut toujours remplir le lavabo avant de faire ses ablutions même si ça n’est pas ce qui se fait de plus hygiénique... Non, le gros problème de la salle de bain britannique, c’est la douche.

De fait, dans la plupart des cas, il n’y a pas de douche du tout puisque c’est le bain qui est vraiment populaire localement. On se débrouille alors pour se rincer avec une sorte de petit tuyau en caoutchouc que l’on ventouse à des robinets identiques à ceux du lavabo (en vente dans les magasins de bricolage et les  supermarchés). Mais lorsqu'une douche proprement-dite est prévue, il s’agit généralement d’un flexible relié à une curieuse pompe électrique fixée au mur, laquelle est censée compenser l’absence systématique de pression.

Plutôt que de réfléchir au moyen d’accroître le débit (il s’agirait d’une question de normes spécifiques sur la façon dont l’eau doit circuler dans la tuyauterie pour éviter la légionellose et la présence de rats dans les réservoirs, m'assure un plombier de Coventry), le Royaume-Uni a préféré développer toute une industrie de la «shower pump» dont la marque Triton est le leader incontesté.

La pression est à peine moins ridicule mais l'eau tiède est parfois au rendez-vous même si c'est très aléatoire. Le non-initié risque d'ailleurs de ne jamais parvenir à mettre en route le bidule, plus compliqué à programmer qu'un enregistrement sur un vieux magnétoscope VHS.

Triton met la pression (en anglais)

La propension qu’ont nos amis british à couvrir le sol de leurs salles de bain d’une moquette dont le contact constamment humide sous le pied nu est particulièrement répugnant est également assez surprenante. Tout comme  leur insistance à remplacer l’interrupteur par une petite ficelle descendant du plafond qui vous reste dans la main si vous tirez dessus trop violemment mais vous laisse dans le noir si vous êtes trop timide, ou encore leur goût pour ce système de chasse d’eau à levier qui  descend mais ne remonte pas... 

La salle de bain britannique, c'est la traduction plombière de la vision de l'humanité primitive chez HobbesNasty, brutish and short »), c'est moche, glauque et mal fichu. Mais pour les JO, hein, chapeau!

Hugues Serraf

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