RSA: l'exemple du bon réformisme
Le Revenu de Solidarité Active marque le passage d'une logique d'allocations à une logique visant à sortir de la pauvreté par le travail.
- -
Tandis que Barack Obama se heurte à de rudes oppositions pour augmenter les allocations chômage et pour offrir une couverture sociale universelle, en France c'est un gouvernement de droite qui généralise, sans véritables objections, le Revenu de Solidarité Active. Le RSA remplace différentes allocations dont le RMI et permet de les cumuler avec les revenus d'un travail partiel. En 1988, lors de la création du RMI (Revenu minimum d'insertion) par la gauche, la droite s'était élevée arguant que l'individu mérite qu'on l'aide, certes, il a des droits, mais aussi des devoirs, notamment celui de chercher du boulot. Le débat s'était ouvert entre une morale de l'effort et une morale de la solidarité.
La gauche l'a emporté et avec elle s'introduit une révolution: le lien qui existait entre revenu et travail a été dénoué au profit d'une autre logique: le droit d'insertion, comme le raconte la sociologue Monique Dagnaud, directrice de recherche au CNRS, dans un livre qui retrace la naissance politique du RSA (Martin Hirsch, le parti des pauvres, Editions de L'Aube).
Outre-Atlantique, le débat n'est pas clos. Les Républicains contestent par principe que l'Etat puisse venir au secours de l'individu. A lui de se débrouiller. Ils refusent aussi la nationalisation de l'automobile et ce «Big Government» que réintroduit Barack Obama sur plusieurs terrains. Plus rien de tel en France, Nicolas Sarkozy crée le RSA qui passe comme une lettre à la poste. Cette date du 1er juin, de naissance nationale du RSA, en dit tout de même long sur la largesse de l'Etat social en France par le fait que l'ensemble des partis politiques sont acquis à cette idée.
La petite politique n'est pourtant pas absente. Bien évidemment, personne n'est dupe. Nicolas Sarkozy a pour l'occasion pioché dans le programme de la gauche (le RSA était une des propositions de Ségolène Royal) et dans son vivier. Martin Hirsch, était le président d'Emmaüs; c'est le successeur de l'abbé Pierre que Nicolas Sarkozy met dans son gouvernement ! La prise est belle et le RSA sera un très gros argument lors de la campagne 2012: «la gauche en a rêvé (et Obama avec) et je l'ai fait !» Les critiques mécaniques de la gauche copiant l'extrême gauche contre son personnage de «liquidateur ultra-libéral» butteront sur ces trois lettres, RSA.
Le débat politique n'est pas vraiment absent en coulisses et c'est tout l'intérêt du livre de Monique Dagnaud que de le raconter. Parmi les opposants au RSA au sein de la majorité, Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, est le plus dur. D'abord parce que la remise de nombreux Rmistes à la recherche de travail va augmenter les statistiques de l'ANPE (de 300 000 peut-être). Ensuite parce qu'à un moment, en face des dépenses du RSA (1,5 milliard d'euros), le gouvernement envisageait de ponctionner la prime pour l'emploi (PPE), une autre aide versée aux salariés peu payés. Or, la PPE «ce sont nos électeurs qui la reçoivent». Voilà du clair cynisme. L'UMP ne perd pas le nord: les pauvres, les Rmistes et autres allocataires du bas de l'échelle ne votent pas pour elle, pourquoi leur offrir des fleurs ? Et bien parce que le président de la République pratique la triangulation (piquer des idées à l'adversaire), pense à 2012 et le veut.
Au delà de ce pur électoralisme, si le RSA ne provoque plus de débat politique, il faut s'en réjouir, poursuit Monique Dagnaud. Cette réforme «intelligente», inventée aux Etats-Unis et reprise par Tony Blair, inscrit le passage du welfare (les allocations) au workfare (sortir de la pauvreté par le travail). Le RSA établit aussi le principe que ce soit l'Etat qui paie les pauvres, même quand ils travaillent. Enfin, le RSA «entérine le fait, que l'emploi durable n'est pas pour tout le monde». Autant de révolutions ! Mais il s'agit d'une réponse pragmatique aux nouvelles conditions de vie et de travail morcelé et précaire que beaucoup connaissent maintenant.
Gauche et droite admettent en somme ce constat et la nécessité de modifier l'Etat social de masse tel qu'il était auparavant quand la norme tournait autour du couple simple: le CDD (Contrat à durée déterminée) ou le chômage. La réalité est aujourd'hui plus complexe et le clivage gauche/droite bâti sur les vieilles normes n'est plus opérant. Le RSA est en ce sens trempé dans un réformisme moderne, a-politique et innovant. D'où in fine, le pourquoi du passage de Martin Hirsch chez «l'ennemi». Tel est du moins l'analyse de Monique Dagnaud.
Puis, il y a la surprise de la crise. Mauvaise et bonne nouvelle pour Martin Hirsch. Mauvaise parce qu'encourager financièrement les allocataires à chercher du travail n'est possible que s'il y a du travail! Or, le chômage devrait croître de 650 000 personnes cette année, d'après l'Unedic. Certains petits emplois de service pourront résister mais dans l'ensemble la réforme tombe très mal. Les expérimentations engagées dans 34 départements, bien qu'écourtées, ont déjà montré que l'incitation financière n'entraînait pas de changement majeur dans le comportement des allocataires. Ils ne sont que marginalement plus nombreux à chercher un job, soulignant soit que l'incitation reste trop faible (en clair 1,5 milliard d'euros seraient insuffisants) soit que les difficultés à reprendre un travail sont multiples et ancrées très en profondeur. Mais si en plus le travail disparaît, alors l'objectif même de la réforme est remis en cause, ou du moins différé.
Bonne nouvelle en revanche sur l'aspect traditionnel du RMI: l'allocation pour les pauvres. La crise va multiplier les situations difficiles et la réforme tombe à pic de ce point de vue en distribuant au total 10,5 milliards d'euros aux personnes dans le besoin. Autant pour le pouvoir d'achat. Nicolas Sarkozy, quand il gouverne à gauche, ne s'en sort pas si mal...
Eric Le Boucher
Photo: Une agence de pôle emploi Reuters
Mis à jour le 04/06/2009 à 15h53








































Est-ce gouverner à gauche que de mettre en place des systèmes actifs de solidarité ? Non, c'est tout simplement intelligent. La rivalité droite-gauche semble plus que jamais une notion obsolète, le RSA en est le parfait exemple.
A la limite, on se contrefiche aujourd'hui de savoir qui est le papa de cette bonne idée. L'histoire retiendra simplement que cela a été mis en place en 2009 par le gouvernement du Nicolas.
Si l'idée de ce RSA est aussi bonne pouquoi le Ps en son temps ne l'a pas mis en place ? Il serait interressant que notre chroniqueur Hollande s'explique là dessus. Il ne pourra sans doute pas le faire car il serait obligé de rendre hommage au volontarisme de Nicolas. Mr Le Boucher aurait été parfait dans son article si il avait conclu sur ce point. Mais bon, on s'améliore petit à petit.
Alors, qu'il y ait quelques ratés lors de la mise en place, que la crise perturbe un peu la performance du RSa, soit. Les objections de Mr Le Boucher ne permettrons pas de gommer la reussite en devenir du RSA.
Cordialement,
Le 9 mars, E. Le Boucher s'appropriait les critiques des économistes sur les "Reformes ratées de N? Sarkozy". Parmi celles-ci, le RSA occupait une place de choix. Voilà qu'aujourd'hui cette réforme serait bien menée. Le RSA, on le verra assez vite, n'est qu'une augmentation du RMI en plus incitatif. Pour avoir essayé d'embaucher des personnes au RMI, je sais qu'il concerne 2 populations: des gens qui y sont par opportunité de manière transitoire (ils se satisfont de 400 € mensuels sans contrainte), d'autres qui sont peu employables. Les premiers seront éventuellement plus enclins à travailler mais seulement quand leur état transitoire sera terminé (quand on gagne 400 € sans travailler et qu'on sait que demain on peut gagner le smic c'est pas de gagner 100 € de plus qui motive), les seconds seront toujours aussi peu employables. Les résultat des expérimentations donne d'ailleurs peu d'amélioration du retour à l'emploi. Non, le RSA restera comme un coup fait par M. Hirsch, comme la contrepartie à sa trahison("voyez mes amis les pauvres, je n'y suis pas allé pour rien"). Il est vrai que F. Amara et B. Kouchner se suffisent du poste mais au moins ne coûtent-ils pas des milliards d'€ au budget de l'état.
Mr JBoss, je viens (par acquis de conscience) d'aller lire l'article "Reformes ratées de N. Sarkozy", et en effet, le RSA y est cité, une fois, et comme faisant parti des "autres sujets traités par les auteurs" (du livre en question).
Le RSA occupait donc une place de choix dans cet article ?? !! un peu moins de mauvaise foi aiderai à garder élevé le niveau des commentaires de ce (bon) journal.
Mr Corto74, vous dites "La rivalité droite-gauche semble plus que jamais une notion obsolète", et pourtant, vous demandez ensuite à Mr Hollande de venir s'expliquer sur le RSA ?? cela me semble une parfaite illustration de l'opposition droite/gauche... J'ai du mal à comprendre l'intérêt de vos remarques autrement que par la volonté de profiter d'une aubaine, grâce à LA réforme Sarkosy qui n'est pas une catastrophe (et éventuellement le statut d'auto-entrepreneur, Mr Le Boucher pourrait un jour nous donner un avis quand à ce nouveau statut). Mais bon, les commentateurs "politiques" des journaux ne peuvent s'en empêcher, heureusement, ils sont aussi très facile à repérer.
Maintenant, pour ce qui est du RSA, il y aurait à dire. L'analyse de Mr Le Boucher est (comme souvent), excellente et didactique, et on ne peut qu'être d'accord avec l'affirmation que la période est loin d'être idéale pour que sa mise en application soit d'un réel intérêt (clairement, le chômage qui se réinstalle ne va pas aider à trouver du boulot... même si on est motivé par le RSA !).
Le RSA était une réforme nécessaire (quelle que soit la période) pour éviter les effets de seuil qui ont bouffé le principe humaniste du RMI, amenant à une situation ou il était plus "rentable" de rester au RMI/CMU/autres aides que de prendre un emploi. C'est aussi une réforme qui est encore améliorable, avec le recul de l'expérimentation, et qui ne coute pas si cher que ça (toute proportion gardée).
Si le RSA peut permettre d'en finir avec l'argument "regardez moi ces fainéants [généralement un groupe ethnique... ah le racisme ordinaire en France] qui préfèrent toucher le RMI plutôt que trouver un travail", alors il aura rempli sa mission. Malheureusement, on en est loin. Maintenant, est-ce une si mauvaise chose. Et là, le débat s'étend.
Même si fortement marqué "à gauche", je continue à avoir du mal à comprendre pourquoi l'état donne chaque mois une somme forfaitaire à tous ceux qui en font la demande, et ce sans demander de contrepartie. Tout comme la citoyenneté, qui donne des droits et des devoirs, l'accession à l'aide de l'état devrait s'assortir de devoirs, ce qui n'est pas le cas.
Évidemment, la solution de filer de la thune est la solution de facilité. L'État s'engage peu, et n'a pas trop à réfléchir ensuite, se donnant ainsi bonne conscience avec peu de travail.
La réforme de la solidarité doit se faire à un niveau plus profond que cela en France. Un nouveau Contrat Social doit naître, basé non sur l'argent quand il s'agit de solidarité, mais sur les besoins des personnes à aider. D'ailleurs, certaines initiatives prennent ce sens (gratuité des transports, des musées et des bibliothèques, CMU). Ne pourrait-on étendre ces initiatives ? Offrir de la solidarité sous forme de logements temporaires payés par l'état (plutôt que de donner un RMI qui servira à payer, ou non, un HLM), offrir des repas équilibrés plutôt qu'un chèque pour aller au fast-food (qui n'est généralement pas moins cher qu'un repas équilibré avec produits frais...), offrir un service d'aide au retour à l'emploi pour ne plus avoir besoin de cette solidarité ? (et pas 1h tous les mois en RDV ANPE, souvent inutile et même déprimante)
Ne serait il pas aussi possible de demander en échange de cette solidarité un engagement à l'entrée dans la vie active ? Une participation à la société ?
Tant que la seule solution au manque d'emploi sera de signer un chèque sans rien offrir ni demander en retour, le problème restera le même.
Le soutien aux plus démunis est l'expression même de la fraternité, et se doit d'être une composante essentielle des états (enfin commençons par la France, au moins nous, on l'a dans notre devise...), mais la fraternité actuelle s'apparente le plus souvent à de la charité, et c'est là que se trouve le problème.
La droite étant généralement marquée par le conservatisme (et Sarko aura beau tenté de faire croire le contraire, il n'est pas un réformiste, il suffit de voir la qualité des réformes proposées, qui ne modifient pas le fond, ou alors dans le sens des plus riches, et s'attachent à trouver des petites solutions pour résoudre de gros problèmes), c'est à la Gauche de redevenir le parti qui proposera ce nouveau Contrat Social ! Depuis le Front Populaire et les gouvernements d'union de la sortie de la guerre, la gauche n'a jamais su reprendre le pouvoir. La parenthèse Mitterandienne (14 ans de gauche inutile, exceptée pour certains combats comme l'abolition de la peine de mort), et l'exception Jospiniste (5 ans de pouvoir globalement intelligent, mais freiné par la perspective de 2002... on a vu le résultat !). Depuis 2002 (et même avant, mais concentrons nous sur le présent), la gauche n'a pas réussi à se sortir de sa vision Sociale-démocrate de la politique. Or la Sociale-Démocratie pose un problème majeur, il est un courant conservateur lui aussi. La Gauche, si elle veut retrouver le chemin du pouvoir, se doit de redevenir le Parti qui saura proposer un nouveau Contrat Social, comme l'a fait le Front Populaire avec les congés payés (et bien d'autre choses) ou les communistes avec la retraite, la sécu, etc.
En sera-t-elle capable ? L'avenir nous le dira. D'ici là, Sarko continuera de "privatiser" certains de nos acquis, par des réformes lorgnant vers les USA, au moment même où les USA jettent un œil par chez nous, constatant les bénéfices d'une politique protectrice. Et comme il aura fait le RSA, et qu'il n'aura personne en face, il repartira pour 5 ans. Et la France, qui aura préféré un conservatisme à l'apparence réformatrice à un conservatisme intelligent (plus d'argent dans la recherche, réduction des déficit, rééquilibrage des postes budgétaires), continuera à perdre de la puissance, du niveau de vie et de la capacité d'innovation.
Où sont les penseurs Français qui pourraient faire avancer les choses ?? En ce moment ? à l'étranger...
J'ai moi acheté et lu le livre "Les réformes ratées du président Sarkozy", comme M. Le Boucher probablement, dans lequel le RSA occupe 30 pages. Les auteurs y expliquent, entre autre, que "le défaut principal du RSA est qu'il taxe chaque Euro gagné à 38%" . Il cite 3 défauts: le manque de moyens d'accompagnement, que les incitations financière sont beaucoup trop faibles et une qu'il crée une nouvelle complication dans un maquis de dispositifs d'aides déjà trop fourni. Les auteurs concluent que "le RSA ne va pas changer grand chose au quotidien des ménages les plus pauvres". Je vous conseille la lecture de ce livre, très didactique. Sans rancune.
Ah mais aucune rancune :) ma remarque s'arrêtait à l'article en question, qui ne parlait pas (contrairement au livre) du RSA. A croire que Mr Le Boucher, déjà à l'époque, n'était pas d'accord avec ce livre à ce sujet. Or, en disant "Voilà qu'aujourd'hui cette réforme serait bien menée." sur un ton ironique, vous sous-entendez que Mr Le Boucher était contre le RSA à cette époque, ce que son article ne disait pas du tout, et qu'il aurait changé d'avis... D'où ma remarque !
Pour les défauts du RSA (30 pages pour 3 défauts ??? 10 pages par défauts ??? y a du remplissage bizarre ou de très gros tableaux... finalement, je vais aller jeter un coup d'œil à ce livre), le manque des moyens d'accompagnement est évident (cf ma réaction), les incitations financières trop faible sont une réalité, mais le pragmatisme est nécessaire pour un début d'opération (surtout quand l'état a pas une thune) ; quand à la "complication dans le maquis de dispositif", ça c'est un argument que personnellement je rejette. L'intérêt est justement d'amener un nouveau système qui, espérons le, en remplacera d'autre à terme. Comme quoi je peux être en désaccord avec des personnes en désaccord avec Sarko :)
Quand comme moi on critique fortement les décisions, dont les décisions économiques, du gouvernement, je pense qu'il est préférable de se concentrer sur les réformes qui sont réellement aberrantes, plutôt que de taper sur un RSA qui a ses défauts, mais ne manque pas non plus de qualité, et est un signal fort sur la "valeur travail". Sarko a fait une chose de relativement bien, pour 10 de relativement lamentable, autant savoir lui reconnaître qu'il lui arrive d'avoir du bol ! :)
On peut se poser la question: le RSA n'est-il pas fondamentalement une réforme "libérale".
D'une part, au premier degré, parce qu'elle vise à remettre ses bénéficiaires au travail. Y réussira-t-il est une autre histoire, mais l'intention est là.
D'autre part et plus fondamentalement, parce que les libéraux les plus conséquents, je ne parle pas des ultralibéraux contemporains, souvent venus de l'extrême-gauche, ont toujours admis que la stabilité du système d'économie de marché supposait qu'on n'abandonne pas à leur sort les personnes laissées au bord du chemin. Certains renvoyaient la solution du problème à l'initiative privée, mais d'autres, et notamment les ordolibéraux, admettaient que l'Etat s'en mêle. L'impôt "négatif" n'était pas à l'origine une idée de gauche.
"Gauche et droite admettent en somme ce constat et la nécessité de modifier l'Etat social de masse tel qu'il était auparavant quand la norme tournait autour du couple simple: le CDD (Contrat à durée déterminée) ou le chômage"
Sauf erreur de ma part la norme tournait autour du couple simple : le CDI ( Contrat à durée indeterminée) ou le chômage.
Je confirme néanmoins que la réalité actuelle est beaucoup plus complexe.