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Comment on retrouve un avion disparu

Juliet Lapidos, mis à jour le 03.06.2009 à 19 h 02

Réponse: avec d’autres avions... et des bateaux.

La force aérienne du Brésil a déclaré mardi qu'elle avait repéré des débris d'avions qui pourraient être ceux l'épave du vol 447 d'Air France, disparu ce week-end entre Rio de Janeiro et Paris. Quand un avion s'abîme en mer, comment s'y prend-on pour le retrouver?

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En envoyant d'autres avions sur sa trace. Si les contrôleurs de la circulation aérienne perdent le contact avec un avion de ligne, et qu'ils ne peuvent rétablir la communication rapidement, la marche à suivre est simple: il faut immédiatement lancer une mission de recherche et de sauvetage par les airs. Reste à savoir à qui revient la direction de l'opération. Cela dépend. Si l'on pense savoir dans quel pays l'avion s'est écrasé, les autorités locales prennent en charge les recherches. Le cas de l'Airbus 447 est différent: l'avion s'étant probablement abîmé dans les eaux internationales, les forces aériennes françaises et brésiliennes doivent se partager la tâche.

Il est particulièrement difficile de localiser les restes d'un avion dans l'océan: les appareils servant à la recherche au sol ne marchent pas toujours sous l'eau. Prenons un exemple: tous les avions de lignes sont équipés de balises de détresse. Ces balises envoient un signal radio, qui est immédiatement capté par un système satellitaire international appelé Cospas-Sartas. C'est très pratique lorsqu'un avion s'écrase dans les montagnes, ou sur une surface d'eau peu profonde, par exemple; mais c'est une toute autre histoire au fond de l'océan, où ces balises perdent toute utilité. Certes, les boîtes noires sont équipés de sonars émettant des signaux sur une distance d'à peu près 4.300 mètres sous l'eau; mais seule une équipé déjà proche de l'épave sera en mesure de les détecter.

Sans signal détectable, les sauveteurs doivent limiter la zone de recherche en utilisant tout forme de données disponibles: la dernière position connue de l'avion, sa vitesse au moment du crash, sa destination, etc. Selon les courants aériens et maritimes, la zone de recherche peut couvrir 100 kilomètres de chaque côté de la route aérienne initiale. Les sauveteurs envoient alors des avions (volant de 300 à 600 mètres du sol) et des bateaux dans la zone, qui se chargent de repérer d'éventuelles taches d'huile ou objets flottant à la surface (oreillers, gilets de sauvetage...).

Les détails d'une recherche varient selon les circonstances. Si un avion s'écrase près de la côte, les sauveteurs se contentent d'envoyer des bateaux rapides et des hélicoptères. Mais si un avion s'écrase au milieu de nulle part, on envoie des paquebots et des avions pouvant couvrir de longue distance. Un grand bateau de service peut devenir un centre de commande au cœur même de la zone de l'accident, et le capitaine peut alors coordonner l'action des bateaux de taille réduite et des avions, s'assurant qu'ils ne couvrent pas les mêmes secteurs. Pour ce type de mission, les aviateurs utilisent souvent une technique appelée «recherche parallèle», qui, vue du ciel, ressemble un peu à un champ en labour: plusieurs avions volant en lignes parallèles, dans un espace délimité de forme rectangulaire.

Etant donné que l'avion n'est plus localisable par radar, et sachant que le GPS ne marche plus quand un avion a coulé par près de 3.000 mètres de fond, les sauveteurs placent beaucoup d'espoir dans cette technique du «survoler-et-rechercher»; ce qui revient à observer la surface à la recherche du moindre débris, à l'aide de lunette de vision nocturne et de lumière stroboscopique dès qu'il fait nuit.

Les propriétaires de navires viennent souvent en aide aux sauveteurs. Les gardes-côtes américaines soutient un programme, l'«Amver», qui permet aux bateaux de commerce de communiquer régulièrement leurs coordonnées maritimes; coordonnées qui sont alors enregistrées dans un fichier. Si un avion ou un bateau envoie un signal de détresse, les autorités en charge de la recherche et du sauvetage peuvent alors puiser dans ce fichier et demander de l'aide aux bateaux se trouvant dans la zone concernée.

Même si les disparitions d'avions de ligne sont rares, le cas de l'Airbus 447 n'a rien d'une première; et l'histoire des accidents passés nous montre que la phase de recherche sera longue. En 1999, lorsque le vol 990 d'EgyptAir s'abîma près de la côte du Massachusetts dans une eau d'à peu près 75 mètres de fond, cinq mois passèrent avant que l'équipe de recherche ne parvienne à retirer le second moteur de l'océan. En 1998, en revanche, quand le vol 111 de Swissair disparu près de la Nouvelle-écosse dans une eau de 55 mètres de fond, il ne fallut que neuf jours pour retrouver l'enregistrement des communications du cockpit.

Juliet Lapidos

L'auteur remercie Les Dorr de la Federal Aviation Administration, le Lieutenant Colonel Jed Hudson de l'Air Force Rescue Coordination Center, Ted Lopatkiewicz du National Transportation Safety Board, Richard Schaefer du Coast Guard Office of Search and Rescue, et Bill Waldock de l'Embry-Riddle Aeronautical University.

Traduit de l'anglais par Jean-Clément Nau

Image de une: à bord d'un Breguet Atlantique français. Image envoyée le 2 juin par l'armée française. REUTERS 

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