Life

Les hommes restent à Terre, et les robots vont sur Mars

Slate.com, mis à jour le 20.08.2012 à 7 h 29

Parce que, dans le cas contraire, il faudrait placer la planète rouge «en quarantaine».

Premières images envoyées par Curiosity sur Mars. NASA/JPL-Caltech

Premières images envoyées par Curiosity sur Mars. NASA/JPL-Caltech

Le voyage sans heurt de presque neuf mois, sur 567 millions de kilomètres, du Laboratoire scientifique pour Mars –qui porte aussi le «curieux» nom de Curiosity– s’est achevé par un poignant atterrissage de sept minutes dans le cratère martien de Gale. Si l’envoi dans l’espace du quatrième astromobile («Mars Rover») était un jeu d’enfant, son retour sur Terre sera une autre histoire...

Curiosity explorera le cratère Gale durant une année martienne (ce qui correspond à 687 jours sur Terre) avec un double objectif: rechercher des preuves de vie extraterrestre et évaluer l’habitabilité de la planète rouge.

4 novembre 1957, le premier satellite artificiel de la Terre, Spoutnik, marquait le début de l’ère spatiale. A peine six mois plus tard, souhaitant rassurer une nation anxieuse, le président Dwight Eisenhower fit publier l’«Introduction to Outer Space», un remarquable petit fascicule consacré à l’exploration spatiale destiné aux Américains, qu’il avait préparé avec son Comité consultatif scientifique. Une courte section intitulée «A Message From Mars» («Un message de Mars») souligne qu’il est possible de collecter, à l’aide d’instruments qui renverraient des données sur Terre, une bonne partie des informations que nous recherchons à propos de l’espace, et ce pour un coût infime par rapport à celui qu’engendrerait l’envoi d’hommes sur d’autres planètes.

Une NASA à deux visages

L’alunissage d’Apollo 11 fut salué comme marquant l’ouverture d’une nouvelle époque d’exploration humaine de l’espace. On eut alors l’impression que les étoiles étaient juste là, à notre portée. Depuis le déploiement du programme Apollo, cependant, pas un homme ne s’est aventuré au-delà de l’orbite terrestre basse. Qu’est-ce qui a donc provoqué l’interruption du rêve de voyage interplanétaire?

En 1969, il y avait comme qui dirait deux NASA: celle qui construirait le télescope Hubble pour explorer le système solaire et celle qui assemblerait bientôt la Space Shuttle, mais s’est retrouvée coincée en orbite terrestre basse. Il y avait d’un côté des astronautes humains, et de l’autre des astronautes virtuels.

Au départ, on concevait la NASA comme une agence civile. Les scientifiques ont offert aux Américains des télescopes spatiaux et des missions qui tiennent bon la rampe, avec des explorations de Mercure, Jupiter, Saturne et plus loin encore. De la Guerre froide, subsistent des projets visant à envoyer des astronautes sur Mars, en dépit des obstacles d’ordre psychologique, génétique, technique –entre autres.

36 ans que l’on cherche des «martiens»

Depuis la mission de Viking 1 en 1976, cela fait 36 ans que nous cherchons la vie sur Mars –et on n’a rien trouvé du tout. Cette année-là, la déception était lisible sur le visage de Carl Sagan lorsque la caméra de Viking 1, panoramiquant l’horizon de Chryse Planitia (une plaine de Mars), révéla une surface aride, jonchée de roches. Bien qu’elle ne constitue qu’une petite région de la surface martienne, rien n’est venu jusqu’ici nuancer cette première impression: Mars n’est pas une planète favorable à la vie.

Si l’on envoyait des hommes sur Mars, ils effectueraient un voyage de 9 mois, et auraient ensuite à attendre les bras croisés encore 18 mois que la prochaine conjonction avec la Terre leur permette de rentrer. Pas très réjouissant… Plusieurs millions d’organismes terrestres en profiteraient pour faire le voyage jusqu’à Mars, dans les intestins des astronautes, et se multiplieraient dans leurs excréments, sur place. On trouverait alors de la vie sur Mars, mais une vie que nous connaissons bien. Du coup, il faudrait placer la planète rouge en quarantaine.

Comment marche un rover?

Le terme «rover» désigne un robot mobile indépendant, qui fonctionne comme le prolongement électromécanique d’un opérateur humain. Le premier rover de Mars se nomme Sojourner, utilisé en 1997 dans le cadre de la mission Pathfinder. Un opérateur, confortablement installé au Centre de contrôle de mission, voit Mars à travers les yeux du rover. Bien plus précis que la vision humaine, ils peuvent faire une mise au point sur une poussière qui se trouve au pied de l’engin ou sur une montagne très éloignée. Sojourner n’a jamais réclamé de pause café ni ne s’est plaint des nuits froides. Spirit et Opportunity, des rovers jumeaux, lui ont emboîté le pas. Et pendant un temps, ces engins ont semblé immortels. Mais les machines, comme les humains, finissent par s’user.

Curiosity est plus gros, plus rapide et est doté d’outils plus sophistiqués. Il est alimenté par du plutonium 238. Rien à voir avec celui utilisé pour les bombes: l’isotope 238 n’est pas fissile. Il se contente de chauffer par désintégration alpha et génère de l’électricité. Les humains ont peu changé en 200.000 ans, alors que les robots d’exploration spatiale s’améliorent de mission en mission. Les missions de Viking 1 et 2 visant à savoir si Mars abrite ou est susceptible d’abriter la vie remontent à 36 ans. Ce qui nous manque –depuis trois décennies–, ce sont des prélèvements et des analyses d’échantillons. C’est le job d’un robot. (Et ce que la NASA omet de dire, c’est que parallèlement à la recherche de vie sur Mars, le nouveau millénaire a donné lieu à une découverte extraordinaire: l’abondance des exoplanètes!)

«Est-ce qu’un jour les hommes visiteront Mars?»: c’est l’une des questions que l’on me pose souvent, à laquelle je réponds la chose suivante: «c’est déjà fait; la grande aventure de notre époque consiste à explorer des endroits où aucun humain ne pourra jamais mettre les pieds». Devenus des astronautes virtuels, nous serons tous en mesure de voir Mars à travers les yeux de Curiosity. 

Robert L. Park

Professeur de Physique à l’université de Maryland

Traduit par Micha Cziffra

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