Life

Miracles à Lourdes: les Français d’abord

Hugues Serraf, mis à jour le 15.08.2012 à 15 h 07

Les Français trustent la quasi-totalité des miracles officiellement reconnus à Lourdes. Où va se nicher la préférence nationale...

Un ouvrier entretient les abords de la grotte de la Massabielle, à Lourdes - Reuters

Un ouvrier entretient les abords de la grotte de la Massabielle, à Lourdes - Reuters

Si les Français ne représentent qu’un gros tiers (selon les sources) des trois millions de pèlerins passant par Lourdes chaque année, ils constituent l’essentiel des bénéficiaires de miracles. Sur 68 guérisons médicalement inexplicables enregistrées par le Bureau des Constatations puis validées par le Comité Médical International depuis la toute première, en 1862, 55 (82%) concernaient des nationaux. Les Italiens, presque aussi nombreux que les Français à visiter la grotte de la Massabielle, n’ont été miraculés que sept fois.

D’accord, c’est mieux que les Belges (3 fois), les Allemands, les Autrichiens ou les Suisses (1 fois), mais la disproportion est frappante (il n'y a pas non plus d'Américains mais ils ont Docteur House).

La reconnaissance officielle d’un miracle est toutefois  un processus complexe, qui provoque pas mal de déceptions même si l’on subodore qu’il vaut mieux être miraculé «douteux» que pas miraculé du tout.  En un siècle et demi, plus de 7.000 dossiers ont été déposés et impitoyablement recalés par les autorités religieuses.

Ça marche comme ça: vous êtes malade, vous vous rendez dans cette petite ville des Hautes-Pyrénées rendue célèbre par les apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous, vous vous aspergez d’un peu d’eau minérale locale et, bing, vous êtes guéri. Vous êtes alors invité à rendre visite au médecin de garde du sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes qui décidera ou pas de vous envoyer promener parce qu’il n’a pas que ça à faire ― surtout un 15 août.

C’est que ne plus avoir le nez bouché ou se sentir soulagé d’une entorse est assez peu susceptible d’être perçu comme la preuve d’une intervention divine. Non, il faut du costaud, du cancer, de la sclérose en plaque ou au minimum de la maladie chronique bien invalidante, en même temps qu’un solide dossier médical attestant de la nature et de l’état d’avancement de l’affection. Il faut également que cette guérison soit «durable», la simple rémission n’étant pas attribuable au royaume qui n’est pas de ce monde et devant alors être rendue à César.

Ainsi, la toute dernière validation, c’était l’an dernier et pour une guérison intervenue en 2002. Serge François, un homme de 53 ans souffrant de graves problèmes de sciatique et traité à la morphine, s’est subitement retrouvé en pleine forme après avoir avalé un peu d’eau de la fontaine de la grotte. Mais gare aux progrès de la médecine: un miracle authentique s’entend «en l’état actuel de la science» et le Comité Médical assure tenir compte du «fait psychosomatique dans la guérison des maladies».

Ces précautions n’empêchent pas les sceptiques d’observer tout ça avec une certaine ironie (le Centre Contre les Manipulations Mentales de Roger Ikor s’amuse de la baisse de la fréquence des miracles depuis que les critères de validation datant de 1738 ont été abandonnés), mais le phénomène ne rebute pas les scientifiques pure laine qui tentent de découvrir des causes rationnelles à ces guérisons spontanées, le prix Nobel Luc Montagnier en tête (sans succès pour le moment encore).

Bah, dans le doute, pourquoi pas... Un 15 août à la montagne, ça n'a jamais fait de mal à personne de toute manière. Mais pour une efficacité maximale, n'oubliez pas votre carte d'identité française.

Hugues Serraf

La bande annonce de Lourdes, le film de Jessica Haussner avec Sylvie Testud (2010)

Hugues Serraf
Hugues Serraf (165 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte