Monde

Européennes 2009: la campagne française vous désespère? Essayez l'Autriche!

Les étudiants du Celsa, mis à jour le 04.06.2009 à 7 h 03

Le parti d'extrême droite autrichien multiplie encore une fois les provocations racistes et antisémites. Un discours qui fait réagir et monopolise le débat, reléguant l'Europe au second plan.

A Vienne, devant une affiche du FPÖ: «L'occident doit rester chrétien». REUTERS/Heinz-Peter Bader

A Vienne, devant une affiche du FPÖ: «L'occident doit rester chrétien». REUTERS/Heinz-Peter Bader

«Chez nous plutôt qu'en islam»! La FPÖ (parti de la liberté) a toujours eu un sens bien particulier de la formule et les élections européennes ne font pas exception à leurs saillies .La formation d'extrême droite, que feu Jörg Haider avait amené au gouvernement en 1999, fait curieusement campagne contre l'adhésion d'Israël à l'Union européenne et multiplie les slogans chocs. Parmi les plus remarqués, «l'Occident doit rester aux mains chrétiennes». Un discours qui n'a pas plu à l'archevêque de Vienne Mgr Schönborn, qui a accusé le parti de la liberté d'utiliser abusivement le symbole de la croix chrétienne.

Andreas Mölzer, tête de liste de la FPÖ, n'hésite pas à utiliser le même ton contre ses adversaires politiques: dans une interview au quotidien de centre-gauche Der Standard, il a qualifié la candidate des Verts Ulrike Lunacek, activiste homosexuelle, de «gouine de bataille». Une stratégie qui pourrait être payante, puisque la FPÖ pourrait rassembler 17% des voix, un score meilleur qu'en 2004.

Du coup, le débat prend une tournure virulente. Hannes Swoboda, tête de liste des sociaux-démocrates (SPÖ), a qualifié la campagne de la FPÖ de «rot puant au-delà du ciel». Une remarque cinglante qui illustre les inquiétudes de la gauche. Le quotidien de centre-droit Die Presse parle d'une «alerte bleue» pour la SPÖ : le parti craint que le vote des cols bleus ne se détourne vers l'extrême droite, comme lors des dernières élections locales.

Son opposant conservateur du parti populaire autrichien (ÖVP) reste plus discret dans sa critique de la FPÖ. Peut-être parce que l'ÖVP n'a pas complètement clarifié sa position sur l'adhésion de la Turquie. Le parti populaire concentre ses attaques sur son vieux rival social-démocrate, avec lequel il est au coude à coude dans les sondages. La tête de liste Ernst Strasser a d'ailleurs dénoncé les confusions au sein de la SPÖ: Swoboda a changé d'avis sur la question de l'adhésion turque pour finalement s'y opposer. Strasser demande également de la transparence financière à ses opposants sociaux-démocrates accusés d'avoir financer des campagnes avec l'argent de leur fondation.

La FPÖ ne devrait pas remporter l'élection, mais est en lice pour la troisième place avec Hans-Peter Martin, un candidat indépendant. «HPM» a fait de la transparence son cheval de bataille. Il pourrait obtenir 14% des voix et rééditer son score de 2004. Une bonne performance réalisée dans la foulée de la publication d'une liste d'eurodéputés corrompus qui avait fait scandale. Autre concurrent, quasi-incestueux pour la FPÖ, est un parti crée par Jörg Haider en 2005, le BZÖ. Pour son candidat, Ewald Stadler, le parti prend les «choses au sérieux», contrairement à la FPÖ, et se veut même une «alternative» à l'ÖVP, le parti conservateur.

Au final, les coups d'éclat de la FPÖ monopolisent la campagne, au détriment de l'Europe. Le débat entre les partis organisé lundi soir a été un florilège de petites phrases rapportées par la très populaire Kronen Zeitung. Les Autrichiens se satisferont au moins de ne pas voter pour rien: leurs eurodéputés ont été parmi les plus assidus lors de la dernière législature.

Corentin Bainier

Image de une: A Vienne, devant une affiche du FPÖ «L'occident doit rester chrétien». REUTERS/Heinz-Peter Bader

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