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La dette publique accapare l'épargne

Oriane Claire, mis à jour le 04.06.2009 à 15 h 54

L'épargne des Français serait bien mieux employée si elle finançait la création d'emplois et de richesse.

La dette publique explose, rien de bien nouveau côté français. Nos emprunts publics suivent déjà depuis trente ans un emballement continu, perpétuel. Pourtant, il faut bien se rendre à l'évidence: les dépenses soutenues par la dette publique n'ont jamais généré des points de croissance supplémentaires pour assurer une relance ferme et solide. C'est davantage comme le dénoncent certains experts pour financer des dépenses sociales ou les dépenses courantes que la dette publique s'accroît. Cette année, le ratio dette publique/PIB (Produit intérieur brut) devrait ainsi atteindre 74%, avec un déficit de 5,6% du PIB soit 104 milliards d'euros.

Si l'efficacité de ces dépenses publiques est contestable et si tous les gouvernements qui se sont succédés se sont montrés incapables de contrôler le poids grandissant des dettes de protection sociale, on peut se poser la question: comment l'État français a-t-il réussi à convaincre jusqu'ici ses créanciers? Auprès de qui a-t-il trouvé à financer cette accumulation de déficits publics incontrôlables ? Parce que jusqu'à présent, il n'y a pas de doute, les emprunts publics ont toujours été souscrits sans problème en France.

On sait que les investisseurs internationaux sont assez friands des obligations d'Etat de l'Hexagone («Dette publique, le plus dur est à venir »).  Mais, ils ne sont pas les seuls à venir financer nos dettes. L'épargne récoltée au niveau national par nos institutionnels est une source inépuisable pour l'Etat français. En fait, tout a commencé au début des années 1980, il fallait trouver un réceptacle pour porter la forte croissance de cette dette publique.  L'État a alors crée l'assurance-vie avec des mesures fiscales et réglementaires pour réorienter la manne des compagnies d'assurances vers les emprunts d'Etat sur le marché obligataire.

Le schéma est assez simple, c'est en grande partie en faisant appel à l'épargne nationale avec les contrats d'assurance-vie que les dépenses publiques ont pu être couvertes. Vient s'ajouter à la collecte de cette épargne celles notamment des mutuelles et des caisses de retraites. Et tous ces institutionnels qui servent d'intermédiaires de l'épargne admettent bien volontiers qu'en France toute la mécanique fiscale a été structurée pour favoriser le financement de l'État.

C'est ainsi qu'au fil des années la quasi-totalité de notre épargne nationale a été mise à disposition du financement de la dette publique. Est-ce pour autant critiquable ? Et bien, si on regarde les piètres résultats de croissance en  France depuis plus de 20 ans, on peut se montrer dubitatif quant à l'efficacité du modèle mis en place. D'autant que cet argent aurait pu s'orienter vers d'autres supports. Plutôt que de concentrer 70% à 80% des sommes amassées par les investisseurs institutionnels vers les obligations en particulier des emprunts d'Etat Français, il eût été peut-être plus judicieux ou plus efficace de les placer dans l'économie réelle, celle créatrice d'emploi et de richesse.

Personne n'est dupe (enfin, je suppose), on sait bien que les 26 milliards d'euros supplémentaires accordés par le plan de relance du gouvernement Fillon vont aider à colmater quelques brèches, rien de plus. C'est davantage sur le dynamisme en provenance des Etats-Unis ou des pays émergents qu'il faudra compter pour sortir du marasme dans lequel notre économie s'est engouffrée.  Mais, ce plan implique de nouvelles dettes et donc de nouvelles émissions sur le marché obligataire. Le risque étant que si l'Etat emprunte trop, il ne reste plus de liquidités pour les entreprises privées qui ont besoin de fonds pour se financer. C'est ce qui s'appelle « l' effet d'éviction », avec tout ce que cela comporte comme risques à terme.

Les entreprises ont besoin d'un accès aux capitaux pour se développer que ce soit par l'emprunt ou par l'augmentation de capital. Or, l'épargne nationale en France ne joue pas ce rôle d'apporteur de liquidité comme peuvent le faire par exemple les fonds de pension anglo-saxons. En France, les entreprises ont très peu accès aux marchés des capitaux (celui des actions ou des obligations) comparées à leurs homologues anglo-saxons.

Enfin, certains assureurs se disent prêts à soutenir la sphère privée en augmentant leurs placements dans les actions par exemple. Mais comme le déplore, Jean-Pierre Grimaud, président de l'AF2i (Association française des investisseurs institutionnels) et directeur des investissements chez l'assureur Swiss Life, « nous, les institutionnels, ne pouvons pas en permanence financer l'économie par la seule dette. J'aimerais bien mettre 30% d'actions dans mon portefeuille mais je n'en ai pas les capacités techniques ». Et d'ajouter tant que des mesures réglementaires et fiscales ne seront pas prises pour permettre de bloquer l'épargne sur une longue période, les institutionnels ne pourront pas jouer leur rôle de bras financier de l'économie réelle et resteront les créanciers au service de l'État.  Laissant ainsi toute liberté d'action aux investisseurs étrangers  dans des prises de participation au capital des sociétés françaises.

Comme quoi, si les dangers du capitalisme sont souvent mis en avant, encore plus aujourd'hui avec cette crise des subprimes et ses conséquences au niveau mondial, il ne faut pas oublier qu'au niveau local, l'Etat français (avec des gouvernements de gauche ou de droite)  a toujours su tirer son épingle du jeu en se servant le premier et très largement dans la manne nationale.

Oriane Claire

Photo: Pièces de monnaie  Reuters

 

 


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