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Pétition sur les blouses d'hôpital: Histoires de fesses à l'hosto

Jean-Yves Nau, mis à jour le 12.08.2012 à 15 h 54

On s’émeut, sur la Toile d’un nouveau scandale sanitaire: pourquoi imposer aux malades hospitalisé(e)s des blouses laissant parfois entrevoir certaines des parties les plus intimes de leur anatomie?

Capture d'écran d'une vidéo sur des blouses d'hôpital qui ne dévoilent pas l'intimité des patients.

Capture d'écran d'une vidéo sur des blouses d'hôpital qui ne dévoilent pas l'intimité des patients.

«Pour quelques boutons de plus». Ce  n’est certes pas une plaisanterie. Encore moins une tragédie. C’est pire: une incompréhension à la fois superficielle et de circonstance. On ne s’y prendrait pas mieux si on voulait opposer deux camps.

D’une part celui qui, souvent de loin et sans les toucher, œuvrerait au saint nom de la dignité des malades à l'hôpital. D’autre part celui qui consacre sa vie à prendre en charge ces mêmes malades hospitalisés, à les soigner voire à les guérir.

Ce n’est pas une plaisanterie. C’est l’une de ces histoires modernes qui n’a pu naître que sur la Toile, avant de fleurir puis bourdonner grâce notamment à l’hyperréactivité communicationnelle d’une ministre: en l’occurrence celle de la Santé, Marisol Touraine.

Une pétition contre les chemises d'hôpital ouvertes dans le dos

Résumons pour ceux qui ne sont pas au parfum. Au départ –fin juillet– c’est une pétition dite «contre les chemises d'hôpital ouvertes dans le dos». Elle a été lancée en ligne par «farfadoc» une femme médecin blogueuse anonyme. Que vous incite-t-on à signer?

Ceci:

«Dans la plupart des établissements hospitaliers, les patients sont affublés de la même chemise. Taille unique, ouverte dans le dos, quelques boutons pression à l'arrière, et le plus souvent, découvrant leurs fesses au moindre mouvement. 

Le respect de la dignité des patients est un principe inscrit dans la charte de la personne hospitalisée, dans le code de santé publique, dans le code de déontologie des médecins. 

Tout patient a le droit de participer aux décisions le concernant. Il doit recevoir une information claire et loyale. Il a aussi droit au respect de sa dignité et de sa pudeur. 

Ces chemises d'hôpital ne respectent ni l'un, ni l'autre. 
En se levant et en marchant un peu, un patient ainsi affublé se retrouve à moitié nu devant son voisin de chambre, ou devant les soignants, soignés, familles et amis, se trouvant en même temps que lui dans le couloir. 

Nous refusons de considérer comme normal le fait de devoir renoncer à sa pudeur, simplement parce qu'on est hospitalisé. 

Des alternatives existent. Des chemises de patient se nouant sur le côté, façon cache-coeur, ou ayant simplement une fermeture plus adaptée. 

Nous incitons les patients hospitalisés à signaler systématiquement ce problème sur les questionnaires de sortie qui leur sont souvent remis à la fin de leur séjour. 

Nous demandons aux directeurs d'établissements hospitaliers de prendre en compte le respect de la pudeur et de la dignité des patients lors des prochaines commandes de chemises d'hôpital. 

Nous souhaitons simplement que le code de santé publique et la charte de la personne hospitalisée soient respectés: le respect de l'intimité de la personne doit être préservé à tout moment de son séjour hospitalier. La personne hospitalisée est traitée avec égards. 

La mise en application de ces principes passe par un changement de modèle ou quelques boutons en plus en bas des chemises des patients.»
 

A l’heure où nous écrivons ces lignes (le dimanche 12  août) cette pétition frôle les 9.500 signatures. Elle atteindra donc sous peu son objectif (modeste) de 10.000 signatures. Sans doute ce succès devra-t-il beaucoup à l’initiative prise par Marisol Touraine.

Une ministre de la Santé qui «partage» ce «sentiment»

Ce vendredi 10 août, la ministre de la Santé a jugé nécessaire de s’adresser directement par courriel à Farfadoc. Mme Touraine a d’ores et déjà «saisi les services du ministère» sur ce sujet brûlant. Des propositions de l’administration centrale devraient être rendues publiques «dès le retour des congés d’été».

Le ministre de la Santé:

«Les situations très concrètes évoquées sur vos blogs décrivent parfaitement la gêne, pouvant parfois aller jusqu'à l'humiliation, qui peut être celle des patients, âgés ou non, dans de telles circonstances. Il y va tout simplement de la dignité de la personne. Je partage le sentiment qui est le vôtre, à savoir que l'intimité de la personne doit être respectée dans l'ensemble du processus de soins, sans toutefois que ce respect perturbe la pratique des personnels soignants.»

Qui ne «partagerait» ce «sentiment»? Pour Marisol Touraine cette question n'est en rien secondaire. Or la même Toile laisserait penser que tous les soignants, hospitaliers ou pas, ne partagent pas l’opinion de leur ministre de tutelle.

Certains défendent haut et fort le port hospitalier de cette chemise légère à l’échancrure inversée, invoquant généralement les facilités qu’elle fournit quand il s’agit de dénuder la personne alitée pour des raisons d’hygiène; ou thérapeutiques.

Il en est d’autres qui soutiennent non sans expériences vécues au quotidien, que la «blouse» facilite la réalisation collective des gestes soignants dans l’univers hospitalier et qu'elle participe de ce fait très précisément au respect de la dignité de chacun des hospitalisés qui la porte.

Face à ces tenants du statu quo les pétitionnaires réclament, au plus vite, le changement. Ils font valoir que d’autres tenues existent (qui se ferment façon «cache-cœur» notamment) qui se drapent ou se superposent, alliant l’indispensable respect de la dignité au non moins nécessaire entretien du corps malade sous-jacent.

Une question d'égards

Devant  tant d’incompréhensions mutuelles il importe de revenir aux textes. Soit, en l’espèce, à la Charte de la personne hospitalisée. Il s’agit là d’un documente essentiel contenant les déclinaisons pratiques des principes éthiques fondamentaux qui s’imposent à tous les établissements hospitaliers publics et privés. Dans l’actualisation qui en a été faite en 2006 par Xavier Bertrand, alors ministre de la santé et des solidarités,  la direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins n’avait pas jugé utile de traiter spécifiquement de la question de la blouse et des parties anatomiques qu’elle laisserait ou non entrevoir.

Extrait de la circulaire au chapitre, non pas du «respect» ou de la «dignité», mais bien des «égards» qui sont dus aux patients:

«Le respect de l’intimité de la personne doit être préservé  lors des soins, des toilettes, des consultations et des visites médicales, des traitements pré et post-opératoires, des radiographies, des brancardages et, plus généralement, à tout moment de son séjour hospitalier. La personne hospitalisée est traitée avec égards.»

Quel budget?

Tout laisse penser que cette direction ministérielle a été rappelée en urgence au ministère et qu’une nouvelle version, complétée en son chapitre VIII, sera diffusée dès la rentrée. Les mesures qui seront édictées quant aux blouses devront toutefois, malheureusement, tenir compte des contraintes budgétaires nouvelles: il est de notoriété publique que les établissements hospitaliers publics français sont confrontés à des déficits considérables. Et, sous les scialytiques administratifs, les économies de bouts de chandelle ne vont pas tarder; quand elles ne sont pas déjà mises en œuvre.

Et ce n’est pas tout. Les futures mesures ministérielles tissulaires, (boutons pression supplémentaires ou pyjamas drapés) devront également s’intégrer aux projets d’ouverture vers de nouveaux marchés extérieurs; à commencer par celui de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris.

Comme l’a révélé il y a peu le Journal du Dimanche les responsables du plus grand hôpital d’Europe souhaitent en effet non pas se délocaliser mais attirer en leurs murs des malades étrangers et fortunés pour les faire bénéficier du savoir-faire de ses meilleures équipes médicales et chirurgicales du pays. La blouse hospitalière réglementaire qui-laisse-voir-les-fesses leur sera-t-elle fournie? Son port leur sera-t-il imposé? Echancrures ou pas, l’automne hospitalier ne devrait pas être tiède.

Jean-Yves Nau

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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