Monde

Secte du Tatarstan: quel effet sur la santé a la vie dans un bunker souterrain?

Cécile Dehesdin, mis à jour le 10.08.2012 à 18 h 16

La police russe a découvert une secte vivant sous terre dans la région du Tatarstan. Certains de ses membres n'ont jamais vu la lumière du soleil.

Capture d'écran de la vidéo d'Euronews sur la découverte de la secte.

Capture d'écran de la vidéo d'Euronews sur la découverte de la secte.

Une secte souterraine a été découverte dans la région russe du Tatarstan (plus d'informations sur les enjeux du Tatarstan dans cet article de Rue89), après une décennie de vie dans un bunker de huit étages enterré. L’édifice abritait une soixantaine d'adultes et une quinzaine d'enfants, vivant dans des sortes de cellules pour trois personnes par m2.

Si quelques membres du culte étaient autorisés à sortir, la plupart d’entre eux restaient enfermés en permanence depuis dix ans, sans lumière du jour et avec une ventilation réduite. Plusieurs enfants sont nés en captivité, et une adolescente de 17 ans est enceinte.

Une dizaine d’enfants a été emmené à l’hôpital pour des tests, et une porte-parole de la police a dit au site du magazine allemand Der Spiegel que nombre d’entre eux «souffrent de maladies de carences chroniques».

Quel est l’effet sur la santé d’une telle vie?

Lumière naturelle et ventilation

D’un point de vue médical, le plus grand problème de ce bunker est que ses habitants n’avaient pas accès à la lumière du soleil, ce qui peut provoquer une carence en vitamine D, précieuse pour le bon état des os. On ne sait pas comment les membres de la secte étaient nourris, mais à moins de s’être procurés de la vitamine D dans leur alimentation (saumon, thon, hareng, lait en grandes quantités), via des compléments alimentaires ou des expositions à des ultra-violets, ils risquent d’avoir de gros problèmes osseux.

D’après l’agence de presse russe officielle RIA Novosti, relayée par CNN, l’assistante du ministre de la Justice Irina Petrova a décrit les cellules comme ne comportant «pas de lumière naturelle ou de ventilation». Le bunker doit quand même avoir une certaine circulation de l’air et une ventilation quelconque, sans quoi ses occupants seraient morts depuis longtemps: sans aucune aération, l’air se serait enrichi très rapidement en gaz carbonique et deviendrait irrespirable, ne contenant plus assez d’oxygène.

Si les habitants n’ont fait aucun exercice physique, ils pourraient avoir des atrophies musculaires, ou risquer de développer des maladies cardio-vasculaires. Quand la police a examiné le donjon où l’Autrichien Joseph Fritzl avait tenu enfermée pendant 24 ans sa fille Elizabeth, puis leurs enfants, ils se sont rendus compte que la pièce était si peu aérée que les prisonniers ne pouvaient pas faire grand chose d’autre que rester étendus, par manque d’oxygène. 

Moisissures et maladies

Une pauvre circulation d’air peut mener à des moisissures, qui peuvent déclencher des crises allergiques ou des attaques d’asthme, comme l’expliquait Juliet Lapidos en 2008 dans un article consacré à la vie de Joseph Fritzl et ses prisonniers.Ils ont d’ailleurs développé des infections fongiques.

Le confinement de nombreuses personnes est en plus un terrain propice pour les virus, qui s’y transmettent beaucoup plus rapidement et facilement. Comme certains des membres du culte avaient le droit de sortir, le bunker n’était pas complètement coupé de maladies extérieures.

L’explication remercie France Rocourt, médecin urgentiste référent du spéléosecours français, et Jean-Pierre Buch, médecin fédéral de la fédération française de spéléologie.

Cécile Dehesdin

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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