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Les règles douloureuses, ça existe et ça se soigne

Planète Santé , mis à jour le 16.08.2012 à 17 h 12

Trop souvent banalisé, le syndrome prémenstruel n’est ni un mythe, ni une fatalité. Des traitements existent pour soulager ces manifestations physiques et psychiques survenant les jours qui précèdent les règles.

Détail du chandelier «La Mariée» de l'artiste portugais Joana Vasconcelos, exposé à Venise en 2005. REUTERS/Chris Helgren

Détail du chandelier «La Mariée» de l'artiste portugais Joana Vasconcelos, exposé à Venise en 2005. REUTERS/Chris Helgren

Quelle femme n’a jamais subi de désagréments à l’approche de ses règles? Très peu, confirme la Dr Michal Yaron, médecin-adjointe, responsable des consultations ambulatoires de gynécologie, de gynécologie pédiatrique et des adolescentes aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG): «90% des femmes en âge de procréer présente un ou deux symptômes pendant leur cycle, tandis que 20 à 30% souffrent du syndrome prémenstruel».

Ce phénomène curieux, en raison de son caractère protéiforme et cyclique, a de tout temps fait l’objet de théories aussi improbables que mystiques, comme nous l’explique le Dr Francesco Bianchi-Demicheli, responsable de la Consultation de gynécologie psychosomatique au sein du Département de Gynécologie Obstétrique des HUG et auteur de plusieurs articles sur la question:

«Dans l’Antiquité, on pensait que cet état était provoqué par les pressions exercées par l’utérus. Bien plus tard, les psychanalystes y voyaient une somatisation des conflits autour de la sexualité et de la reproduction. Aujourd’hui, ces visions dépassées ont fait place aux modèles neurobiologiques. Malgré tout, la période des règles est toujours auréolée de mystère».

Depuis les années trente en effet, l’existence du syndrome prémenstruel est admise et cliniquement bien établie. Ce syndrome n’a donc rien d’un mythe et n’en est pas moins une fatalité! Il peut toucher n’importe quelle femme, quelle que soit sa culture ou son niveau socio-économique, ce dès l’adolescence (généralement deux ans après l’apparition des premières règles) jusqu’à la ménopause.

D’une tristesse passagère à un véritable désespoir

Il se définit par un ensemble de symptômes physiques et/ou psychiques qui surviennent irrégulièrement et électivement sept à dix jours avant les règles et qui disparaissent «comme par enchantement» avec leur arrivée. L’intensité (de légère, modérée à sévère) et la nature de ces manifestations sont extrêmement variables d’une femme à l’autre et chez une même femme, selon les cycles.

Et pour cause, il existe plus de deux cents symptômes! Parmi eux, on peut citer: douleurs abdominales, tensions dans les seins, sentiment de gonflement, céphalées, fatigue, manque d’intérêt pour les activités habituelles, troubles du sommeil, perte d’appétit, prise pondérale (objective), changement de comportement, mauvaise humeur, irritabilité, nervosité, labilité émotionnelle, humeur dépressive, anxiété, sentiment de confusion, crises de colère, isolement social, pleurs incontrôlables, etc.

Chez une minorité de femmes (2 à 8%), les symptômes psychiques sont au premier plan. L’humeur dépressive peut s’accompagner d’un sentiment profond de désespoir, d’une hypersensibilité, d’une anxiété prononcée, d’intenses tensions internes, d’une perte de contrôle de soi avec des crises de colères ou de larmes, d’une sensation d’être débordée, etc. avec parfois des gênes physiques comme celles énoncées précédemment. Dans de tels cas, on parle de «Trouble dysphorique prémenstruel».

Il s’agit d’un trouble très spécifique qui peut avoir des retentissements importants tant sur les relations familiales et conjugales que professionnelles. «Chez celles qui en souffrent, on constate une augmentation de l’absentéisme au travail ou à l’école, plus de conflits avec les autres et des performances en baisse pendant cette phase», déclare la Dr Yaron. Cet état, qui dure le plus souvent quelques jours, mais peut aussi persister jusqu’à deux semaines, peut être source d’une grande souffrance et ne doit pas être banalisé. En effet, ajoute le Dr Francesco Bianchi-Demicheli:

«Cette diminution du plaisir peut conduire à une très grande détresse passagère. Certaines études ont même montré une augmentation du taux de suicide pendant la phase prémenstruelle, chez les femmes qui souffrent du trouble dysphorique prémenstruel.»

Or, regrette la Dr Yaron, «beaucoup de femmes "font avec" et ne consultent pas, estimant qu’il est normal d’être incommodée à l’approche des menstruations. Elles se disent qu’elles ressemblent en ce point à leur mère, voire à leur grand-mère, et supportent ces dérangements en silence. Il n’est pas rare qu’elles soient prises de honte, et préfèrent ne pas se plaindre.»

Il faut dire que ce syndrome est encore mal accepté socialement. «Les femmes subissent souvent des commentaires déplacés et blessants de leurs conjoints et de leur entourage qui leur renvoient, à tort, un message de fragilité physique et psychologique, déplore de son côté le Dr Bianchi-Demicheli. Car, insiste le spécialiste, il s’agit d’un problème médical qu’on peut résoudre et non d’un caprice ou d’une forme d’hystérie».

Des traitements efficaces, pourquoi s’en priver?

On l’aura compris, de tels troubles ont généralement un impact important sur la vie professionnelle, familiale et personnelle, ce qui justifie pleinement une consultation médicale. De plus, des traitements efficaces existent. Il vaut donc la peine d’y avoir recours pour vivre plus sereinement ce moment du cycle. Par ce biais, on évite également le risque de complications (développement d’une véritable dépression par exemple). Les spécialistes interrogés s’accordent sur le fait que pouvoir exprimer ce problème et y trouver une explication médicale offrent déjà un certain soulagement.

En première ligne, ces derniers préconisent l’observation de règles d’hygiène de vie et alimentaires: «Il a été démontré qu’un entraînement physique important a une incidence positive sur le syndrome prémenstruel et le trouble dysphorique prémenstruel. Aussi, il est conseillé à ces femmes de diminuer l’absorption de sucre, d’alcool, de sel et de caféine et d’augmenter celle de sucres lents», explique le Dr Bianchi-Demicheli.

Des traitements médicamenteux sur une brève ou plus longue durée peuvent y être associés: prise en continu d’une contraception oestro-progestative; inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, utilisés habituellement comme anti-dépresseurs, dont l’effet sur l’ensemble des symptômes est rapide (en quelques jours seulement); supplémentation en calcium et en magnésium; anxiolytiques; en dernier recours, des analogues de la gonadotropine. La prescription d’antalgiques contre les douleurs ou de médicaments contre les troubles du sommeil est également possible.

En complément ou seule, la thérapie cognitive et comportementale brève (TCC) a clairement démontré son utilité. Le but de cette dernière approche est d’agir sur les mécanismes défensifs, les pensées automatiques ainsi que sur le stress et l’anxiété qui participent à ces symptômes. Le conjoint de la patiente y est souvent associé. Il peut être d’une grande aide s’il admet que le malaise de la femme relève d’une réalité médicale et adopte un comportement adéquat. Les méthodes de relaxation (hypnose, médiation, sophrologie) sont également des pistes de soin intéressantes.

L’abondance des voies thérapeutiques existantes montre qu’il n’y a pas de traitement miracle, capable de soulager toutes les femmes. C’est la raison pour laquelle chaque prise en charge doit être individualisée en fonction des symptômes les plus gênants et des résultats thérapeutiques obtenus. Pour les experts interrogés, une prise en charge multidisciplinaire et ouverte est essentielle pour plus de succès.

Elodie Lavigne

Planète Santé
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