France

Dans l'OCDE, les dépenses de santé marquent le pas. C'est grave docteur ?

Catherine Bernard, mis à jour le 09.10.2012 à 19 h 04

Pour la première fois depuis très longtemps, les dépenses de santé ont arrêté de progresser en 2010. Reste à savoir si la santé publique en souffrira.

Hôpital Ambroise Paré à Paris en 2008. REUTERS/ Jean-Paul Pelissier

Hôpital Ambroise Paré à Paris en 2008. REUTERS/ Jean-Paul Pelissier

C'est un événement. Pour la première fois depuis fort longtemps, les dépenses de santé des pays de l'OCDE ont quasiment stagné en 2010, selon l'édition 2012 de la base de donnée de l'OCDE sur la santé. Pis: elles ne devraient progresser qu'à la marge en 2011, si l'on en croit les experts de l'organisation. Et ce, alors même qu'elles connaissaient jusqu'à présent une progression rapide (+4,7% par an en moyenne sur la période 2000-2009).

Mais la crise de la dette dans la zone euro aura eu raison d'une tendance que l'on croyait devenue  inéluctable. Contraints de réduire leurs dépenses, les gouvernements ont rogné sur la santé. Telle l'Irlande, qui affiche une diminution de 7,6%, ou encore l'Islande (-7,5%), l'Estonie (-7,3%), la Grèce (-6,5%), mais aussi la République Tchèque (-4,1%), ou même des pays en relativement bonne santé économique comme le Danemark (-1,7%) ou la Norvège (-0,8%).

Au menu de ces cures d'austérité: baisse des salaires, des effectifs, diminution des remboursements et du nombre d'hôpitaux, prescription de génériques… Au choix ou combinés.

Partout ailleurs, si les dépenses ne baissent pas, leur croissance en revanche marque le pas, passant par exemple de  +3,3% à +1,3% en France (où elles avaient du reste baissé de 0,9% en 2007-2008).

Reste à savoir si cette tendance se confirmera, et, surtout, quelles seront ses effets. Autrement dit: la croissance des dépenses de santé est-elle indispensable pour que les populations souvent vieillissantes voient leur espérance de vie en bonne santé se maintenir, voire continuer à progresser?

Dépenses de santé et richesse de ses habitants

Pas si sûr. Bien entendu, couper à l'aveugle dans les dépenses de santé serait suicidaire. Lorsque la crise dissuade les familles de faire vacciner ses enfants —comme cela serait, paraît-il, parfois le cas en Grèce, l'effet est potentiellement désastreux. Pour un malade grave hospitalisé, il est bien clair, également, qu'une désorganisation des hôpitaux assombrit beaucoup le pronostic. 

Mais l'état de santé d'un pays ne dépend pas seulement des efforts qu'il consent pour soigner ses habitants, autrement dit de ses dépenses de santé. La santé est d'abord affaire de richesses, en général: plus un pays est riche (en termes de PIB/habitant) et plus l'espérance de vie à la naissance de ses habitants est élevée. 

Du moins jusqu'à un certain stade: «plus le revenu par habitant est élevé, moins la corrélation est forte», note l'OCDE (page 24). Autrement dit, deux pays quasiment aussi riches, comme le Japon ou les Etats Unis (en réalité plus riches), affichent néanmoins des différences sensibles: 83 ans d'espérance de vie au Japon (+ 15 ans d'augmentation depuis 1960), un peu plus de 78 ans seulement aux Etats Unis (seulement  + 8,3 ans de plus depuis 1960).

Ensuite, bien sûr, la santé dépend aussi des dépenses de santé. Mais là aussi, jusqu'à un certain niveau: les Etats Unis en constituent là encore un bon exemple puisqu'ils consacrent 17,6% de leur PIB à la santé (contre 11,6% pour la France) pour une espérance de vie pas si impressionnante que cela, donc. Car  «à un certain stade, les dépenses de santé ont un rendement décroissant», constate Gaétan Lafortune, expert du domaine à l'OCDE.

Normal. Plus la santé des habitants s'améliore, plus il coûte cher de combattre les fléaux qui résistent: la vaccination généralisée contre les maladies les plus dangereuses a des effets extrêmement rapides et visibles alors qu'elle ne coûte pas très cher. A l'inverse, combattre les multiples formes d'un cancer nécessite une énorme recherche, des spécialistes extrêmement compétents et des machines coûteuses. Sans compter que plus l'état de santé général de la population s'améliore, et plus elle vit longtemps, avec donc de nouveaux maux qu'il s'agit de prendre en charge. 

Le rôle essentiel des inégalités sociales

Rien d'étonnant donc que les dépenses de santé semblent toujours vouloir s'emballer pour des améliorations qui deviennent marginales, voire très marginales.

In fine «nous estimons que l'augmentation des dépenses de santé rend compte d'environ 40% de l'augmentation de l'espérance de vie sur longue période», explique Gaétan Lafortune.

Une façon de constater que l'espérance de vie d'un individu ne dépend pas seulement de la façon dont il est soigné lorsqu'il est malade. Elle dépend aussi beaucoup de ses conditions matérielles d'existence (logement, par exemple), de son alimentation, de son mode de vie (tabac, alcool, exercice physique).

Sans oublier les accidents de la route, les meurtres ou les suicides. Ou encore les inégalités sociales: car elles influent largement sur le mode de vie (la consommation de tabac et l'alimentation par exemple) . Et elles conditionnent aussi l'accès aux soins, notamment préventifs: des études  britanniques ont ainsi montré que même lorsque celui-ci est totalement gratuit, les cadres supérieurs fréquentent plus des services de santé que les ouvriers et les employés!

Autrement dit, il est tout à fait possible d'améliorer l'état de santé de la population en investissant plus en termes de dépenses préventives. Ou en menant une politique sociale plus égalitariste.

Catherine Bernard

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