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«Vacances de malade mental»: le tampon de ouf de Babybel

Hugues Serraf, mis à jour le 09.08.2012 à 16 h 02

On peut certainement critiquer Babybel pour son manque de goût et de maturité, mais il devrait tout de même se montrer moins pâte molle lorsqu’il est attaqué sans raison...

Babybel - DR

Babybel - DR

Les associations de défense des enfants handicapés sont ultra-vénères. Elles font tout un fromage du dernier buzz Babybel, qu’elles trouvent top-relou (bon j’arrête de parler comme ça parce que ça m’agace déjà et que je risque de ne pas tenir la distance jusqu’à la signature).

Il faut dire que chez Bel SA, on a vraiment exagéré: le producteur du célèbre petit frometon emballé à la cire rubiconde s’est permis de souhaiter «des vacances de malade mental» à ses consommateurs en culottes courtes en leur refilant un mini tampon-encreur en cadeau dans chaque petit filet de 6.

Des «vacances de malade mental»! Tsss… Pourquoi pas un été de cancéreux ou de nécrosé de la plèvre, tant qu’on y est!

Bon, en réalité, si vous avez des enfants en bas âge à la maison, du genre de ceux qui aiment le Babybel (parce que franchement…), vous avez dû remarquer que l’expression «de malade mental» était un tic de langage de cour d’école et n’avait qu’un lointain rapport avec le diagnostic d’un trouble psychiatrique.

Mais à l’UNAPEI (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis), on ne voit pas du tout les choses comme ça. Ce collectif vient en effet d’en appeler au boycott pur et simple de l’ensemble des marques du groupe (Leerdammer, Kiri, Vache qui rit, Boursin, etc.) en punition de l’insensitivité manifeste de la campagne de pub:

«Un produit, surtout destiné aux enfants, ne peut véhiculer et ancrer de tel message. Je suis scandalisée que BEL transmette des valeurs discriminatoires à nos enfants sans s’excuser ni rectifier son erreur, explique ainsi au Parisien Christel Prado, présidente de l’UNAPEI. La déficience intellectuelle fait l’objet d’une discrimination qui n’est pas poursuivie de la même façon que le racisme ou l’homophobie. Le Code pénal prévoit certes des peines en cas d’injures publiques de ce type, mais les victimes ont par définition moins les armes pour réagir».

En clair, l’expression «de malade mental», même dans ce contexte totalement et indubitablement innocent, est un encouragement à la discrimination d’enfants présentant une déficience mentale par leurs camarades plus chanceux. Un encouragement au vice comparable à de l’homophobie ou du racisme, mais malheureusement insuffisamment pris en compte par le législateur...

Mis au courant de la menace de boycott, le DG de la boîte, Etienne Lecomte (tiens, presque un nom de fromage) s’est sans doute d’abord frappé le front du plat de la main en s’exclamant: «Bon sang, mais qu’est-ce-que c’est encore que cette histoire de dingue?» (il n’aurait évidemment pas dit «Qu’est-ce que c’est que ce truc de malade?» pour ne pas aggraver son cas), puis s’est vraisemblalement tourné vers son dircom en lui demandant:

― C’est important, comme assoce, ça ?

― Officiellement? 60 000 familles. Le chiffre est sans doute un peu gonflé, mais ça fait du monde et ils peuvent faire du dégât. C’est l’été, il n’y a pas beaucoup d’info, l’histoire peut prendre…

― Bon, on arrête tout alors et on fait des excuses publiques…

­― On ne peut pas, tous les stocks sont déjà livrés…

― On s’excuse quand même et on dit qu’on ne fera plus jamais un truc de ouf pareil, euh, une chose aussi scandaleuse, et qu’on emploie nous-même un très grand nombre de handicapés dans nos usines...

Hum, ils font comme ils veulent, chez Bel, mais je maintiens que cette firme en pâte molle aurait pu résister un poil et assumer sa vanne. Tiens, si je n’étais pas du genre à ne jamais acheter de Babybel, je crois que je boycotterais la marque. Non mais.

Hugues Serraf

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