France

Jacques Cheminade: «Il faut un Glass-Steagall Act pour conquérir Mars»

Hugues Serraf, mis à jour le 07.08.2012 à 16 h 56

Avec Curiosity, la NASA fait considérablement avancer le projet de Jacques Cheminade de terraformer Mars. Mais ça ne suffira pas: il faut d'abord séparer les banques d’affaires des banques de dépôt.

L'amarsissage de Curiosity / NASA

L'amarsissage de Curiosity / NASA

Si quelqu’un, en France, se réjouit de l’amarsissage réussi de Curiosity, c’est bien Jacques Cheminade. D’accord, les crânes d’œuf du CNES ayant conçu les deux-trois systèmes tricolores embarqués sur le robot à roulettes US doivent également être à la fête, mais c’est juste leur boulot...

Jacques Cheminade, c’est autre chose. C’est le candidat pour lequel la terraformation de Mars est l'objectif politique raisonnable d'un mandat présidentiel―un peu comme le démantèlement du parc nucléaire pour les Verts ou l’éradication du capitalisme pour le NPA. On l’a d'ailleurs pas mal brocardé pour ça pendant la campagne, même si c’était la partie la plus intéressante de son programme: la finance folle qu’il faut réglementer, tout le monde avait l’air d’être sur la même longueur d’ondes; quant au complotisme larouchien, il était moins fédérateur mais on ne s’en plaindra pas. La conquête spatiale, en revanche...

«Vous devez être  sacrément enthousiaste. Un robot pareil qui se pose sur la planète rouge, c’est l’étape juste avant le débarquement de l’homme, non?», lui demande-t-on en essayant d’évacuer toute trace d’ironie cynique. Car c’est bien le problème avec les interviews de Jacques Cheminade: on est vite entraîné dans l’ironie cynique alors qu'il est tout de même bien sympathique.

― Absolument. C’est tout à fait extraordinaire. C’est la preuve de ce que la collaboration entre différents pays peut donner, puisque les Européens et singulièrement la France contribuent à cette opération.

― On repart pour une nouvelle période d’exploration de l'espace alors?

― Non, malheureusement. La finance folle ne le permettra jamais.

Eh oui, c’est le tout problème avec le leader de Solidarité et Progrès, le parti sous les couleurs duquel il concourt. On ne peut pas le faire parler longtemps d’autre chose que la finance folle puisqu’elle va nous entraîner dans le mur bien avant l’ouverture de la première liaison directe Roissy-Mars.

«Curiosity, explique-t-il d’ailleurs, c’est un moyen de mieux comprendre notre passé en étudiant la façon dont les minéraux se sont formés, mais c’est aussi un moyen de préparer notre futur en apprenant plus sur, par exemple, les niveaux de radiation qui nous attendent là-haut. Mais il faut mobiliser énormément d’argent et ça ne peut pas se faire dans un contexte où le système financier empêche toute vision à long terme!»

― Les Américains viennent pourtant de mettre 2,5 milliards de dollars dans cette affaire alors que nous sommes encore en pleine crise…

― Oui, mais c’est la preuve qu’il faut de la coopération et de l’argent public à mobiliser, pas de la concurrence.

― La coopération, c’est bien, mais est-ce que les plus grandes avancées spatiales n’ont pas été stimulées par la compétition entre Russes et Américains? Et pour l’argent public, est-ce que ne sont pas les retombées commerciales qui justifient désormais les investissements spatiaux? La mise en orbite de satellites, la recherche médicale... Si ça se trouve, Richard Branson mettra des touristes sur Mars avant la Nasa ou l’ESA…

­― Ça c’était avant. Aujourd’hui tout est changé. La finance folle gouverne le monde et il faut mettre un terme à cette situation pour faire quoi que ce soit d’autre…

Sacré Jacques Cheminade: on lance un sujet, bing, il faut qu’il en revienne à la finance folle. «Nous venons de lancer un appel à un nouveau Glass Steagall Act universel, c'est à dire une séparation des activités bancaires entre investissements risqués et prêts aux particuliers et aux entreprises. C’est la clé de tout».

― François Hollande va s’en occuper. Lui aussi il veut réguler la finance folle et rendre à l’État la possibilité de faire des projets à long terme. Vous n’aviez pas voté pour lui au second tour ?

― Oui, mais il ne fait pas mieux que Sarkozy au final. Les contraintes sont peut-être importantes, mais on ne me fera pas dire que je suis enchanté. Sans une action régulatrice forte, qui ne vient manifestement pas, la crise de l’euro se transformera en une crise du dollar et les choses iront encore plus mal. C'est que la France est totalement contrôlée par les banques et ça ne rend pas optimiste, ici ou dans le reste du monde…

― Il y a l’arrivée du robot sur Mars tout de même. Ça c’est une bonne chose.

― Oui. Mais ça ne suffit pas. Il faut un Glass Steagall, je vous dis.

― Ok. Je le note.

 Hugues Serraf

Note: Jacques Cheminade a d'autres soucis, à côté de la finance folle et du frein qu'elle représente pour la conquête de l'espace. Il est en effet censé rembourser quelque 170.000 euros au fisc sur sa cassette personnelle, suite au rejet de ses comptes de campagne de la présidentielle de 1995. Sans doute est-ce légitime, mais pas plus que dans le cas de de ceux de Jacques Chirac la même année.

Hugues Serraf
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