Culture

Marilyn Monroe: les commémorations l'aiment chaude

Titiou Lecoq, mis à jour le 04.08.2012 à 9 h 11

Les hommages oublient l'actrice et cherchent presque tous à se glisser dans son intimité sexuelle.

Marilyn Monroe en 1953 dans l'Alberta, au Canada. REUTERS/The Estate of John Vachon/Dover Publication

Marilyn Monroe en 1953 dans l'Alberta, au Canada. REUTERS/The Estate of John Vachon/Dover Publication

Le 5 août 1962, Marilyn Monroe était retrouvée morte dans sa chambre, à 36 ans, un flacon de somnifères vide à son chevet. Quatorze autres flacons de médicaments et pilules sur la table de nuit. Cinquante ans après sa mort, l'actrice demeure l'une des icônes de la culture et de la pop culture. A l'occasion du cinquantenaire de sa mort, Slate s'interroge sur son héritage en plusieurs volets. Le second: un anniversaire un peu triste.

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Ce week-end vous allez bouffer jusqu’à la nausée du cinquantenaire de la mort de Marilyn Monroe. Si depuis quelques semaines, la presse se répand déjà en articles sur le sujet (dans un panel assez large qui va de Télérama à Télé7jours), dimanche 5 août ce sont les chaînes de télé qui s’y mettent.

A titre personnel, cette foison devrait me réjouir. J’appartiens à cette secte étrange de gens qui continuent à être fascinés par Monroe. Une groupie en somme. Et pourtant, la tournure que prend cette commémoration commence à m’agacer.

1. D’abord, regardons les programmes télé du week-end :

Samedi 4 août

20h45, Arte, Marilyn, Dernières séances
22h05, France 5, un doc sur Marilyn Monroe

Dimanche 5 août

12h30, Paris Première, Marilyn malgré elle, puis à 13h40 Blonde (téléfilm en 2 parties)
14h15, France 2, Un jour, un destin sur Marilyn Monroe
16h55, Arte, Bert Stern : Objectif Marilyn
20h45, 13ème Rue, Karl Zéro propose un magazine sur les mystères de la mort de Marilyn.
22h45, Direct 8, Certains l’aiment chaud.

En un week-end consacré à Marilyn Monroe, un seul de ses films est programmé —Certains l’aiment chaud de Billy Wilder qui est à voir absolument. Même Arte tombe dans le docu (dont celui très contesté de Patrick Jeudy). C’était pourtant pas compliqué de diffuser Sept ans de réflexion, la Rivière sans retour, Les hommes préfèrent les blondes, Les Désaxés...

Ça, c’est la première raison de mon agacement. Et c’est également un peu triste. Ça veut dire que, malgré tous ses efforts, elle n’a toujours pas acquis le statut d’actrice.

2. Le déferlement de papiers : Secrète Marilyn ou Les secrets d’un sex-symbol ou le Mystère Marilyn ou Marilyn Monroe ses derniers secrets.

telepoche

Télé Poche nous trouve pas moins de 100 secrets

Bref, le «attention, on va tout vous dire» voire le «attention, on va tout vous dire sur cette grosse chaudasse». Sauf qu’en réalité, si la vie de Marilyn Monroe comporte effectivement de nombreuses zones d’ombre, on a en général des témoignages très contradictoires, dont pas mal ont l’air de coup de pub que ce sont payés les intéressés.

Dans la longue interview qu’elle avait donnée au magazine «Life» juste avant son décès, elle racontait elle-même que: «C'est toujours la même histoire. Je m'imagine que j'ai quelques merveilleux amis, et puis crac! Ça y est! Ils se mettent à faire des tas de choses — ils parlent de moi à la presse, leurs amis, ils racontent des histoires, c'est vraiment décevant.»

Si c’était comme ça de son vivant, on imagine bien que ça ne s’est pas arrangé avec sa mort. En disparaissant à 36 ans, elle a laissé le champ médiatique libre à tous ceux qui voulaient capter une minute l’attention des médias. Prenons par exemple le scoop de sa sextape – qu’on retrouve raconté dans pas mal d’articles. Cette vidéo montrerait Marilyn en train de faire une fellation à un homme de dos.

Le FBI aurait récupéré cette cassette, son patron Edgar Hoover aurait fait travailler des équipes dessus pour vérifier si l’homme au bout du pénis était JFK, Joe Di Maggio (le second mari de Monroe) aurait cherché à la racheter pour la détruire mais en vain, puis cette cassette aurait été acquise en 2008 par un millionnaire qui a assuré qu’il ne la diffuserait jamais parce qu’il ne voulait pas que Marilyn devienne une sorte de Paris Hilton. Ok.

Sauf que rien n’est prouvé. Toute cette histoire, reprise telle quelle par les médias, vient du communiqué de presse du millionnaire qui aurait cette fameuse cassette. Aucun ancien du FBI n’a jamais confirmé l’existence de cette bande, personne n’a vu cette cassette. Mais visiblement, les précautions de base ne s’appliquent pas à un sujet comme Marilyn Monroe.

3. L’épidémie de papiers type «dans la tête de Marilyn».

Ça, c’est le vrai fléau: l’angle poético-psychanalytique. La plupart de ceux qui écrivent un article sur Marilyn Monroe succombent à un moment ou un autre à la tentation de se glisser dans sa peau. Vous allez me dire Joyce Carol Oates l’a fait brillamment dans Blonde.

Sauf que primo, tout le monde n’a pas son talent, secundo elle a précisé qu’il s’agissait d’une fiction et n’a jamais prétendu écrire une biographie de l’actrice. Le cas est un peu plus compliqué pour le livre Marilyn: dernières séances. Michel Schneider a bien expliqué qu’il s’agissait d’une fiction mais dans ce cas, on se demande quand même pourquoi avoir gardé le nom de Marilyn…

Et ça se corse encore un peu plus avec le «documentaire» qui en a été tiré (et qu’Arte diffuse donc samedi à 20h45). C’est un documentaire qui s’appuie sur une fiction… Un docu-fiction en somme. Après une première diffusion cette année sur France 2, le réalisateur Patrick Jeudy avait été critiqué pour ses inexactitudes (quand ce n'était pas pour des erreurs).

Toujours dans l’interview du magazine Life, Marilyn Monroe parlait de cette tendance des gens avec elle:

«Ils veulent savoir qui vous êtes vraiment. Alors, j'essaie de le leur expliquer. Je n'aime pas leur faire de la peine et leur dire: "Vous ne pouvez pas me comprendre". J'ai l'impression qu'ils comptent sur moi pour leur apporter quelque chose qui n'existe pas dans leur vie de tous les jours. Je suppose que c'est leur plaisir, leur évasion, leur fantaisie. Parfois je suis un peu triste, parce que j'aimerais rencontrer quelqu'un qui me jugerait sur ce que je sens, et pas sur ce que je suis. C'est agréable de faire rêver les gens, mais j'aimerais bien qu'on m'accepte également pour moi-même.»

life


Marilyn Monroe a d’abord été un fantasme sexuel, elle est devenue un fantasme psychanalytique. Il faut absolument débusquer ses secrets ou sa vérité intérieure. Après s’être approprié son image, son corps, on veut avoir accès à son intimité. Si je me permettais d’être vulgaire, je dirais qu’à défaut de savoir ce qui se passait dans sa chatte, on cherche ce qu’elle avait dans la tête.

Pourtant, elle a tout fait pour dissimuler cette partie-là –je parle de sa tête. Ses interviews ressemblent à des séries de phrases choc à connotation sexuelle (elle savait très bien se servir des médias pour se faire de la pub et entretenir sa légende), dont la plus célèbre est sans doute «Que portez-vous pour dormir?» «n°5 de Chanel».

Les éditions Robert Laffont ont sorti l’an dernier ses Confessions inachevées qui n’apportent rien et dont certains détails prouvent qu’il s’agissait avant tout pour Monroe et ceux qui l’aidaient à écrire de jouer une nouvelle fois avec son image.

En réalité, la seule façon d’entendre un peu la voix de Marilyn reste de lire ses carnets intimes, parus sous le titre Fragments.

fragments

Marilyn Monroe trimballait souvent avec elle des carnets où elle notait aussi bien les courses à faire pour une fête qu’elle organisait, des notes au sujet de ses lectures que des bouts de phrases terriblement personnels:

«Pourquoi est-ce que je ressens cette torture? Ou pourquoi est-ce que je me sens moins un être humain que les autres (toujours senti d'une certaine façon que je suis sous-humaine, pourquoi en d'autres mots suis-je la pire, pourquoi?)»

En résumé, si vous tombez sur un documentaire sur elle, méfiez-vous. Comme Marilyn Monroe l’écrivait elle-même:

«Seuls quelques fragments de nous toucheront un jour des fragments d'autrui - la vérité de quelqu'un n'est en réalité que ça -, la vérité de quelqu'UN. On peut seulement partager le fragment acceptable pour le savoir de l'autre, ainsi on est presque toujours seuls.»

Titiou Lecoq

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