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C’est dur à conduire, un tank?

Brian Palmer, mis à jour le 04.08.2012 à 9 h 02

Se servir d’un char d’assaut est plus compliqué que conduire une voiture, mais plus facile que piloter un avion.

Membres de l'Armée syrienne libre camouflagent des chars pris aux forces fidèles à Assad non loin d'Alep, le 31 juillet 2012. REUTERS/Obeida Al Naimi

Membres de l'Armée syrienne libre camouflagent des chars pris aux forces fidèles à Assad non loin d'Alep, le 31 juillet 2012. REUTERS/Obeida Al Naimi

Jeudi, des rebelles syriens se sont emparés d’un char d’assaut de l’armée régulière et s’en sont servi pour attaquer les hommes du président Bachar al-Assad. Peut-on conduire un tank sans avoir été formé?

C’est difficile, mais c’est possible. Heureusement pour l’Armée syrienne libre, certains de ses soldats ont reçu une formation avant de faire défection des forces gouvernementales, car apprendre à conduire un char sans passer par une «tank-école» demande de savoir deviner juste et d’être à la fois patient et chanceux.

Le tableau de bord comprend une centaine de boutons, cadrans et manettes de contrôle des turbines, lanceurs, dispositifs de communication, équipements électroniques, systèmes anti-feu et gyroscopes… Pour ne citer que quelques-uns des systèmes complexes dont est doté l’engin.

Des boutons, indicateurs et leviers à gogo

La plupart des commandes sont accompagnées d’un libellé en abrégé qui n’est absolument pas parlant pour les non-initiés. Ce qui rend difficile quelque chose d’aussi basique que de trouver le bouton de mise en marche du moteur et le levier de vitesses. (Certains tanks plus anciens nécessitent également un préchauffage du moteur pendant quelques minutes avant le démarrage.) Le relâchement des freins est assez délicat: sur de nombreux modèles de char, le conducteur doit simultanément lever le pied de la pédale et tirer sur un levier.

Une fois ces étapes de base réalisées, la conduite du tank est relativement intuitive. La pédale de frein et d’accélérateur fonctionnent comme celles d’une voiture. Les tanks les plus modernes sont dotés d’un manche de direction similaire à celui d’un avion, tandis que les plus anciens disposent de deux leviers. En tirant sur le levier de droite, la chenille droite est ralentie, ce qui fait que le tank part à droite. En tirant sur le levier de gauche, c’est exactement l’inverse qui se produit.

Les nouveaux chars de combat offrent une transmission automatique, contrairement aux vieux modèles, comme celui détourné jeudi par les rebelles syriens (il date de l’époque soviétique), qui requiert un changement manuel des vitesses. Certains ont même trois pédales d’embrayage et calent assez facilement.

Les débutants apprennent en général à conduire un tank en gardant la tête en dehors de l’écoutille. Mais en situation de combat, il faut s’orienter à l’aide des «blocs de vision» ou périscopes, ce qui n’a rien d’évident pour un conducteur novice.

Sur du plat, du rocailleux et du boueux

Sur une surface plane, un char d’assaut moderne peut atteindre plus de 95 km/h. Sur terrain accidenté, il est toutefois plus sûr d’adopter une vitesse de croisière de 16 à 25 km/h. Pour la conduite, inutile d’être particulièrement précautionneux, dans la mesure où l’engin est conçu pour rouler sur à peu près n’importe quoi. (Les écoles de conduite de tank, plus répandues au Royaume-Uni qu’aux Etats-Unis, permettent à leurs élèves d’écraser des voitures jusqu’à réduire la hauteur de leur carrosserie à une trentaine de centimètres.)

Sur un terrain fortement boueux, il faut en revanche faire preuve de prudence. Si le corps du tank entre en contact avec le sol alors que ses chenilles tournent pour ainsi dire dans le vide (c’est ce que les spécialistes appellent le «bottom out»), il est coincé. Il faut alors recourir à un autre char pour remorquer le véhicule embourbé. Une autre solution consiste à placer un tronc d’arbre sous l’avant des chenilles et à faire avancer le char petit à petit, sur une distance égale à sa longueur à chaque fois, jusqu’à le sortir de la boue.

Le canon

Pour quelqu’un qui ne s’y connaît pas, l’utilisation du canon présente le même degré de difficulté que la conduite. De nombreux boutons servent à orienter le canon et à contrôler les dispositifs électroniques. Le bouton particulier qui sert à tirer n’est pas facilement identifiable. Les blocs de vision dont se servent les artilleurs grossissent énormément le paysage, ce qui fait que l’artilleur a encore plus de mal à y voir que le conducteur.

Il est arrivé quelques fois dans l’histoire que des conducteurs improvisés réussissent à faire rouler un tank. En 2006, par exemple, des manifestants hongrois ont détourné un T-34 datant de la Seconde Guerre mondiale, à bord duquel ils ont parcouru une centaine de mètres… avant que la vieille bête, à court de carburant, ne s’arrête juste devant une ligne d’unités antiémeute. Son réservoir contenait moins de 0,3 litres de diesel.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

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L’explication remercie Frank Coles, auteur de How to Drive a Tank and Other Everyday Tips for the Modern Gentleman et Alastair Scott, de la Tank School http://www.tankschool.co.uk/.

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