Monde

Un black-out remet l’Inde à sa place, celle d'un sous-continent électrique

Françoise Chipaux, mis à jour le 02.08.2012 à 11 h 09

Le pays doit rapidement régler ses problèmes d'infrastructures avant de se voir comme une grande puissance.

Dans l'Etat du Madhya Pradesh en juin 2012. REUTERS/Adnan Abid

Dans l'Etat du Madhya Pradesh en juin 2012. REUTERS/Adnan Abid

Un dixième de l’humanité privé d’électricité! 684 millions d’Indiens dont 300 pendant deux jours ont été victimes d’une gigantesque panne d’électricité. Sous des températures dépassant les 30°C, des millions d’individus ont été bloqués dans des trains en rase campagne ou des gares surchauffées, dans les couloirs du métro de Delhi ou tout simplement chez eux à rôtir sans un souffle d’air, ni une goutte d’eau.

L’alimentation électrique étant en temps normal déjà tellement erratique, la plupart des hôpitaux, sociétés et commerçants disposent de générateurs diesel, ce qui a limité les conséquences de cet arrêt des trois réseaux qui alimentent  tout le nord de l’Inde. Seuls épargnés, le quart des Indiens qui n’ont toujours pas accès à l’électricité.

Cette panne souligne une fois de plus le décalage entre une Inde qui se projette comme une grande puissance et l’état réel de son développement. Comme le dit très bien l’historien Ramachandra Guha, cité par le New York Times, «l’Inde doit cesser de se pavaner sur la scène mondiale comme une grande puissance et se concentrer sur ses graves problèmes internes».

Ceux-ci sont nombreux et pour n’évoquer que l’économie, le manque d’infrastructures moderne pèse lourdement sur la croissance du pays. Le réseau ferré qu’empruntent quotidiennement quelques 18 millions de personnes est en état de déliquescence et est responsable de plusieurs dizaines d’accidents mortels chaque année.

Les routes sont dans leur immense majorité en piteux état et la moyenne de circulation sur une route dite à grande vitesse ne dépasse pas les 50km/h. Les installations aéroportuaires sont engorgées et il faut aux heures de pointe tourner parfois une heure dans le ciel de Delhi ou Mumbai avant d’atterrir. Les ports ne sont pas mieux dotés.

Si le Premier ministre Mammohan Singh fait souvent allusion à l’urgence de s’attaquer au problème, son gouvernement n’a pas pris les mesures nécessaires pour y arriver. Depuis près de deux ans le gouvernement de coalition dirigé par le parti du Congrès semble paralysé.

Secoué par des scandales de corruption qui mettent en cause des ministres pour des sommes atteignant des  milliards de dollars, freiné dans ses tentatives de réformes par une coalition de partis régionaux aux exigences populistes, le gouvernement se contente le plus souvent de gérer les affaires courantes.

Devant les mauvais résultats économiques qui s’accumulent, l’absence de volonté politique de prendre les mesures qui s’imposent, les investisseurs –étrangers ou locaux— attendent donc des jours meilleurs et à terme ce sont des millions d’Indiens qui continueront de souffrir du sous-développement.

A deux ans des élections générales, il est douteux que le gouvernement engage des réformes impopulaires comme par exemple la réduction des subsides, l’autorisation pour les multinationales de la distribution de s’installer dans le pays ou l’assouplissement du code du travail.

Economiste distingué, Manmohan Singh qui le premier avait engagé l’Inde sur la voie des réformes en 1991, sait surement ce qu’il faut faire, mais a-t-il les moyens d’agir alors que le pouvoir reste fermement entre les mains de l’omniprésente Sonia Gandhi, présidente du parti du Congrès?

Très à l’écoute de la rue, soucieuse de ménager des alliés récalcitrants et de d’assurer l’avenir politique de son fils Rahul, 42 ans, celle-ci ne souhaite pas  s’engager sur la voie de réformes qui demanderaient des sacrifices à tous.

Malgré la pénurie, améliorer la distribution électrique en attendant une production accrue d’électricité serait possible si les consommateurs payaient celle-ci au juste prix, si les réseaux de distribution étaient séparés des réseaux de production, si les fonctionnaires gérant la répartition du courant ne se savaient pas inamovibles à leurs postes etc.

De longue date chacun sait ce qu’il faut faire mais le courage politique de l’imposer a jusqu’à maintenant manqué à tous les gouvernements qui se sont succédés.

Francoise Chipaux

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