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Pleut-il plus sous un gouvernement de gauche ou de droite?

Ludivine Olives, mis à jour le 03.08.2012 à 9 h 00

Le temps est-il vraiment pourri depuis que François Hollande a été élu? Faisait-il meilleur sous la droite? Retour sur 30 ans de présidence française.

François Hollande le 15 mai 2012 Reuters/Regis Duvignau

François Hollande le 15 mai 2012 Reuters/Regis Duvignau

Où le président passe, le soleil trépasse… Depuis son élection, la météo n’a pas vraiment été clémente avec François Hollande. Petite sélection des plus grands moments de Rain Man:

 

François Hollande: un président waterproof


15 mai 2012, fin de matinée: C'est le jour de son investiture, et François Hollande décide de vivre le moment à fond. Debout dans sa voiture grâce au toit ouvrant de sa DS5, glorieux et triomphant, il brave les éléments pour être au plus proche du peuple français (sous un parapluie, lui).

15 mai 2012, fin de journée: Pour son premier voyage diplomatique, le Président choisit de se rendre à Berlin. Peu de temps après le décollage, son Falcon est touché par la foudre et forcé de faire demi-tour. Mais François Hollande tient bon et décide de se rendre envers et contre tout en Allemagne. Arrivé à destination, il foule le tapis rouge, sous la pluie.

Reuters/Fabrizio Bench

Reuters/Fabrizio Bench

6 juin 2012: François Hollande se rend au cimetière britannique de Ranville, dans le Calvados à l’occasion du 68e anniversaire du Débarquement sous une pluie battante. Semblant entretenir une relation difficile avec les parapluies, il préfère un imperméable. Pleinement conscient de la situation, il déclare:

«Le quinquennat a commencé avec la pluie, il se poursuit avec la pluie, mais c'est une pluie bienfaisante.»

 

David Vincent/Reuters

9 juin 2012: De retour à Tulles, dont il a été maire pendant sept ans et député de Corrèze pendant 15 ans, il assiste à une cérémonie en hommage aux 99 pendus de la ville, massacrés par les nazis le 9 juin 1944. Il se décide enfin à accepter un parapluie, tenu par sa compagne Valérie Trierweiler.

25 juin 2012: Le Président se croit libéré de la malédiction des averses lors d’une visite éclair à Kaboul, en Afghanistan (où il ne pleut quasiment jamais en été, rappelons-le). Il déclare, enthousiaste:

«Je voudrais remercier la météo d'avoir été aussi clémente.»

Mais lors de sa visite à son homologue afghan, Hamid Karzai, une averse vient le contredire.

8 juillet 2012: C'est sous la pluie que le président français et la chancelière allemande participent à la cérémonie des 50 ans de réconciliation franco-allemande.

Jacky Naegelen/Reuters

10 juillet 2012: Lors d’une visite à la résidence officielle du Premier ministre britannique David Cameron, The Guardian surnomme François Hollande «Rain Man», un terme qui amuse le président:

«Je viens ici à Londres avec un temps britannique qui est celui que nous connaissons en France depuis mon élection.»

A ce jour, François Hollande ne semble toujours pas malade.

Bonne surprise lors de sa venue aux Jeux Olympiques de Londres. Si tout le monde s’attendait à une habituelle averse, il n’en fut rien. La fin de la malédiction Hollande ?

L’été des présidents

Depuis trente ans, chaque président a eu droit à son lot de pluie, chaleur, vague de froid et catastrophes climatiques. Mais peut-on dire que les étés des présidents de gauche sont plus pourris que ceux des présidents de droite?

Pour cela, il faut comparer avec les normales saisonnières.

De nombreuses stations installées dans les plus grandes villes de France permettent de donner une moyenne pour chaque région.

En Ile-de-France par exemple:

  • En mai: une moyenne de 16.6°C avec des précipitations de 62mm
  • En juin: une moyenne de 23.4°C avec des précipitations de 53 mm
  • En juillet: une moyenne de 25.1°C avec des précipitations de 59 mm
  • En août: une moyenne de 25.6°C avec des précipitations de 46mm

Météo France calcule la moyenne annuelle des températures de France en fonction des moyennes de chacune de ces stations. Disons qu’en plaine, la France bénéficie d’une température moyenne annuelle comprise entre 9,5°C dans le nord-est et 15,5°C sur la côte méditerranéenne.

Au niveau de la pluviométrie, d'après Aquastat la France connaît un volume de précipitations annuelles de 478 km³.

François Mitterrand, le président des normales saisonnières

Comme son successeur socialiste, François Mitterrand vécut sa victoire à la présidentielle sous la pluie, le 10 mai 1981.

Durant le mois de mai, la France a connu des précipitations exceptionnelles, ce mois fut le plus humide jamais connu de 1959 à aujourd’hui. Très peu de soleil, et ce pendant tout le reste de l’été, qui fut le cinquième été consécutivement plus frais que la moyenne. En juin, les températures restent en dessous de 12°C à Paris, Rouen et Lille et 13°C à Reims et Clermont-Ferrand. Le directeur de la Météorologie nationale, Jean Galzi sera même l’invité d’Antenne 2 pour rassurer les français sur la fraicheur anormale.

En juillet, les jours pluvieux se succèdent en laissant éclater de violents orages dans la nuit du 9 et 10 juillet qui inondent notamment l’échangeur de Linas dans l’Essonne, et emportent un pont dans les Hautes Alpes.

Le reste de son septennat se passe sans encombre avec jamais plus de 0,5°C d’écart avec les normales saisonnières. Néanmoins, on peut remarquer que cinq années furent plus froides que la moyenne, de 0,5°C.

Le 7 mai 1988, la veille de sa réélection, un puissant vent du sud fait remonter le sable du Sahara au-dessus de la France: le ciel se teinte de jaune, et des pluies de boues recouvrent le pays.

Comme pour l’été de sa première élection, des orages particulièrement violents éclatent de la Gironde au nord des Alpes anéantissant vignobles et routes. Aucune vague de chaleur n’est observée durant l’été, le mois de juillet est, comme en 1981, très frais et pluvieux.

Deux élections, deux périodes de pluie intense pour Mitterrand.

Contrairement aux sept années écoulées, son second septennat sera légèrement plus chaud: cinq années affichèrent en moyenne 0,25°C de plus que les normes saisonnières.

Jacques Chirac, le président de la chaleur

Le 17 mai 1995, Jacques Chirac est élu président de la République. Alors que le début du mois était plutôt chaud, dès son élection, le temps se refroidit.

Mais ça ne dure pas: l’été est très ensoleillé et chaud. On note trois épisodes de fortes chaleurs: les 9 et 10 juillet la moitié de la France atteint les 33°C, les 20 et 21 juillet la moitié nord et le sud-ouest atteint les 36°C avec une alerte à la pollution à l’ozone et du 30 juillet au 5 août, la France connaît son dernier épisode de fortes chaleurs, Paris, Beauvais, Angers et Le Mans affichent 35°C.

Sa réélection, le 5 mai 2002, se déroulera dans les mêmes conditions. Les températures globales chutent d’un degré comparé à avril et juin. L’été de sa réélection est également chaud avec une vague de chaleur du 27 au 29 juillet où il fait plus de 30°C sur toute la France.

Globalement, son septennat et son quinquennat sont plutôt chauds. Seule l’année 1996 est plus froide de 0,25°C que la moyenne. Durant les onze autres années, il fait toujours au moins 0,5°C de plus que les normales saisonnières.

Deux phénomènes restent gravés dans les mémoires: la tempête du 25 et 26 décembre 1999 extrêmement violente qui frappe la France. A la Tour Eiffel, des rafales allant jusqu’à 216 km/h ont été observées.

L’été 2003 reste également un moment marquant: la canicule frappe les Français. Selon Météo France, les températures de cette période dépassent de très loin tout ce qui a été connu depuis 1873 par son intensité et sa longueur.

Nicolas Sarkozy, le président de la sécheresse

Le 6 mai 2007 Sarkozy devient président. De mai jusqu’à août de gros orages avec des vents violents s’abattent sur le pays.

On retient notamment le 25 mai, où une ligne orageuse traverse la moitié nord du pays et 7.000 impacts de foudre sont recensés. A Paris, la température chute de 9°C en 15 minutes. Le temps est très perturbé.

Alors que l’été est désastreux, le 5 août la France connaît un brutal et éphémère coup de chaleur sur presque toute la France. La température atteint 37°C à Agen, et Tarbes, et 33°C à Paris. La température du lendemain chute brutalement: 13°C à 16°C de moins avec seulement une vingtaine de degrés sur ces même régions.

Mais cet été n’est absolument pas représentatif du reste de son mandat. Ces cinq années sont chaudes, notamment 2011, année la plus chaude que la France ait connu avec une augmentation globale de 1,5°C des températures. Tous les mois sont plus chauds que la moyenne hormis… juillet. Le printemps figure parmi les plus secs et le cumul de pluie est déficitaire de 17% par rapport à la normale.

Depuis mai 2012

En mai, la température moyenne a été supérieure de 0,8°C à la normale. La pluviométrie a également été supérieure à la moyenne avec 103 mm sur 24h, qui dépasse largement le record précédent: le mois de mai 1953 et ses 83 mm.

En juin, les températures sont dans les normales saisonnières, mais le pays connaît un grand écart entre le nord et le sud.

Le 23 juin en est le parfait exemple: on enregistre 36°C au Luc-en-Provence alors que les températures maximums dans la moitié nord sont seulement de 14°C à Dieppe, Cherbourg, Charleville-Mézière et 17°C sous une pluie persistante à Paris.

La quantité d’eau recueillie en moyenne sur la France est supérieure à la normale mensuelle de plus de 20% avec de fortes disparités régionales. La pluviométrie est très déficitaire dans la région Provence-Alpes-Côtes d’Azur, à l’inverse de la région Ile-de-France dont juin 2012 est le plus pluvieux depuis 1959 avec une pluviométrie proche du double de la normale.

Durant la première quinzaine du mois de juillet 2012, le temps est qualifié d’automnal sur toute la France, hormis les régions méditerranéennes où on enregistre souvent des températures de 34°C. Petit à petit, la chaleur s’étend sur tout le pays.

Alors que peut-on en conclure?

  • Un jour d’élection pluvieux a de fortes probabilités d’entraîner l’élection d’un président socialiste: sur 6 élections, 3 furent pluvieuses et elles ont donné gagnant deux fois François Mitterrand puis François Hollande.
  • Les plus grosses catastrophes climatiques se produisent sous la droite: selon le climatologue Michel Schneiber, les deux évènements climatologiques les plus marquants de ces trente dernières années furent la canicule de 2003 et les tempêtes de 1999, toutes deux sous le mandat de Jacques Chirac.
  • Les mandats sous un président de droite sont globalement plus chauds que ceux sous la gauche. Depuis 1981, la France a vécu 14 ans sous la gauche et 17 ans sous la droite. Durant les deux mandats de François Mitterrand, 7 années sur 14 furent en dessous des normales saisonnières. Entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, seulement 2 années sur 17 furent sous les normales.

Ludivine Olives

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