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Saint-Quentin, sa basilique, sa rue piétonne, son usine de motos japonaises

Hugues Serraf, mis à jour le 06.08.2012 à 14 h 24

Les Japonais réindustrialisent la France en douce, à l’abri du radar d’Arnaud Montebourg. Après le Nord, ils redescendent vers l’Aisne. Mais où s’arrêteront-ils?

Le champion italien de Grand Prix moto Valentino Rossi se détend sur un Scooter TX Max Yamaha - REUTERS/Toru Hanai

Le champion italien de Grand Prix moto Valentino Rossi se détend sur un Scooter TX Max Yamaha - REUTERS/Toru Hanai

La France, que ses grandes boîtes désertent les unes après les autres, sera-t-elle réindustrialisée par les petits copains? Après tout, c’est ce qui est train de se passer en Grande-Bretagne, où Nissan, BMW, Jaguar-Land Rover (désormais un groupe indien) recrutent plus d’ouvriers que Peugeot ne réussit à en licencier à Aulnay-sous-Bois.

On hésite à taper une nouvelle fois sur Montebourg et son concept du «redressement productif», qui prétend que c’est en déshabillant Mohamed que l’on habillera Marcel, mais on se dit que le secret du plein-emploi se cache plus sûrement derrière les projets industriels cohérents des entreprises que dans l’obligation d’implanter un centre d’appels là où ça convient à un ministre…

Ainsi, après la décision de Toyota de fabriquer des autos destinées aux Américains dans son usine de Valenciennes (Nord), c’est au tour de Yamaha de booster son site de Saint-Quentin (Aisne) afin d’y assembler davantage de scooters et de motos de petites cylindrées pour l’ensemble du marché européen. Le constructeur nippon déshabille lui Alfonso dans la foulée, puisqu’il regroupe en fait l’essentiel de sa production européenne dans l’Hexagone en fermant son usine de Barcelone, mais il a bien quelques arguments en magasin pour justifier cette initiative.

«Nous produisons des deux-roues ici depuis la reprise de Motobécane en 86, d’ailleurs rebaptisée MBK trois ans plus tôt, explique Alexandre Kowalski, directeur marketing et commercial de Yamaha France. Nous en  produisions également en Espagne, mais nous avons été forcés d'arbitrer entre les deux sites lorsque le marché du scooter a commencé à battre de l’aile avec la crise».

La fin des belles années du scooter?

Un marché du scooter qui bat de l’aile? Ça semble difficile à croire lorsque l’on circule dans n’importe quelle grande ville française et que l’on s’amuse à recenser les machines garées sur les trottoirs ou zigzaguant entre les voitures, mais c’est pourtant bien le cas:

― Il y a effectivement eu de très belles années, avec plus de 200.000 immatriculations parce qu’il y avait un gros mouvement d’automobilistes urbains découvrant le scooter. Depuis deux ans, nous sommes en dessous des 170.000 et c’est un vrai retournement. Yamaha est toujours leader, avec quelque 20% des ventes (toutes marques du groupe confondues), mais c’est dur pour tout le monde.

― Alors pourquoi choisir la France, et singulièrement l’Aisne, où il fait froid et gris, plutôt que Barcelone où il fait beau et où l’on contemple les magnifiques immeubles de Gaudi en mangeant des tapas?

― Parce que des deux sites, c’était le plus important, le plus productif, le plus fiable, le mieux entouré par un réseau de sous-traitants fiables et le plus idéalement situé au plan logistique pour alimenter le marché européen. Les deux usines étaient d’ailleurs en surcapacité notoire, mais Saint-Quentin est capable de fabriquer jusqu’à 200 000 unités par an sans aménagements particuliers (contre 80.000 l’an dernier), ce qui n’était pas le cas de Barcelone (30.000 seulement).

Pas une usine-tournevis

Saint-Quentin, effectivement, c’est autre chose qu’une bête usine tournevis où l’on monte des kits de scooters directement débarqués du Japon. Installée sur un terrain de 34 hectares, dont la moitié à peine est déjà construite, elle emploie plus de 600 personnes sur trois lignes de montage ultra-polyvalentes et pouvant sortir indifféremment ou presque tous les modèles Yamaha et MBK. «Elle possède même sa propre fonderie, explique fièrement le communicant, et fabrique réellement les machines qui sortent de ses ateliers, à l’exception de certains moteurs importés d’Italie.»

― Ouah, super… Mais est-ce que ça fait de l’embauche concrète, tout ça? Parce qu’on se réjouit en faisant cocorico, mais ça a dû faire pas mal de dégâts en Espagne (où travaillaient 400 personnes)…

― Disons qu’à ce jour, nous avons dû recruter une centaine d’intérimaire et une trentaine de salariés permanents  mais il s’agit d’un secteur très mécanisé et même très robotisé. D’un autre côté, juste avant, l’ambiance était plutôt au chômage partiel. Ça change. Et surtout, l’usine n’est pas dépendante des aléas du marché français et produit pour le reste de l’Europe où le niveau de la demande n’est pas forcément le même.

― Mais est-ce que tout ça n’est pas juste reculer pour mieux sauter? Est-ce qu’après avoir fermé Barcelone, vous ne fermerez pas Saint-Quentin et enverrez tous vos scooters se faire assembler en Chine, comme tout le monde?

― Pas du tout. Nous avons d’ailleurs un modèle fait en Chine, mais c’est très ponctuel. Saint-Quentin, c’est notre usine européenne, elle a vocation à se développer et à poursuivre l’histoire commencée par Motobécane en 1923. Un retour à la croissance du marché du deux-roues motorisé en France nous arrangerait bien, pour autant…

― Ah, oui, Motobécane, j’oubliais… Tiens, vous n’allez pas ressortir des cyclos vintage, comme le font les constructeurs auto avec la Mini ou la Fiat 500? Ça pourrait vous sortir de l’ornière?

― Ça serait marrant mais c’est pas prévu. Les 50 cc, on n’en vend de moins en moins maintenant que les jeunes préfèrent leur ordinateurs à un moteur à explosion

Oh punaise! D’ici à ce que même la Chine n’ait plus de motos à fabriquer parce que plus personne ne veut plus rien acheter d’autre qu’un iPhone ou un PC... Allez, vive Saint-Quentin et ses motos nipponnes! Vive l’info positive en temps de crise!

Hugues Serraf

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