Un peu de sang-froid face à la crise
Les psychodrames ridicules qui se succèdent de semaine en semaine n'apporteront aucune réponse à la crise de l'euro et de l'Europe. Cessons de dramatiser et construisons enfin une Union qui prend conscience d'elle-même.
- REUTERS/Susana Vera -
Marre de la crise! Il y a à peine une semaine, nous étions fichus, au fond du trou: aucun moyen d’en réchapper! En quelques mots, ceux de Mario Draghi assurant la BCE qu’il ferait «tout» pour préserver la zone euro, l’horizon s’est éclairci: nous voilà sauvés! Dans un cas, nous avons eu un déferlement médiatique: enfin la chute! Ou, comme le dit Nouriel Roubini, «la tempête parfaite» (perfect storm). D’autres auraient dit la «lutte finale». Les mêmes ont moins prêté attention aux propos de Mario Draghi avant que les Bourses ne manifestent leur regain d’optimisme.
Le début d'un consensus politique
Pas question bien sûr de nier la gravité de la crise, d’être optimiste ou pessimiste. Mais il faut simplement éviter de perdre la tête au gré des marches et contre marches que nous imposent les marchés. Pour ce qui me concerne, je crois dur comme fer, depuis le début des hostilités, que la crise obligera l’Union européenne à se structurer, à exister davantage, à prendre enfin conscience d’elle-même. Bref, à bâtir ce qu’il eut fallu bâtir dans la foulée de l’adoption de l’euro. Nécessité faisant loi, le refus d’aller de l’avant signifierait le choix de l’abîme, c’est-à-dire la régression et la misère. J’ai toujours pensé qu’en la circonstance le souverainisme est le meilleur allié des marchés.
S’ouvre donc de nouveau une semaine dite «décisive». Une fois de plus? Disons plutôt un jalon supplémentaire. Mais avec une avancée significative: la prise de position de «Super Mario», attribuant à la BCE le rôle que la plupart des pays de l’euro zone voudraient lui voir remplir et que continue de lui refuser la Bundesbank. On s’approche donc d’une BCE garante du système européen en dernier ressort. Et, avec le fonds de solidarité agissant comme une banque, nous allons vers la mutualisation des dettes souveraines. Il faut donc être attentif cette semaine à la tournée de Mario Monti à Berlin et en Finlande, de même qu’à la rencontre de Mario Draghi et François Hollande. Car il s’agit maintenant de consolider un consensus politique que les dernières déclarations en date d’Angela Merkel, François Hollande et Mario Monti ont permis d’apercevoir.
Un ennemi invisible
Il y a dans cette crise quelques invariants qu’il faut garder à l’esprit. En premier lieu, le contexte reste celui d’une guerre des monnaies. Se joue la place respective, dans la hiérarchie de la première moitié du vingt et unième siècle, des Etats-Unis, de la Chine et de l’Europe. L’enjeu, en préservant l’euro, est de nous éviter d’être soumis à terme à un condominium dollar/yuan. En second lieu, tout sera fait, et continuera d’être fait, par un certain nombre de fonds spéculatifs pour rayer l’euro de la carte. Ce n’est pas céder aux théories du complot que de garder en tête cette grille de lecture. Les déclarations de leurs responsables sont très explicites.
François Hollande avait parlé d’un «ennemi invisible, le monde de la finance». Au-delà de la dangerosité d’une formule trop simple, la réalité qu’elle recouvre est bien celle d’une alliance entre Wall Street et la City. Depuis le départ, les financiers de ces deux places fortes considèrent que le concept même d’une monnaie unique non reliée à un état fédéral ne peut pas fonctionner; et partant, doit donc être condamné. Cet argument est pertinent, mais il ne doit pas conduire à empêcher les pays de la zone euro à s’unir progressivement comme ils tentent de le faire. Du coté de la City, on ne peut pas ne pas se souvenir que la permanence historique de la politique britannique a toujours été d’éviter toute unification sur le continent européen. Ce pourquoi la Grande Bretagne a toujours agi pour que l’Union européenne ne soit qu’une simple et vaste zone de libre échange.
«La tempête parfaite»
Le monde de la finance donc? A preuve, le pronostic de Nouriel Roubini sur ce qui nous attend désormais. Selon lui, la prochaine étape verra les investisseurs tester la détermination de la Banque Centrale. Donc ils devraient vendre d’énormes quantités de titres pour obliger la BCE à s’engager sur une échelle beaucoup plus vaste. C’est cet engagement qui sera combattu par ceux que Wolfgang Schaüble appelle «les faucons», ceux qui, en Allemagne et dans d’autres pays du Nord, voudraient limiter l’euro zone à l’Europe vertueuse, excluant les pays du sud.
Qui va gagner? Il y a, à ce stade, des éléments politiques favorables, d’autres hostiles. Mais pour tout le monde, une seule et même question: quand et par quel miracle le retour de la croissance?
Ce qui a favorablement changé dans le paysage politique est l’attitude américaine. Wall Street n’est pas le Washington d’Obama. Et l’intérêt absolu de ce dernier, à cent jours de l’élection présidentielle, est de voir l’Europe se redresser et redevenir un facteur de stabilité et de croissance. D’où la tournée cette semaine de Tim Geithner, Secrétaire au Trésor. D’où, n’en doutons pas, les pressions conséquentes exercées sur le gouvernement allemand pour qu’il résiste aux Saint-Just qui peuplent la Bundesbank. C’est un point capital. La dernière fois que les Etats-Unis avaient exercé une pression stratégique sur l’Allemagne, cela avait conduit au remplacement de Willy Brandt par Helmut Kohl sans processus électoral, mais par le miracle d’un changement de coalition. Nous n’en sommes plus là bien sûr. Disons simplement que Barack Obama, dans le jeu intérieur allemand, contribue à aider Angela Merkel. S’ajoute le nouveau contexte européen incarné par Mario Monti et François Hollande. L’un et l’autre jouent le jeu d’une Europe plus consensuelle, qui ne soit plus soumise aux directives de «Merkozy».
Lassitude des opinions
Ce qui va moins bien, c’est le lent glissement d’une partie de l’opinion allemande lassée de l’interminable crise grecque et refusant de lier son sort à l’Espagne et à l’Italie. Le fait que le vice chancelier, promptement corrigé par Wolfgang Schaüble, ait cru bon de critiquer Mario Draghi montre que les tensions politiques s’avivent en Allemagne. En France, François Hollande parle «d’intégration solidaire». Mais une partie du PS n’est pas sorti de son «nonisme» et la droite peut être tentée de rendre à la gauche la monnaie de sa pièce en rejetant «le paquet européen» - pacte de stabilité et pacte de croissance – que François Hollande souhaite soumettre au Parlement à la rentrée. Ainsi les deux piliers de la construction européenne, s’ils sont entrés dans un jeu plus équilibré et plus constructif, n’en sont pas moins affaiblis par des opinions impatientes ou lasses.
Reste maintenant la question centrale: comment retrouver le chemin de la croissance? La récession guette tout le monde, tandis que les politiques d’austérité, notamment en Espagne, ont atteint leur point limite. Comme l’a, à plusieurs reprises, rappelé Paul Krugman, les nouvelles mesures d’austérité prises en Espagne ne seront non seulement d’aucun secours mais peuvent provoquer des troubles politiques que nous serions bien en peine, ensuite, de contrôler. Si bien que la prochaine étape des discussions européennes portera sans doute immanquablement sur l’étalement nécessaire des politiques de retour à l’équilibre.
On savait dès le départ que les délais imposés à la Grèce n’étaient pas tenables, faute pour celle-ci de disposer d’un Etat digne de ce nom. On sait maintenant que les délais imposés à l’Espagne sont absurdes. Il sera donc impératif de moduler les délais en fonction des situations relatives de chaque pays, de façon à laisser la place à des mesures qui permettent à l’économie de revivre. Mais, avant cela, les gouvernements devront faire la preuve qu’ils sont au moins animés de la même détermination que Mario Draghi à «tout faire» pour préserver l’euro. A lui seul le président de la BCE à montré le chemin. Encore faut-il qu’à sa suite les gouvernements acceptent d’agir. Après tout, ils ont été élus pour cela.
Jean-Marie Colombani
Mis à jour le 31/07/2012 à 6h56





















































Que ne nous a-t-on pas promis "dur comme fer" depuis la signature du traité de Maastricht ?
Je n'aurai pas la cruauté de le rappeler.
Aujourd'hui il faut se rendre à cette évidence : les banques américaines et la City de Londres sont vent debout contre l'euro et misent sur sa chute à partir d'un de ses maillons faibles.
Mario Draghi ayant promis de "tout faire pour préserver l'euro", verra-t-on enfin la BCE fonctionner comme une banque centrale "normale" ? Nous devrions le savoir bientôt, car les marchés ne se contenteront pas longtemps de paroles, si belles soient-elles.
Wall street et la city de Londres veulent tuer l'euro ??
Si l’opération réussit, c'est la misère pour l'Europe ce qui ne sera pas sans conséquences sur les Etats-Unis et le Royaume uni, partenaires essentiels de l'Europe. C'est un modèle de suicide altruiste, le suicidant tuant d'abord son entourage avant de mettre fin à ses jours!!
Bravo aux talentueux financiers !!!
Remercions nos amis traders à NY et à Londres de nous montrer la voie vers les États Unis d'Europe. Grâce à eux que nous allons enfin devenir une vraie fédération. Remercions les d'autant plus, que comme nos politiciens Européens comprennent vite malgré qu'il faille leur expliquer longtemps, nos gentils banquiers et spéculateurs monétaristes font preuve d'une grande patience et d'une belle ténacité. Ils agissent comme les Colleys, ces fidèles chiens de berger écossais qui encerclent les troupeaux de moutons, qui en bêlant, finissent toujours par rentrer dans leur enclos. Nos politiciens, on devrait leur mettre une cloche autour du cou.....
Les marchés financiers font de l'argent, pas de la politique. Leur comportement signifie que les gérants anglo-saxons de capitaux ne croient plus à l'Euro. Ce sera intéressant de voir jusqu'où les élites françaises sont prêtes à sacrifier leur peuple pour que la monnaie inique dure un peu plus longtemps.
ils ne croient plus à l'euro!!
mais c'est le dollar qui est le plus en train de couler...
feraient mieux de regarder ce qui bout dans leur marmites les anglo-saxons!
c'est de l'intox par hypnotisme
je crois plus en toi donc tu n'existes plus
mais qui t'es toi?
Les états Européens sont- ils prêts à sacrifier leur souveraineté, complètement dépassée par la globalisation de l' économie, de l' écologie, de la finance, voir même par les évènements sociaux mondiaux?
L' histoire mondiale prouve que ne pas arriver à former une union est toujours source de perte. Les Celtes vis à vis de César, Les Grecs vis à vis des Romains, les Aztèques, Incas, Mayas, Chibchas et autre pré- Colombiens vis à vis des Espagnols, les Râjhas Indiens vis à vis des Britanniques, les tribus Africaines vis à vis des colonisateurs blancs, les tribus Indiennes vis à vis des colons Nord- Américains, pour ne citer que quelques exemples relativement récents, le conquérant triomphe que grâce à la division.
Certes, il ne s'agit pas ici de conquête territoriale mais de conquête de marchés, de domination économique, voir politique.
Le respect que j' ai pour MM. Attali et Colombani est grand. Puissent leurs modes de penser, c' est à dire le bon sens Européen, s' imposer face à cet électoralisme, fléau de toute politique partisane.
L' Euro est sous attaque par les intérêts £ et $, Schengen est sous attaque par le court terme nationaliste, l' U. E. est sous attaque de partout. Son succès a fait des jaloux. Son modèle gêne, des concurrents aux nationalistes.
Union Européenne? Elle se doit d' inventer un nouveau Fédéralisme. L' Union ou la jenesaistropquoi?
Il existe, bien sûr, un risque certain à vouloir toujours cuisiner les grandes citations historiques à toutes les sauces, mais il me semble tout à fait adapté de faire remarquer ici, comme autrefois le général de Gaulle, qu'il ne suffit vraiment pas de "sauter sur sa chaise, en faisant des sauts de cabri, et en criant : l'Europe, l'Europe".
Mr Colombani semble donner quelques signes encourageants de prise de conscience , mais ce qui fait que les maigres efforts médiatiques pour promouvoir l'intégration européenne tombent complètement à plat et suscitent cent fois moins d'intérêt du public que la dernière séparation d'un couple de stars, c'est que le but, le programme de cet union ne semble pas clair et surtout ne semble pas vraiment décidé à combattre la spéculation financière.
On nous annonce la rediffusion sur une chaîne française de l'émission où l'on nous montre des batteries de puissants ordinateurs qui spéculent entre eux à la bourse et crèent, sans aucune intervention humaine, des sommes astronomiques de bénéfices, en argent "bien réel", et qui aboutissent entre les mains de quelques spéculateurs qui sont eux,"tout à fait humains".
Il y a même un commentateur ci-dessus qui trouve cela "formidable"...
A quand une petite action violente... de destruction de ces machines ?
Un danger de la période actuelle, c'est que le jour où un leader politique charismatique suffisament convaincant se présentera pour appeler à la révolte contre la "Finance", il aura l'entièreté des peuples d'Europe derrière lui et, au moins pendant un certain temps, les pleins pouvoirs entre ses mains : s'il en abuse...
toute cette agitation autour des monnaies et des dettes etc
n'est que tumulte
le réel problème est ailleurs
dans l'enfermement des rats dans un système sans issues
c'est de système qu'il faut changer puisque celui ci court lui-même à sa perte
et nous de le créditer de notre intérêt aussi
donc il est réellement salutaire de prendre du recul
Hélas Mario Draghi a dit qu'il ne ferait rien, poussé par qui ? La Banque centrale allemande ce qui reviendrait à se tirer une balle dans le pied ? Mario Draghi étant lui même et à titre personnel dans une mélasse juridique. On attend avec impatience une nouvelle semaine ou réunion de la dernière chance...défense de rire. J'ai lu dans les réactions un merci à la city et à wall street qui pousseraient les états à plus de fédéralisme, je crois que malheureusement ce genre d'entreprises sont engagées dans un court-termisme quitte à vendre leur propre mort. Pour finir retrouver la croissance d'accord mais laquelle et pour quoi faire. Si c'est pour des sociétés de services qui pour la plus part d'entre elles n'ont aucun intérêt autant tout de suite signer notre arrêt de mort si c'est pour faire de la recherche ce qui demande du temps donc contraire aux intérêts du monde financiers le jeu en voudra la chandelle encore qu'il faille arrêter de dire que de toutes les façons on est des nuls et d'arrêter d'abord les politiques d'austérité comme il est dit dans ce papier.
En effet, il faut cesser de penser à une après crise, sorte de calme après la tempête - c'est un mythe de plus ! la Crise est permanente, et il faut vivre avec, ses pics et ses creux. L'Europe est Allemande, c'est une donnée à la fois démographique (les européens qui parlent l'allemand sont les plus nombreux - sans oublier les Suisses !) et une donnée économique (ils sont les meilleurs producteurs). Huntington a fait un bouquin "We" pour s'interroger sur les Américains ; Nous américains qui sommes-nous ?, nous devrions faire la même exercice.