Si l'herbe était légale, les joints ne coûteraient presque rien
De plus en plus d'Américains se prononcent en faveur de la légalisation de la marijuana selon de récents sondages. Si elle était légalisée, son coût de production serait tellement faible qu'elle pourrait devenir encore moins chère que la bière.
- Lemon Kusk/Mark Via FlickrCC Licence By -
Cette donnée semble totalement échapper aux politiciens d’envergure, mais les sondages indiquent qu’un nombre croissant d’Américains sont favorable à la légalisation de la marijuana. L’institut Gallup a jeté un pavé dans la mare à l’automne dernier en publiant le PREMIER sondage indiquant que plus de 50% des Américains étaient favorables à la légalisation. Au mois de mai, une étude plus précise de Rasmussen, indiquait que 56% des personnes interrogées étaient favorables à « la légalisation de la marijuana et à son encadrement dans la lignée de l’encadrement actuel de l’alcool et de la cigarette. »
A ce stade, ces deux sondages font un peu exception, la plupart des études montraient plus de scepticisme sur le sujet. Mais comme les personnes âgées sont plus défavorables à la marijuana que les jeunes, le nombre de personnes favorables à la légalisation ne peut qu’augmenter ces prochaines années et se retrouvera donc, tôt ou tard, sur le devant de la scène politique.
On ne s’est que très peu demandé à quoi une industrie de la marijuana pourrait ressembler. Selon des recherches très convaincantes effectuées par Jonathan Caulkins, Angela Hawken, Beau Kilmer et Mark Kleiman et présentées dans leur livre Marijuana Legalization: What Everyone Needs To Know, un des points clés, et très rarement considéré, est qu’un joint légal serait très bon marché. De fait, l’herbe de qualité moyenne serait même si peu chère que l’industrie pourrait aussi bien la donner, comme les petits tubes de ketchups ou les cacahuètes de comptoir.
La pensée conventionnelle sur ce sujet est généralement dominée par les expériences des gens ayant acheté de la drogue légalement ou quasi-légalement dans des endroits comme des coffee-shops hollandais ou dans certains dispensaires de Californie. Mais pas plus la Californie que les Pays-Bas n’autorisent la culture de la marijuana. Si l’herbe était entièrement légale, la distribution et la vente en seraient totalement bouleversées.
Un coût de production très faible
Il existe de nombreux biens dont la conservation est coûteuse – soit parce qu’il sont vivants, comme les homards, soit parce qu’ils sont énormes, comme les camping-cars, par exemple – ce qui fait que leur prix est généralement élevé, ou que les achats ne peuvent être effectués qu’en certains lieux. Mais la marijuana est un bien non-périssable, comme le blé ou les lentilles. Pour de tels produits de consommation, le prix d’achat est dû - pour l’essentiel - au coût de production.
Essayez d’imaginer un monde dans lequel il est permis d’avoir des tomates chez vous, de les cuisiner, de ne pas être puni si des policiers vous arrêtent en possession de tomates et dans lequel vous pouvez même les acheter dans certains endroits spécialisés dans la vente de tomates – mais dans lequel il serait illégal de faire pousser des tomates. Leur prix risque de grimper en flèche.
Le problème n’est pas que les tomates vont disparaître des étals des supermarchés (ce qui va pourtant être le cas) mais que toutes les fermes qui en cultivent vont devoir fermer. Ce qui ne veut pas dire du tout que les gens vont arrêter de faire pousser des tomates. Car les gens aiment les tomates. Alors les tomates vont entrer en fraude aux Etats-Unis, depuis le Mexique. Les tomates seront cultivées en douce, dans les arrière-cours. Des gens vont utiliser des lumières et des systèmes d’arrosage pour les cultiver sous serre, à domicile.
Ces expédients vont permettre de cultiver des tomates, mais les tomates seront alors bien plus chères à produire que dans une ferme, avec tous les moyens économiques et logistiques dont dispose l’agriculture moderne.
Les fermes américaines font partie des plus productives du monde grâce, pour l’essentiel, à des apports technologiques et à des exploitations d’une taille suffisamment grande pour se permettre de l’utiliser. Ce que les Américains considèrent comme une petite exploitation agricole est une grande exploitation comparée à une unité de production de marijuana. Il n’existe pas de grande exploitation consacrée à la production de cannabis, mais si le cannabis était légal, il en fleurirait. Voilà qui fait toute la différence.
Moins de 10 dollars le kilo
Quel serait donc le coût de production du cannabis avec des méthodes avancées ? Un point de comparaison nous est offert avec l’industrie du chanvre, au Canada, avec un coût de production moyen de 500 dollars par acre (200 dollars par hectare). Si l’herbe qui circule majoritairement aux Etats-Unis (environ 80% du marché) était produite de la sorte, le coût de production serait, environ de 40 cents pour 1 kilo de marijuana: assez pour fabriquer plus de 1500 joints pour moins de 50 centimes! Ces chiffres sont très optimistes, car, dans les faits, la marijuana récréative est généralement issue de plants clonés et pas de simples graines.
Malgré cela, les auteurs notent que «les coûts de production pour des espèces nécessitant des transplantations, comme les tomates cerises ou les asperges, ont des coûts de production allant de 5000 à 20000 dollars par acres (2000 à 8000 dollars par hectare). » Ce qui signifie qu’une excellente sinsemilia coûterait environ 40 dollars le kilo, et moins de 10 dollars pour de la marijuana de qualité moyenne.
Une autre manière de considérer la question, comme le suggère le directeur du NORML de Californie, Dale Gieringer, est que l’herbe légale devrait coûter sensiblement le même prix que «les autres herbes vendues légalement, comme le thé ou le tabac», soit un prix près de «100 fois inférieur au prix actuel de 10 dollars le gramme – à peine plus de quelques cents pour un joint. »
Ce qui ferait de l’herbe le produit stupéfiant le moins cher du marché, bien loin devant la bière ou les alcool forts. Les joints coûteraient à peine plus cher que les sucrettes pour le café.
Transformer l'économie du marché de la marijuana
Que ces données militent en faveur ou contre la légalisation est matière à débat, selon votre point de vue. La marijuana circule très librement malgré sa prohibition est il est donc plus que probable qu’une baisse radicale de son coût entraînerait un surcroît de sa consommation. Mais on pourrait aussi surtaxer la marijuana pour faire en sorte qu’elle coûte peu ou prou le même prix qu’aujourd’hui. Mais une taxation trop importante entraînerait nécessairement des fraudes.
Actuellement, ceux qui font passer illégalement de la marijuana depuis la frontière mexicaine gagnent en moyenne une quinzaine de dollars par gramme, et une taxe plus élevée risque donc d’être difficile à appliquer. Mais une telle taxe serait trois fois supérieure à la taxation des cigarettes, tout an faisant du marché de l’herbe un marché très abordable.
Malheureusement la taxation de la marijuana ne changerait pas radicalement la politique fiscale. Les cigarettes rapportent environ 10 milliards de dollars par an. Même les plus gros consommateurs d’herbe ne consomment pas autant que les gros fumeurs et même avec une taxation trois fois supérieure, les revenus pour l’État ne seraient pas très grands – pas négligeables, mais pas suffisants pour avoir un impact sur le budget américain.
Pourtant, une transformation des structures économiques de la production de marijuana – avec des effets sensibles pour les bars, les casinos et tous les lieux et toutes les industries concurrents ou complémentaires de la consommation d’herbe - seraient énormes. L’inefficacité superficielle de la prohibition dissimule un impact immense sur une partie de la production qui, à tort ou à raison, est ce qui empêche aujourd’hui l’Amérique de planer pour pas un rond.
Matthew Yglesias
Traduit par Antoine Bourguilleau
Mis à jour le 03/08/2012 à 11h14
















































Le jour ou le cannabis et ses dérivés seront légalement autorisés à la vente, l'Etat s'empressera d'en grever le prix de taxes et d'accises qui représenteront très vite plus de 75% du prix de vente au détail, à l'instar de ce qui se pratique déjà avec le tabac.
D'après les hollandais, qui sont experts en la matière, ce qui est toxique et addictif dans les joints, c'est le tabac qu'on y mélange...
L’argument le plus séduisant en faveur de la dépénalisation des drogues est que leur distribution pourrait être assurée par des centres médicalisés. Le fumeur pourrait bénéficier d’un suivie médical et psychologique qui pourrait lui permettre de rompre avec ces accoutumances néfastes.
L’article montre que la production du cannabis pourrait être aussi facile et bon marché que la production des tomates. Les centres devraient donc fournir le cannabis très peu cher pour être compétitifs.
Quel intérêt donc pour la société ? Un intérêt immense. Plus de petits dealers dans nos parcs et devant nos écoles. Plus de massacres à Marseilles! Puis le vrai intérêt de tels centres concernerait les drogues dures où le suivie médicale aurait toute son importance.
Comme pour la prohibition de l’alcool des années 20 aux USA, le marché illégale avec tous ses abus collatéraux, disparaîtrait du jour au lendemain.
Ceci me paraît tellement évident que le refus de nos politiciens de poursuivre cette voie permet de croire à une certaine collusion financière à haut niveau, caché derrière un voile d’hypocrisie caporaliste.
Difficile de taxer le cannabis si sa production est légale, c'est-à-dire si n'importe qui peut le cultiver en extérieur, dans un bout de jardin où même sur son balcon. L'investissement pour la culture "outdoor" se limite à presque rien (autant que pour entretenir des géraniums) et elle peut être très productive. Dans un monde ou ne craint pas de se faire balancer par le voisin, il suffit de quelques mètres carrés correctement ensoleillés pour assurer sa consommation personnelle et celle de ses amis. L'herbe "locale" serait donc certainement gratuite.
Reste l'herbe "commerciale" qui pourrait être produite. Actuellement l'herbe de bonne qualité est vendue sous forme préparée: les fleurs (ou "têtes") sont séparées des feuilles, moins bonnes à fumer. Cela exige un travail humain, qui actuellement doit être principalement effectué par de la main d'oeuvre clandestine, voire infantile. Si cette opération devait revenir à des travailleurs déclarés à l'Urssaf, cela renchérirait le coût du produit. A moins que l'industrie ne se tourne vers le haschish, dont la production peut être automatisée.
"Le fumeur pourrait bénéficier d’un suivie médical et psychologique qui pourrait lui permettre de rompre avec ces accoutumances néfastes."
Non merci ! je n'ai pas besoin de suivi médical ou psychologique. J'ai 55 ans et ai fumé pas mal de "pétards. Je suis en pleine forme physique et mentalement ça va très bien, merci. Fumer de pètes, c'est infiniment moins nocif que de se gaver de Big Macs, boire des sodas sucrés par litres, fumer un paquet de clope par jour ou s'attaquer les méninges au pastis. Négoces qui rapportent de vaste sommes à l'état et dont personne ne penserait un instant à soumettre les consommateurs à un quelconque contrôle médical. Qu'on nous fiche la paix. On ne fait de mal à personne, c'est rien que des plantes, et c'est même un médicament puissant dans le traitement du glaucome ou la sclérose en plaque. La loi et la médecine ont d'autres chats à fouetter.
Bon, il semblerait que le joint provoque des pertes de mémoire à court terme...
Pour conclure, ce qu'on nous reproche, c'est de nous rendre nigaud et de rigoler bêtement en mangeant des sucreries.
Bon, il semblerait quand même que le joint provoque des pertes de mémoire à court terme...
;-)
"Le fumeur pourrait bénéficier d’un suivie médical et psychologique qui pourrait lui permettre de rompre avec ces accoutumances néfastes."
Non merci ! je n'ai pas besoin de suivi médical ou psychologique. J'ai 55 ans et ai fumé pas mal de "pétards. Je suis en pleine forme physique et mentalement ça va très bien, merci. Fumer de pètes, c'est infiniment moins nocif que de se gaver de Big Macs, boire des sodas sucrés par litres, fumer un paquet de clope par jour ou s'attaquer les méninges au pastis. Négoces qui rapportent de vaste sommes à l'état et dont personne ne penserait un instant à soumettre les consommateurs à un quelconque contrôle médical. Qu'on nous fiche la paix. On ne fait de mal à personne, c'est rien que des plantes, et c'est même un médicament puissant dans le traitement du glaucome ou la sclérose en plaque. La loi et la médecine ont d'autres chats à fouetter.
Bon, il semblerait que le joint provoque des pertes de mémoire à court terme...
Pour conclure, ce qu'on nous reproche, c'est de nous rendre nigaud et de rigoler bêtement en mangeant des sucreries.
Bon, il semblerait quand même que le joint provoque des pertes de mémoire à court terme...
;-)
Cher Stephane-Chalangeas : faites ce que vous voulez évidemment. Mais est-ce que c'est en fumant quelque chose que vous avez posté deux fois votre commentaire sur slate.fr?!
Le monde politique prétend que le citoyen est libre et responsable.
Si c' est le cas il est libre de se défoncer à l' alcool, au tabac, à l' éther, aux médicaments prescrits ou non, à la marihuana, à la coca, le bétel, le kat, le sucre le café, la morphine, l' héroïne, le crac, les sels de bains et pourquoi pas, le cirage de souliers (si, si, il y en a), la colle, l' essence, la créativité humaine est et restera sans limites pour fuir ce qu' elle est incapable d' affronter. Laissons lui la liberté de fuir et, le cas échéant de se nuire voir de se détruire. Liberté = responsabilité. Mais pas au frais de la sécurité sociale svp.
Ensuite légaliser toute cette saloperie éliminera le circuit criminel, du moins dans cette branche là, reste le jeu et la prostitution que par la même occasion et pour les mêmes raisons pourraient être légalisés de même.
La dernière raison est que, avec la même modération clamée par les autorités pour l' usage d' autres psychopompes, celles- ci pourraient taxés tous ces produits et services. Avec modération afin d' éviter la contrebande et les contrefaçons.
Beaucoup d' éducation, de travail, d' opportunités en limiterons l' usage. Si les parents sont capables de prodiguer l' amour auxquels leurs enfants ont droits, les dégâts seront vraiment limités.
Complètement d'accord... ça me fait tordre de rigolade quand je vois des gens obèses, ou ravagés par le tabagisme ou l'alcool me juger parce que de temps en temps je me fume un petit pète avec les potes en écoutant un bon vinyle de chez Blue Note... qu'on nous fiche la paix !
Mieux encore, si les drogues de bonne qualité étaient en vente libre et taxées raisonnablement, plus personne n'utiliserait de colle ou d'essence, qui sont certainement bien plus dangereux pour la santé.
Quand au coût des drogues pour la sécurité sociale, il faut tout mettre sur la table :
-celui qui meurt à 80 ans d'un cancer du non-fumeur a-t-il coûté moins cher sur la durée de sa vie à l'assurance maladie que celui qui meurt à 70 ans d'un cancer du fumeur ?
-ceux qui meurent plus jeunes (10 ans d'espérance de vie en moins pour les fumeurs d'après les lobbies anti-tabac) font faire de considérables économies à l'assurance vieillesse, il faut donc aussi en tenir compte.
Et même l'habitude de consommer le chanvre indien fumé en mélange avec du tabac ne date que de la prohibition. Auparavant les amateurs consommaient plutôt la résine sous forme de pâtisserie, mais il fallait en acheter plus pour obtenir la même ivresse. Cela n'est devenu un problème qu'à cause de la prohibition.
C'était beaucoup moins dangereux pour la santé et on peut supposer que cela reviendra quand la prohibition sera abolie.
De même quand la prohibition de la cocaïne sera abolie il n'y aura plus de marché pour le crack qui fait bien plus de dégâts. En effet les classes aisées (qui ont les moyens de se payer de la cocaïne) ne consomment pas de crack.
Opiacés : la prohibition de la morphine et celle de l'héroïne ont été respectées au Pakistan tant que l'opium est resté en vente libre. C'est seulement avec la prohibition de l'opium que l'héroïne a conquis le marché.
Pour se donner une idee, ici au Mexique, 1kilo d'herbe de moyenne qualite, ca peut se trouver a environ 1250$MN (plus ou moins 84euros) en allant directement parler avec les producteurs, en l'occurence ici dans l'etat de Oaxaca.
Sinon avec un revendeur, le prix moyen est compris entre 7 et 15$MN le gramme pour une herbe de tres bonne qualite. Pour l'herbe produite en hydroponie, le prix est un peu plus eleve, entre 90 et 100$MN le gramme.
Des magasins spécialisés( s'approvisionnant par une filière d'état pour vérifier les producteurs), et sans pub( un peu comme les magasins X) qui feraient fortement monter le prix car ils ont des frais de structure( avant que le business soit repris par les bureaux de tabac à terme ce qui ferait monter la consommation), puis une forte taxation et une interdiction de consommer dans la rue et à peu près partout sauf chez soi, voilà à quoi cela ressemblerait une filière légale.
Il y aurait sans doute aussi une répercussion sur la filière tabac, et à terme il sera certainement interdit de fumer quoi que ce soit s'il y a un enfant dans un rayon de 10 mètres.