France

«Le mystère du vol AF447»

Grégoire Fleurot, mis à jour le 02.06.2009 à 20 h 06

La couverture médiatique tristement familière des catastrophes aériennes.

La presse française et internationale est unanime dans le «mystère» et «l'émotion», comme le note le site Arrêt sur images qui a compilé quelques grandes unes des journaux. Pour illustrer la disparition du vol Rio-Paris, beaucoup de journaux ont opté pour la photographie d'une des proches des victimes arrivant à Roissy. «On remarque que seul Paris-Normandie a pris soin de masquer les yeux de la jeune femme en pleurs dont le visage fait le tour de l'Europe, plus ou moins recadrée», pointe le site Internet.

Mystère

«La disparition du Air France 447 est enveloppée de mystère, ce qui la distingue des autres catastrophes aériennes, analyse la BBC. Jusqu'à ce qu'on le trouve, personne ne peut parler avec autorité de ce qui est vraiment arrivé au vol 447.» «La foudre a-t-elle précipité la perte du vol Rio-Paris, alors que de nombreux appareils sont foudroyés chaque année sans dommage?», s'interoge Laurent Joffrin dans son éditorial pour Libération. «Les rares éléments aujourd'hui disponibles ne permettent en rien de conclure.»

Hypothèses

Face à ce mystère, plusieurs journaux se sont prêtés au jeu des hypothèses. Le JDD disserte sur les différentes possibilités, de la foudre aux avaries météos, avant d'évoquer sur une ligne «l'hypothèse d'un attentat.» Le Point écrit que le scénario «le plus vraisemblable est qu'il a été foudroyé», tout en notant que «l'avion a pu être broyé par les courants ascendants et descendants» d'un cumulonimbus. «L'arrêt simultané des deux réacteurs est improbable», tandis qu'un «amerrissage comparable à celui de l'avion d'US Airways sur l'Hudson semble impossible.»

Attentat

Si beaucoup éclipsent l'hypothèse d'un acte terroriste, d'autres n'hésitent pas à en faire une piste de réflexion comme une autre. «Ne laissons pas complètement de côté cette éventualité, à tout le moins tant que des éléments techniques ne l'auront pas exclue, peut-on lire dans le Télégramme. N'oublions pas que des groupes moyens-orientaux sont très implantés en Amérique du Sud, et qu'ils y font d'ailleurs l'objet d'une surveillance attentive des services spécialisés. L'histoire ne manque pas, hélas, d'attentats non revendiqués, non annoncés, et ne faisant l'objet d'aucune explication.» Selon un pilote d'Air France interviewé par le Figaro, «on peut très bien imaginer qu'une bombe a provoqué une dépressurisation de l'appareil, et que l'avion prenne du temps à se démonter en morceaux. De même, ça peut carrément être une grosse bombe qui a fait exploser tout l'avion, ce qui expliquerait que l'appareil n'a pas eu le temps d'envoyer un signal d'alerte.» «L'explosion n'est pas à exclure», confirme La Stampa en Italie.

Explications

Pour ce qui est des explications techniques, mention spéciale au journaliste du Point Thierry Vigoureux, très prolifique depuis l'annonce de la catastrophe. Outre son exposé des différentes hypothèses, il renseigne également les lecteurs sur «comment peut-on établir le contact entre le sol et les avions» ou encore «comment localiser un avion» avec des informations précises et factuelles qui laissent transparaître son expertise sur ces sujets.

Emotion

Les discours sur la douleur des familles et l'émotion du grand public, recyclés à chaque catastrophe, sont également omniprésents dans toute la presse. «Les accidents mortels [...] bouleversent à jamais le cours des vies des familles frappées, écrit Dominique Quinio dans son éditorial de La Croix. Nous ne devrons pas aussitôt oublier notre humble et discret devoir de compassion.» Dans les Dernières Nouvelles d'Alsace, Olivier Picard fait le parallèle avec une tragédie qui a frappé la région, et qui a rendu ses habitants familiers du traumatisme engendré par une telle catastrophe. «C'était il y a dix-sept ans, au Mont Saint-Odile quand l'Airbus A-320 Lyon-Paris s'écrasa dans la forêt, un soir de janvier. Toute la région partagea la souffrance des dizaines de familles endeuillées et ces sentiments que ravive désormais l'annonce de chaque catastrophe aérienne : l'incroyable brutalité de la nouvelle, l'hébétude, l'incompréhension...»

La machine médiatique

Malgré les spécificités dues aux circonstances particulières de la disparition du vol Rio/Paris, l'impression de répétition des mêmes images et des mêmes commentaires à chaque catastrophe aérienne est bien présente. «Que se passe-t-il toujours à la télé, lorsqu'il y a un crash?», s'est demandé le blog d'analyse des médias Semio. «Des «envoyés spéciaux» à l'aéroport: ils ne savent rien de plus que la rédaction, mais ils attestent d'une forme de réalité et du fait que "s'il se passait quelque chose", le téléspectateur en serait informé très vite. [...]Des spécialistes en plateau : ils se succèdent et passent même d'une chaîne de télévision à l'autre, expliquant ce qui a pu se passer, essayant d'éclairer le téléspectateur à partir de leur expertise.» Et de conclure: «Un crash d'avion le lundi de pentecôte est équivalent au suicide de Pierre Bérégovoy un 1er mai : une véritable aubaine médiatique.»

«L'info a horreur du vide», titre La République du Centre dans son éditorial. «Dans un déferlement ininterrompu, l'abondance des commentaires a semblé vouloir combler l'absence de certitudes. Ainsi en va-t-il de la tyrannie de l'information qui a horreur du vide.»

Grégoire Fleurot

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Grégoire Fleurot
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Journaliste
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