Economie

Vive l’euro faible!

Eric Le Boucher, mis à jour le 01.08.2012 à 16 h 02

Une monnaie moins forte, favorisant les exportations, c'est à peu près le seul moyen qu'il reste à l'Europe pour soutenir sa croissance.

Roupies Enny Nuraheni / Reuters

Roupies Enny Nuraheni / Reuters

La monnaie européenne a reculé de 15% par rapport au dollar depuis un an. C’est le bon côté, le seul, de la crise. Un euro vaut 1,21 dollar. Encore un recul de 15% et les deux grandes devises mondiales seront à parité. L’euro restera encore bien au dessus de son plus bas: 0,84 dollar,  mais cet affaiblissement  représente l’un des seuls moteurs encore possible pour ranimer la zone euro, qui plonge dans la récession. Le FMI prévoit maintenant une chute de 0,3% du PIB cette année avant  une reprise sans force de 0,7% en 2013. Pour la France les économistes ne prévoient plus en moyenne qu’un minuscule +0,2% cette année et 0,7% l’an prochain. 

Un peu plus d'exportations et de croissance

Le recul de la monnaie unique permettrait un regain de compétitivité à l’exportation hors-zone et, en sens inverse, un renchérissement des importations irremplaçables comme l’énergie. Mais au total, l’effet serait bénéfique, en particulier pour les pays malades comme l’Espagne.  Rééquilibrer la balance des paiements ibériques éliminerait l’un des déficits et montrerait que le pays, gloalement, ne vivrait plus au dessus de ses moyens. Ne resteraient plus que les déficits «internes», celui des ménages, de l’Etat et des régions, et bien entendu les mauvaises créances bancaires.

Les autres espoirs de croissance sont maigres. Le volet «croissance» du dernier Sommet européen, voulu par le président français, reste vague et n’apporte rien dans le court terme. Les plans d’austérité portent, eux, un  effet immédiat. L’Espagne vient de décider de renforcer encore ses coupes dans les dépenses de 65 milliards d’euros, alors que la récession atteindra 1,5% cette année et se prolongera encore en 2013.

Si les Etats ne peuvent plus faire grand chose pour redynamiser l’économie, les regards se sont tournés vers la Banque centrale européenne. La BCE a abaissé ses taux, il lui reste encore une marge de manœuvre.  Il lui reste aussi à agir pour tenter de refroidir les taux d’intérêt des pays en crise. Elle vient de commencer à le faire par la voix de son président Mario Draghi qui s'est déclaré prêt à «faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l'euro» et plus important encore: «la mission de la Banque centrale européenne est aussi d'intervenir en cas d'envolée des taux d'emprunt de certains pays de la zone euro, si cela freine la transmission de sa politique monétaire.»

La doctrine Draghi

Mais pour soutenir un peu plus l'activité et l'emploi, il faudrait que l'euro continue à baisser face au dollar. Une souhaitable et bénéfique nouvelle baisse de l’euro se heurte à deux obstacles. Le premier est interne: la culture de la BCE, installée à Francfort, est inspirée par l’orthodoxie germanique. L’Allemagne a toujours voulu un Deutschmark fort puis un euro fort. L'Italien Mario Draghi a manifestement plus de souplesse. Il ne cesse de dire ces dernières semaines qu’il n’a «aucun tabou» et que s’il devait lutter contre l’inflation, il devait aussi veiller à la déflation. Les prix en Europe ne doivent pas dépasser 2%, selon la règle fixée à Francfort, mais il ne doivent pas non plus descendre trop loin sous les 2%. Autrement dit, une nouvelle baisse des taux et une ouverture de la politique monétaire sont possibles sans crainte qu’elles affaiblissent la valeur en dollar de la monnaie européenne.

L’autre obstacle est plus haut. Il s’agit de la réaction américaine à un «dollar fort», contrepartie d’un «euro faible». Toutes ces dernières années, on a pu penser que Washington souhaitait un dollar faible pour aider les exportateurs américains. Les pouvoirs exécutif comme monétaire, sur la même ligne, exprimaient le contraire, mais agissait discrètement avec cet objectif. L’euro, avant la crise puis malgré la crise, était ainsi resté «fort».  

Y aurait-il un retournement dans la capitale américaine? Dans une chronique du Financial Times, l’économiste américain Martin Feldstein le pense.

Le regain de compétitivité des exports européennes aura bien un effet négatif sur les exportations américaines, écrit-il mais il sera faible puisque le commerce entre l’Amérique et la zone euro ne représente que 5% du commerce total américain. Il ajoute que la FED (Réserve fédérale américaine), la banque centrale américaine,  ne peut plus abaisser ses propres taux pour rendre le dollar moins attractif et espérer ainsi «contrer» la baisse des taux européens. La FED ne peut rien faire si tant est qu’elle le voudrait. Et Martin Feldstein rappelle que tant le président Barack Obama que Ben Bernanke, président de la FED, ont déclaré à plusieurs reprises que l’économie américaine souffrait directement de la crise européenne. La soulager par un euro faible, ne serait sans doute pas sans douleur, mais le pire des maux est la récession en Europe.

Ces considérations apportent une note optimiste. L’euro faible est possible et même durable. Vive l’euro faible!

Eric Le Boucher

Article également paru sur Emploiparlonsnet

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Cofondateur de Slate.fr
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