Culture

«Là-Haut»: on la refait, mais moins pixellisée!

Christopher Beam, mis à jour le 02.08.2009 à 14 h 57

En quoi consiste le travail d'un réalisateur de dessin animé?

«Là-haut», le nouveau film de Pixar, raconte le voyage d'un vieil homme qui décide de partir explorer l'Amérique du Sud en attachant sa maison à une multitude de ballons gonflés à l'hélium. Son metteur en scène, Pete Docter, a également réalisé Monstres et compagnie (2001). Mais qu'est-ce que ça veut dire, réaliser un film d'animation?

La même chose que réaliser un vrai film, en fait. C'est-à-dire superviser l'esthétique globale du projet (le style, le ton, la palette de couleurs, l'ambiance sonore, etc.) ainsi que toutes les étapes de la production. La principale différence, c'est qu'en animation, le réalisateur exerce un contrôle bien plus important sur tous ces aspects. Par exemple, un réalisateur dirige les acteurs, mais rarement en décidant des moindres détails de leur prestation (« Quand tu dis ça, tu regardes là, tu fais ça avec ta main et puis ça avec ton pied »). Que ce soit en 2D ou en 3D, tout est possible, il suffit d'avoir l'idée. Le manque de légitimité artistique dont souffre l'animation est alors d'autant plus étonnant que ces films sont davantage le produit de la vision personnelle de leur(s) auteur(s).

La première étape est bien sûr le scénario. La plupart des studios ne lancent la production qu'à partir d'un script finalisé. D'autres, comme Pixar, partent d'une idée, puis laissent l'intrigue et les personnages prendre forme en même temps que l'aspect visuel du film. Que l'on parte d'un scénario ou d'une idée, les dessinateurs présentent au réalisateur des croquis des personnages, des paysages et des principaux décors. En animation 3D, ces images en deux dimensions sont rapidement transformées en images de synthèse manipulables à l'infini. Ensuite, sous la direction du réalisateur, on passe au story-board, souvent constitué de plusieurs dessins pour chaque plan du film.

C'est également le réalisateur qui supervise l'enregistrement des voix. La plupart du temps, cette étape précède celle de l'animation, afin que les dessinateurs puissent animer la bouche et le corps des personnages en fonction du jeu des acteurs. Cela signifie que le contexte d'une scène n'est pas toujours très clair et c'est au réalisateur de bien l'expliquer aux comédiens, de leur rappeler, par exemple, que leur personnage a faim ou a froid. (Certains réalisateurs, dont Hayao Miyazaki, préfèrent que les acteurs doublent le film une fois que celui-ci est terminé.)

Une fois les dialogues enregistrés, ils sont montés sur le story-board afin de produire ce qu'on appelle un «animatic», une sorte de diaporama sonorisé de tout le film (avant le numérique, cette étape était faite à la main, sur une «bobine leica».) C'est alors que le réalisateur assigne à chaque personnage un animateur, en fonction des spécialités de chacun. Certains sont meilleurs pour les personnages réalistes, d'autres pour les personnages plus caricaturaux, de type Betty Boop. Certains sont très forts pour les visages et les émotions, tandis que d'autres excellent dans les mouvements. Le réalisateur choisit également les animateurs décors, l'équivalent numérique des décorateurs.

Le travail avec les animateurs ressemble beaucoup à celui avec les acteurs. Pour chaque plan du story-board, le réalisateur commence par décrire exactement ce qu'il veut, parfois en jouant lui-même le personnage. L'animateur fait un premier essai d'animation image par image et le montre au réalisateur, qui apporte ses remarques et modifications. Suivant la complexité de l'action, ces allers-retours peuvent durer des mois avant que le plan ne soit finalisé. Parfois, ce sont des « animation directors », à ne pas confondre avec le « director », qui supervisent un plan ou une séquence et servent d'intermédiaire entre les animateurs et le réalisateur, dont le degré d'implication peut varier énormément. Chuck Jones, le plus célèbre réalisateur des Looney Tunes de la Warner (Daffy Duck, Bugs Bunny, Road Runner, etc.), surveillait tous les aspects du travail et dessinait lui-même des centaines d'images de chaque épisode de six minutes. D'autres laissent plus de liberté aux animateurs. Une fois terminé, chaque plan est inséré dans l'animatic, afin que le réalisateur puisse voir son film prendre forme.

Cette étape achevée, le film est «verrouillé», c'est-à-dire qu'aucune modification majeure ne peut plus être apportée. Le réalisateur fait alors intervenir le compositeur de la musique et le sound designer responsable de l'univers sonore du film. Une fois ces éléments enregistrés, le mixeur les combine aux dialogues et là encore, c'est au réalisateur de s'assurer que l'ensemble reste cohérent et conforme à sa vision du film.

Christopher Beam, chroniqueur de Slate.com

Traduit par Sylvestre Meininger

Christopher Beam
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