Economie

Sarkozy laisse à Hollande trois millions de chômeurs

Gilles Bridier, mis à jour le 27.07.2012 à 9 h 27

Le taux de chômage est passé de 8% à 10% au cours des cinq dernières années. Il devrait encore augmenter cette année, avec des plans sociaux qui s’accumulent et une croissance réduite à 0,3%.

Devant une foire aux emplois aux Etats-Unis Shannon Stapleton / Reuters

Devant une foire aux emplois aux Etats-Unis Shannon Stapleton / Reuters

Près de trois millions de chômeurs en France métropolitaine à fin juin 2012, plus de 1,4 million de demandeurs d’emploi en activité réduite, soit 4,4 millions de personnes inscrites à Pôle emploi (et même 4,7 millions avec les DOM): tel est le bilan du précédent quinquennat, un mois après le retour de la gauche au pouvoir.

A titre de comparaison, lorsqu’il était arrivé à l’Elysée, Nicolas Sarkozy avait hérité d’une situation beaucoup moins sombre: en juin 2007, le nombre de chômeurs frôlait tout juste les 2 millions de personnes en métropole, et le taux de chômage tel que l’entend le Bureau international du travail (BIT) atteignait 8%. L’objectif affiché du nouveau président consistait à le faire reculer à 5%. Il s’y engageait. Raté: il a, au contraire, augmenté.

Le chômage a progressé en 2010 et 2011 malgré une petite croissance

Certes, au cours du quinquennat, il y a eu la crise qui dure encore et que la France a traversé jusqu’à présent plutôt moins mal que d’autres pays, ce qui a permis d’amortir les effets sur l’emploi. Personne ne le niera. Mais on peut aussi procéder par comparaisons.

En France, le taux de 10% est maintenant dépassé, indique Eurostat. D’aucuns citeront l’Espagne, où une personne sur quatre est au chômage, pour dédouaner l’ancien président. D’autres, plus critiques, se référeront à l’Allemagne où une personne sur seize est sans emploi. Entre les deux extrêmes ou presque, un rapport de un à quatre.

Reste que la France, qui fait moins bien que la Grande Bretagne, est au même niveau que l’Italie et ne se situe globalement que dans la moyenne européenne. Pas de quoi distribuer des satisfecits.

Même avec des circonstances atténuantes, le bilan de l’emploi pendant l’ère Sarkozy est mauvais et n’a jamais cessé de se dégrader. Après 5,6% de chômeurs de plus entre juin 2010 et juin 2011, puis encore 7,8% entre juin 2011 et juin 2012, François Hollande à son arrivée trouve une situation comprenant 50% de personnes sans emploi de plus qu’en juin 2007.

2012 se présente encore plus mal

Il ne s’agit pas de tout imputer à l’ancien président. Les effets pervers de la désindustrialisation ont été perceptibles bien avant son arrivée à l’Elysée. Environ 500.000 emplois avaient déjà disparu dans ce secteur entre 1998 et 2008. Le problème est que la potion administrée à l’économie française pour sortir de la crise n’a pas permis d’enrayer la poursuite des réductions d’effectifs (18% de moins en une décennie): de début 2008 à fin 2010, quelque 337.000 emplois (y compris les intérimaires) ont été perdus dans l’industrie, selon l’Insee et le ministère du Travail. Et 170.000 pour la seule année 2011.

Pourtant, en 2010 et 2011, quand le chômage a continué de progresser, la croissance française était certes anémique mais affichait malgré tout des hausses de 1,6% et 1,7% au compteur. Pour 2012, le FMI n’envisage plus qu’un petit 0,3% dans un contexte international maussade. Autant dire que toutes les conditions sont réunies pour que le chômage s’aggrave encore cette année.

Pourtant, François Hollande a promis pendant la campagne électorale –comme son prédécesseur cinq ans plus tôt– un redressement de l’emploi. Il sait qu’il sera jugé à l’aulne de ses résultats, quelles que soient les explications qui pourront être avancées sur la situation à son arrivée au pouvoir.

Le gouvernement pourra bien arguer de l’avalanche de plans sociaux retenus avant l’élection présidentielle et qui ont explosé ensuite… Jean-Marc Ayrault a ainsi identifié, à son entrée à Matignon, 36 entreprises en passe d’engager des réductions d’effectifs. Mais tout aura été oublié.

«Les entreprises doivent pouvoir respirer»

A l’Elysée, on considère que la gauche au pouvoir doit maintenant gérer les manœuvres politiques déclenchées par la droite pour que la situation explose. «Il faut traiter les sujets les plus important sans se noyer, mais aussi arrêter de les découper en tranches», commente un conseiller. C’est une approche globale qui doit être développée, en plus des interventions au cas pas cas d’Arnaud Montebourg lorsqu’il part sabre au clair mais pour  lesquelles l’Etat est  mal équipé comme on a pu le voir sur le dossier PSA. 

Le cap est fixé, n’en déplaise à la gauche de la gauche:

«Il faut sécuriser l’emploi sans empêcher les licenciements pour ne pas interdire aux entreprises de respirer.»

L’Elysée, qui espère un consensus sur ce point, constate que, pour l’instant, la CGT s’est impliquée dans la Conférence sociale de début juillet sans émettre de fausse note, que le Medef s’est abstenu de déclaration à l’emporte-pièce tout, et que tout le monde est convaincu qu’un travail collectif s’impose compte tenu des difficultés.

Pas d’angélisme, toutefois: on constate aussi que les différents partenaires appelés à progresser sur tous ces sujets dans le cadre de cette conférence et qui apprécient la méthode, demeurent réservés sur la prise en compte des enjeux.

Et sur le front de l’emploi et les réactions dans les entreprises, le véritable test est pour septembre. Nul doute que, pour désamorcer les critiques, le gouvernement braquera  les projecteurs sur les «emplois d’avenir» qui doivent faire l’objet d’un projet de loi discuté dès le début de la prochaine session parlementaire pour que les premiers contrats puissent être signés dès janvier 2013 (100.000 contrats pourraient être conclus dans l’année). Même chose pour le «contrat de génération» qui doit entrer en vigueur en début d’année prochaine. Mais pour 2012, il sera trop tard.

Gilles Bridier

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Journaliste
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