France

Vol AF447: à quoi sert une cellule d'aide psychologique

Géraldine Chaponot, mis à jour le 06.10.2010 à 16 h 45

Les familles des disparus étaient réunies à Roissy.

Et ceux qui restent? Nicolas Sarkozy et deux ministres, Jean-Louis Borloo (Ecologie et énergie) et Dominique Bussereau (Transports), se sont rendus lundi après-midi auprès des proches des 228 disparus du vol AF 447 Rio-Paris, rassemblés «dans un endroit spécialement réservé» à Roissy.

C'est en 1995 qu'a été mise en place la première cellule d'urgence psychologique, après l'attentat à la station de RER Saint-Michel. Aujourd'hui, au sens des autorités sanitaires, c'est une équipe chargée d'une intervention rapide et rapprochée auprès des victimes, des blessés, des survivants, des intervenants... bref de toute personne ayant été présente dans une catastrophe.

Mais dans un événement comme la disparition d'un avion, personne ne revient de la catastrophe: il n'y a que des proches, des familles. Pas de survivant à réconforter, pas de témoin à débriefer... Juste des disparus, et ceux qui les attendaient. Pas non plus de cadavres, toujours pas de débris d'avion lundi soir, une journée entière après sa disparition.

Pour les membres de la cellule d'aide et de soutien psychologique, deux temps sont alors à gérer: l'annonce de la nouvelle, tout d'abord, aux proches des passagers et de l'équipage. Puis l'angoisse, les sentiments de perte, de colère qui envahissent les cœurs et les esprits. Repérer ceux ou celles qui vont connaître une défaillance: une anxiété importante, une crise aigüe qui peut être délirante, dépressive, qui peut les plonger dans la plus grande confusion ou les laisser dans un état de sidération. Des soins immédiats: une présence, un accompagnement, pour venir à bout des cris, des pleurs, d'un comportement agressif ou auto-agressif.

La cellule va aussi chercher à repérer ceux qui ne disent rien, ceux dont la douleur est muette, et qui risquent de s'effondrer en rentrant chez eux.

Du côté des «responsables», des représentants de la compagnie aérienne ou des autorités de l'Etat en cas d'attentat par exemple, il faut confirmer officiellement, voire solennellement, la mauvaise nouvelle, pour inscrire la catastrophe dans la réalité, lutter contre la dénégation, en particulier dans un cas de disparition. Ainsi, à 16h35, «Air France adresse ses sincères condoléances aux familles et aux proches des passagers et membres d'équipage» par voie de communiqué.

Mais quelle différence y a-t-il entre la perte d'un proche dans un accident d'avion, ou dans un banal accident de voiture? La catastrophe collective appelle-t-elle une réponse différente de la catastrophe individuelle, le besoin de soutien est-il plus fort? Le drame collectif a bel et bien un effet démultipliant, c'est ce qu'on appelait autrefois l'hystérie collective, le mouvement de foule ou encore la psychose de masse.

Pour éviter ça, la cellule psychologique si souvent appelée à la rescousse a un fort rôle de prévention. Sa tâche principale consiste à repérer les personnes qui vont se trouver en grande difficulté. Alors que dans la vie courante, la mort et le deuil se passent le plus souvent sans assistance psychologique, le nombre de personnes touchées dans une catastrophe collective augmente mécaniquement le risque d'en voir quelques-unes péter les plombs. Des premiers soins pour quelques personnes, et beaucoup de prévention pour les autres.

Mais surtout, c'est le double effet pas cool. «La catastrophe nous heurte tous», lâche le directeur général d'Air France, Pierre-Henry Gourgeon. Elle est à la fois nationale, le pays est en deuil, elle peut être économique comme lors de l'explosion de l'usine AZF, et elle n'en est pas moins familiale pour autant.

Comme c'est le cas ici, où des familles sont arrivées toute la journée à Roissy, en provenance de différents pays (32 nationalités représentées à bord du vol, selon le dernier décompte d'Air France), la cellule peut fonctionner jusqu'à 24 heures environ. Puis c'est le temps du retour à la maison pour les victimes, et à la médecine classique.

Géraldine Chaponot

Image de une: A Roissy, lundi 1er juin. Gonzalo Fuentes / Reuters

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