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- Par Philippe Reclus
- Journaliste, ancien directeur adjoint de la rédaction du Figaro et de la Tribune.
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Philippe Reclus
Journaliste, ancien directeur adjoint de la rédaction du Figaro et de la Tribune.
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Facebook pourrait bien connaître le sort de GM
General Motors est mort, faute d'avoir adapté son modèle économique. Facebook court toujours après le sien.
La valeur n'attend pas le nombre des années. Facebook, start up d'à peine cinq ans d'âge vaudrait 10 milliards de dollars. Au même moment, la centenaire General Motors, en coma dépassé, vaut zéro et 200 milliards de dettes, au point de chercher son salut dans la nationalisation. Cherchons l'erreur. D'un coté, un réseau d'amis fans de high tech, créé par un étudiant de Harvard qui compte plus de 200 millions d'utilisateurs actifs. De l'autre, le constructeur des Chrevolet, Cadillac et Buicks comptant une cinquantaine d'usines à travers le monde qui emploient 300 000 salariés.
General Motors (GM) a subi de plein fouet la double peine. D'un coté l'envolée de ses charges liée aux système de protection sociale et de soins médicaux de ses milliers d'ouvriers et de retraités. De l'autre, la descente aux enfers de ses marges sur chaque modèle vendu. Ses dirigeants successifs avaient pensé qu'il suffisait de revisiter le mythe américain de la voiture, en ressortant la Corvette ou la PT Cruiser, pour se sauver. Sourds aux avertissements et aux clignottants passés au rouge vifs sur les changements profonds des modes de vie de la clientèle, l'état major de Detroit a pu (ou a voulu !) masquer pendant des années ses erreurs de perspectives grâce aux succès apparent des pick-up, des minivans et des 4 x 4 devenus des gouffres à l'heure de l'envolée du prix du gallon de gasoil et la percée des petits modèles japonais bien plus frugaux.
L'histoire économique est riche de ces comportements aveugles, dictés souvent par l'arrogance de la puissance passée. Quatre vingts ans à dominer la planète automobile mondiale n'ont sans doute pas aidé les dirigeants de General Motors à se remettre en question. Ironie de l'histoire, Rick Wagoner, l'ancien patron de GM, avait regardé avec dédain les offres d'alliance de Carlos Ghosn, en 2006 au motif que Renault-Nissan est en partie contrôlé par l'Etat français. Il voit ses successeurs trouver leur salut dans l'argent du contribuable américain.
A Washington comme à Detroit, certains continuent d'espérer que le groupe parviendra à renaître de ses cendres, au prix d'une terrible cure sociale marquée par la fermeture de dizaines d'usines, la réduction de plus d'un tiers du réseau de concessions et l'injection de dizaine de milliards de dollars d'argent de l'Etat. Mais le mal est fait: General Motors n'est pas parvenu ou n'a pas voulu transformer son modèle à temps. Le chapter 11 (loi sur les faillites aux Etats-Unis) risque de n'être qu'un anesthésiant plus puissant pour accompagner son agonie. Il ne permettra pas tout seul de rebâtir un modèle viable. Le roi est mort. Vive le roi. Mais lequel?
La violence de la crise actuelle rend d'autant plus brutal le passage de relais entre les anciennes icônes et les nouvelles stars de l'Amérique triomphante. Il y a deux ans, la valeur de Facebook avait atteint 15 milliards de dollars, soit au dollar près le montant auquel était déja tombée la capitalisation en Bourse de GM. A l'époque, Microsoft s'était offert un strapontin de 1,6% dans Facebook pour 240 millions de dollars. Aujourd'hui, en dépit de l'explosion de la crise financière et économique intervenue depuis, le fonds d'investissement russe Digital Sky Technologies met sur la table 200 millions de dollars pour à peine 2% de Face Book sans droit de regard sur la gestion. Du grand art !
Pourtant Facebook qui paraît aujourd'hui triompher, court toujours après un modèle économique qui ne saurait pour l'instant justifier sa valorisation équivalent à 20 fois son chiffre d'affaires. Pour l'expliquer, certains font valoir que le rouleau compresseur va, d'ici trois ans, détrôner Google en tant que site Internet le plus visité. Le secteur du high tech n'est-t-il pas familier de ce type de trajectoire fulgurante? Créé il y a trente cinq ans, Microsoft peine aujourd'hui à éviter que Google, de vingt ans son cadet, n'ait définitivement pris le pas sur le marché des moteurs de recherche. En dix ans, Microsoft a vu sa valeur en Bourse divisée par deux pour représenter aujourd''hui trois fois son chiffre d'affaires. Face à lui, Google vaut plus de six fois ses ventes.
Facebook serait donc promis à un avenir radieux. Pourtant, la société ne gagne toujours pas d'argent. Et ses revenus, provenant essentiellement des bandeaux publicitaires, peuvent-il suffire à ses besoins d'investissement dans de nouveaux réseaux, des serveurs et des bases de stockage pour accueillir les millions de photos et vidéos qui chaque jours s'y déversent ? Certains en doutent. Et font planer le soupçon que Facebook ne vaut aujourd'hui qu'au mieux la moitié des 10 milliards de dollars évoqués par ses dirigeants et les investisseurs qui souhaitent les accompagner, leur objectif prioritaire étant, à placer la barre si haut, de pouvoir continuer,à l'avenir, de lever l'argent nécessaire pour investir et finir par démontrer que le jeu valait la chandelle de croire dans leur modèle.
Une méthode «Coué» qui, par certains aspects, n'est pas si différente de l'application dont ont fait preuve des années durant les dirigeants de General Motors pour éviter d'avoir à se remettre en question et sauver leur modèle.
Philippe Reclus
Photo: Une concession Chevrolet à Miami Reuters
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Comments
Modèle économique
La grosse différence entre GM & FB ... le premier avait un modèle économique, le second, non !
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planif
La fin des dinosaures.
Il y a toujours débat entre l'évènement fortuit : la chute d'une météorite, la crise financière et un phénomène plus profond correspondant à une mutation. Les deux peuvent se trouver en conjonction.
Il serait léger de considérer la chute de Général Motors comme un simple accident. Les difficultés s'accumulaient du côté des charges, de la diminution des marges avant la chute des ventes et les difficultés financières. Il faut aussi considérer la dimension symbolique qui donne le Sens à l'évènement ponctuel. Général motors a été le fleuron mondial de la civilisation de l'automobile du 20 ème siècle, l'archétype de la réussite industrielle dont le modèle est encore partout présent dans les esprits.
Ce modèle on peut le caractériser par trois composantes fondamentales.
L'exploitation de masse justifiée par les « économies d'échelles », à condition de ne pas prendre en compte certain coûts humains et environnementaux.
La rationalité organisationnelle reprise aussi dans le modèle bureaucratique et dont la rigidité et le conformisme ou du moins la lenteur d'évolution s'avèrent des handicaps mortels.
L'individualisme paradoxal du marketing qui flatte les envies d'indépendances avec le mimétisme des modes qui ont fait de l'automobile un support d'identité narcissique majeur.
La crise financière est venue donner un coup d'arrêt à cette trinité. Elle est surtout venue révéler ce qui se passait déjà , une mutation qui remet en question ces piliers de la réussite antérieure.
Oui le modèle industriel assimilé à l'exploitation de masse et ses économies d'échelle est caduc, si on entre dans un niveau de civilisation humaine plus avancée. En 25 ans, du début des années 80 jusqu'au milieu de la première décennie du nouveau siècle et millénaire, les emplois industriels en France sont passé de plus de 50% à près de 16 %. Une paille. Si les concentrations industrielles de production sont encore à l'ordre du jour dans les pays émergents, leur logique est en fin de parcours à l'échelle du monde.
Oui le modèle bureaucratique et celui les organisations rationnelles est en fin de règne. Pertes de contrôle massives dans des grand groupes (industriels ou non), débandade des encadrements supérieurs, remise en question des structures administratives rigides et onéreuses (en France notamment). On ne peux jouer l'innovation et l'ouverture au monde pas plus que l'autonomie et la réactivité avec les formules du siècle précédent et des élites entièrement vouées à ces cadres anciens.
Oui le modèle individualiste en a pris un coup (il ne s'agit pas de l'individualité mais de sa déviance) avec ses égoïsmes spéculatifs. Ainsi l'évolution de la demande dans l'automobile est-elle en train de quitter ce jeu d'images qui en avait fait le succès. La Tata ou la Logan en sont des signes bientôt suivis sans doute par des révolutions dans l'offre automobile.
On pourrait dire que Facebook échappe aux deux premières composantes mais pas à la troisième. Facebook est le produit de cette logique, un effet actuel de tendances du passé. Comme toutes les adaptations, même à de nouvelles conditions, elles sont vouées à disparaitre prématurément. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas des leçons à en tirer ou des apprentissages féconds mais dans la subversion de son concept dont on peut déjà discerner les signes.
C'est là tout l'intérêt et la difficulté de la prospective humaine. La mutation de civilisation, engagée depuis un certain temps déjà , change les « fondamentaux » de l'économie et ses organisations. C'est le changement de conscience et de maturité humaine qui en est la cause. Il est donc important de comprendre les logiques à l'oeuvre, celles qui « dinosaurisent » les structures anciennes avec des effondrements qui n'ont ont pas encore fini et celles qui génèrent des dinosaures de « nouvelle génération » destinés au même sort comme le laisse entendre l'article. Après coup on trouvera toutes les raisons mécaniques de ces disparitions mais elles sont générées par un changement profond des logiques et des valeurs dans la mutation avancée, une sorte de basculement de l'axe du monde.
A l'exploitation de masse succèdera la logique de projets et de valeurs différenciés. Au conformisme normatif succèdera l'initiative responsable des innovateurs même modestes, à l'individualisme spéculatif succèdera l'implication personnelle dans les enjeux communautaires. Il n'y a plus de place pour les dinosaures mais aussi pour tous ceux qui même à petite échelle se sont construits ou se construisent sur les mêmes fondamentaux. Au travail.
Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com
Divergence entre Facebook et General MOtors.
Je trouve cet articles très bien écrit.
Je n'ai malheureusement pas encore trouvé de points communs entre FaceBook et General Motors...
Excusez mon manque de discernement, mais je n'ai rien compris à cet article.
1 - FaceBook est en croissance, GM en faillite.
2 - FaceBook adapte son concept très novateur de réseau social aux technologies existantes, alors que GM n'a pas produit une seule voiture "verte"
3 - Le modèle économique de FaceBook est excellent, ce sont plutôt les anciens "sages" de l'économie "has been" qui ne s'y retrouvent plus dans les méandres du développement des NET - services à la personnes. Il est pourtant facile de remarquer que s'inscrire sur FaceBook est à la portée de tout le monde, alors qu'acquérir une Corvette "neuve" devient de plus en plus "difficile"....
4 - FaceBook innove dans bien des domaines (création d'une API pour les développeur, intégration des API des concurrents, liberté de développement accrue grâce à l'absence de modèle économique....)
Pour conclure, j'affirme que le succès de FaceBook provient justement de l'absence de modèle économique précis, ce qui lui laisse alors plusieurs longueurs d'avance sur ses concurrents pour l'innovation et l'apport des société tierces.
N'oubliez pas tout ceux qui tablaient avec leur profonde "ignorance" sur une chute rapide du simple moteur de recherche Google, alors développé en tant que projet de fin d'année universitaire par un binôme d'étudiants. Son action a depuis pris 1000%.... Nous avons peut-être ici (je ne détiens malheureusement pas la vérité absolue) un beau spécimen d'une prédication bien tirée par les cheveux!
Ce qui a le plus de valeur ne coute rien.