Life

Les parents trop connectés sont-ils indignes?

Temps de lecture : 3 min

NON, l'inattention parentale n'est pas devenue une maladie de société. Les parents ne sont pas des machines à amuser leurs enfants...

A Londres en 2003. REUTERS/Stephen Hird SH/ASA
A Londres en 2003. REUTERS/Stephen Hird SH/ASA

Les bons parents ont trouvé un nouveau moyen de faire valoir leur supériorité: la page tumblr Parents on Phone [«Parents au téléphone»]. Parents on Phones recueille ainsi les photos de mères et de pères qui négligent leurs enfants pendant qu'ils envoient des SMS, surfent sur le Web ou jouent très probablement à Draw Something.

Mère penchée sur son iPhone pendant que son enfant attend désespérément d'être poussé sur la balançoire, pères vissés devant leur écran de téléphone dans un musée pour enfants... Et il n'y pas que Parents on Phones pour montrer quels infâmes personnages sont les parents connectés. L'insupportable blog Hands Free Mama [«mère mains libres»] entend ainsi aider son prochain à «laisser de côté les outils électroniques afin d'interagir avec les êtres aimés.» Pour certains psychologues, l'inattention parentale serait même une «maladie de société».

Physiquement présent, affectivement absent

La remontrance est limpide: si nous sommes physiquement présents, nous sommes affectivement absents. Contrairement aux parents de la génération précédente, à ceux d'il y a un siècle ou à ceux d'une petite ville (cochez la mention désirée) – nous, géniteurs obnubilés par le téléphone, détruisons notre relation avec nos enfants par négligence électronique; nous passons à côté de la joie et de l'émerveillement d'être avec eux; nous leur apprenons qu'un e-mail est plus important qu'eux.

Personnellement, je délaisse mes enfants de toutes les façons possibles et imaginables avec mon téléphone mobile. Je joue à Scramble with Friends au lieu de les regarder batifoler gentiment dans le bain; j'envoie des e-mails – parfois honteusement insignifiants – pendant les repas. Je me suis noyé dans le Web pendant les troisième, quatrième et cinquième tours de batte de mon fils. J'ai hâte de me voir épinglé, yeux vitreux collés à l'écran, sur Parents on Phones.

Franchement, ce côté donneur de leçons est exaspérant. Dans son prologue, Parents on Phone demande: «Avez-vous déjà regardé votre messagerie électronique ou surfé sur le Net alors que vous deviez jouer avec vos enfants?» «Que vous deviez»... et puis quoi encore! Les parents ne sont pas des machines à amuser les enfants. Nous devons veiller sur leur sécurité, et faire en sorte qu'ils soient heureux et prêts à s'ouvrir sur le monde. Cela peut impliquer de jouer avec eux à la maison ou au square. Comme cela peut impliquer de les laisser aller, tout seuls, trouver un autre enfant avec qui jouer, ou un bâton pour déranger une fourmilière, ou un jeu d'escalade d'où tomber. Cela peut même impliquer – âmes sensibles s'abstenir – de les laisser s'ennuyer.

Les parents ne doivent pas s'occuper des enfants en permanence

Il est absurde de penser que les parents se doivent de s'occuper de leurs enfants à chaque seconde. Le vrai risque des parents qui ont un iPhone n'est pas l'inattention mais la sur-attention, c'est-à-dire l'intrusion dans la vie de leur progéniture. (Il est par ailleurs ridicule d'affirmer que la négligence parentale est une pathologie propre à l'ère du smartphone. Quand j'étais enfant, il arrivait à mes parents – très attentifs et aimants, je précise – de m'ignorer afin de pouvoir lire, discuter au téléphone ou travailler.)

Il est vrai que la distraction guette les parents à tout instant. Quand on prend son iPhone au square, on le regarde. Envoyer un e-mail, c'est en envoyer cinq. Pourtant, le smartphone n'en est pas moins un don du ciel pour les parents qui travaillent. Je regarde mon iPhone quelques minutes pendant les matchs de baseball de mon fils, mais je peux assister aux matchs. J'envoie des messages pendant le dîner, mais je suis à la maison pour dîner, je ne suis pas coincé au bureau. Si la contrepartie est un peu de dissipation et de détente électronique, ce n'est pas cher payé et cela permet de passer plus de temps avec ses enfants. Un père qui envoie un SMS au musée pour enfants ne fait jamais que ça. Il envoie un SMS, puis montre à son fils comment fonctionne la machine à boules. Il envoie un SMS, puis vérifie que son fils saute sur le château-trampoline au lieu de s'y étouffer. Il envoie un SMS, puis se tortille pour s'assoir en tailleur à côté de son fils lors de la séance de chant en ronde.

Le plus drôle est que sur Parents on Phones, les photos sont sûrement prises par des parents qui, un très bref instant, ont délaissé leur enfant pour jouer avec leur téléphone.

David Plotz

Traduit par Chloé Leleu

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David Plotz Journaliste

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