Life

Mettez des capotes dans les films, s’il vous plaît

Amanda Marcotte, mis à jour le 24.08.2012 à 16 h 46

Les adolescents calquent leur comportement sexuel sur les exemples cinématographiques. Si on veut qu'ils se protègent, le cinéma doit enfin donner l'exemple.

Jean-Paul Pelissier / REUTERS

Jean-Paul Pelissier / REUTERS

Des chercheurs de l’Université du Missouri et de Dartmouth viennent de rendre public les résultats d'une étude sur les liens entre le visionnage massif de scènes de sexe dans les films par les adolescents et les risques qu’ils prennent ensuite dans leur vie sexuelle de tous les jours

Les gamins entre 12 et 14 ans qui ont vu plus de scènes de sexe ont leur premier rapport plus tôt que les autres, ont davantage de partenaires, et ne font pas autant attention que les autres, peu importe leur contexte familial, niveau de vie ou les programmes qu’ils regardent habituellement à la télé. Bien sûr, les chercheurs nous incitent à ne pas trop prendre au sérieux une seule étude, mais quand il s’agit d’une nouvelle opportunité pour s’inquiéter de la sexualité des adolescents et de la responsabilité des médias, l’exagération est à l’ordre du jour. Il est important de se rappeler quand on consulte des études de ce genre, que même si les résultats sont troublants, de manière générale, on observe une réduction du nombre des grossesses chez les jeunes adolescentes. On a encore le temps pour paniquer.

L'influence des films

Ceci dit, cette étude suggère tout de même que les films peuvent avoir une influence sur ce que les jeunes considèrent comme normal, ce qui à son tour peut influencer leurs choix sexuels. En particulier, l’étude montre que les adolescents qui regardent des scènes de sexe ont tendance à moins utiliser de préservatifs. Ce n’est pas vraiment une surprise. Dans le monde des films et des séries, on dirait que les gens ne font que ça tout le temps, alors qu’ils ne parlent jamais ou n’utilisent jamais de moyens contraceptifs.

Les rapports dans les films présents pour les besoins du scénario sont au final beaucoup plus spontanés que dans la vie réelle, et sans jamais aucune pause dans le vif de l’action. Les téléspectateurs les plus jeunes peuvent facilement s’imaginer que la norme est de se retrouver au lit tout de suite avec quelqu’un sans même s’inquiéter d’une grossesse non-désirée. Et même si ces grossesses non prévues inondent nos écrans de télé et de cinéma, elles n’arrivent pas aussi souvent que si vous n’utilisiez pas de protection dans la vraie vie. Ce n’est pas étonnant que 40% des jeunes de 18 à 29 ans pensent qu’une grossesse dépend plus du destin qu’elle n’est la conclusion logique d’un rapport sexuel non protégé.

Pas de contraception au cinéma!

En bref, et surtout aujourd’hui, lorsque la question de la violence dans les films est posée, je ne crois pas qu’il soit de la responsabilité du réalisateur et du producteur de télé de transformer leurs histoires en manifestes publics pour la contraception. La responsabilité du conteur d’histoires ne touche que l’histoire en elle-même, et non la santé publique. Mais parfois, le manque de contraception ne sert pas cette histoire. Lost en est le meilleur exemple, et m’a toujours poussée à bout. Chaque fois que Kate couchait avec Sawyer, j’embêtais mon copain pour lui demander: «Mais merde, quel genre de contraception bizarre ils peuvent bien utiliser sur cette île???» Après tout, ce serait vraiment dommage de se retrouver avec une grossesse non désirée sur n’importe quelle île déserte, alors en plus sur une île magique qui tue les femmes enceintes… (Oui, je me rends bien compte que cette série présentait pas mal d’incohérences, mais celle-ci était pour moi l’une des pires !)

Ma collègue, Alyssa Rosenberg, a déjà écrit sur l’absurdité de l’idée qu’on ne peut pas parler de contraception au cinéma. Elle donne En Cloque, mode d'emploi pour exemple pour montrer qu’il est très facile d’intégrer des préservatifs à l’histoire, et qu’en plus ça n’en rend le film que meilleur. En montrant ses personnages en train d’essayer d’agir correctement -même s’ils échouent- Judd Apatow a évité le problème du public qui s’énerve de voir qu’un personnage ne pense même pas à en enfiler un quand il s’agit de coucher avec un parfait inconnu. Les scènes de contraception sont une manière économique d’humaniser les personnages, les rendant plus proches du public. Alors si en plus, cela permet de convaincre les adolescents que les gens normaux et sexy sortent des capotes quand ils ont des rapports, ça ne peut être qu’un bonus.

Par Amanda Marcotte

Traduit par Hélène Oscar Kempeneers

 

Amanda Marcotte
Amanda Marcotte (16 articles)
Journaliste
sidaMSTsexualitécinémacapote
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte