Mitt Romney et Dick Cheney: un duo catastrophique pour la politique étrangère américaine

Mitt Romney/Gage Skidmore Via FlickrCC Licence by

Mitt Romney/Gage Skidmore Via FlickrCC Licence by

Mitt Romney est fan de l’ancien vice-président de George W. Bush, Dick Cheney. Il pourrait le choisir comme colistier. Or ce duo serait de mauvais augure pour la politique étrangère de l’Amérique.

Une large majorité d’Américains s’accorde à dire que le président Barack Obama a fait ses preuves concernant la sécurité de la nation et qu’il a une bonne conception du leadership des Etats-Unis dans le monde. Ce n’est pas ce que pense Mitt Romney, qui affrontera Obama au scrutin de novembre. Ce dernier propose de revenir aux doctrines pourtant discréditées et aux politiques irresponsables de l’administration Bush. On connaît la musique. On a déjà vu ce film, et il se termine mal.

Le 12 juillet, le gouverneur Romney a assisté à une collecte de fonds du Parti républicain organisée au domicile de l’ex-vice-président Dick Cheney (dans le Wyoming). Il n’y a là rien d’étonnant, puisque l’adversaire d’Obama a dit de Dick Cheney que c’était «quelqu’un de raisonnable et de sensé». Voilà qui est particulièrement inquiétant.

Alors que Mitt Romney est à la recherche d’un colistier, il convient de rappeler qu’il avait déclaré que Dick Cheney était le «genre de personne qu’[il] aimerai[t] avoir à ses côtés». Les politiques que préconise Romney – par exemple le fait de laisser indéfiniment les G.I. en Irak et en Afghanistan – ne sont que la continuité de la doctrine Bush-Cheney, en version 2.0.

Des conseillers de l'administration Bush

Ce n’est un secret pour personne que Cheney était le moteur des politiques étrangères de Bush fils qui se sont avérées un grave échec: lancer une guerre en Irak sans avoir planifié la fin du conflit, malmener les alliés de l’Amérique dans le monde et rester passifs pendant que l’Iran et la Corée du Nord poursuivaient leur programme nucléaire – puisque la Maison Blanche sous Bush a été incapable de rassembler la communauté internationale pour affronter ces menaces.

Sur les vingt-quatre conseillers en politique étrangère de Romney, dix-sept ont fait partie de l’administration Bush-Cheney. Aussi, si Romney devait remporter la présidentielle en novembre, beaucoup de ces gens seraient vraisemblablement nommés à un poste quelconque au sein de son administration. Une perspective angoissante au vu de leur action désastreuse lorsqu’ils étaient aux responsabilités.

L’un des principaux porte-parole de campagne de Romney, John Bolton, a officié comme ambassadeur américain à l’ONU sous George W. Bush. Cet homme incarne l’idéologie néoconservatrice insouciante qui est en grande partie à l’origine de la guerre d’Irak, justifiée par des preuves fabriquées de toutes pièces. Aujourd’hui, il n’attend qu’une chose: que les initiatives diplomatiques avec l’Iran échouent afin d’envoyer les hommes et femmes en uniforme au combat.

«Une catastrophe diplomatique»

A propos du conflit syrien, il a déclaré l’an dernier: «Ce serait dans notre intérêt de renverser ce régime». Tous les Américains doivent se rendre compte qu’un gouvernement dirigé par Romney, qui réunirait Bolton et d’autres politiques proches de Bush et Cheney, serait une catastrophe diplomatique.

On pourrait me rétorquer que le fait de nommer des responsables politiques de l’ère Bush n’implique pas nécessairement de suivre tous leurs conseils. Seulement les électeurs ne peuvent juger les candidats que sur leur programme, or l’imprudence de Dick Cheney transparaît clairement dans les politiques étrangères que prêche Romney depuis le début de la campagne.

Mitt Romney était en faveur de l’invasion de l’Irak   et s’est opposé à la fin de la guerre l’an dernier. En décembre, lorsqu’Obama a accueilli les soldats américains de retour au bercail après pratiquement neuf ans de guerre, Romney a déclaré:

«Je trouve le retrait d’Irak de l’ensemble de nos hommes regrettable. Plus que   regrettable, en fait, je trouve que c’est tragique.»

Romney s’est fait l’écho de ce point de vue, déjà exprimé par Dick Cheney quelques mois avant qu’Obama ne mette fin au conflit: «Ce serait une véritable tragédie si nous rentrions [d’Irak] trop tôt, avant que [les Irakiens] ne soient prêts à se débrouiller tout seuls».

Ni stratégie ni plan de sortie pour l'Afghanistan

S’agissant de l’Afghanistan, bien qu’Obama et l’ensemble de la coalition internationale se soient mis d’accord sur un calendrier de transfert de toutes les responsabilités de sécurité à Kaboul d’ici la fin 2014, Romney estime de son côté que les Etats-Unis devraient rester indéfiniment dans le pays. Il n’a pourtant aucune stratégie qui étaie sa position et aucun plan pour le rapatriement des troupes. Là encore, concernant l’Afghanistan, Cheney est d’avis qu’«il ne faut pas se précipiter vers la sortie».

Romney tout comme Cheney ont gardé une mentalité de guerre froide. Le premier a traité la Russie d’«ennemi géopolitique numéro un» [de l’Amérique]. Une remarque on ne peut plus saugrenue, qui a laissé perplexes les spécialistes de la diplomatie de tous bords. Interrogé sur cette déclaration du candidat à la présidence, Collin Powell (qui fut le secrétaire d’Etat de George W. Bush) a répondu: «Voyons, Mitt, réfléchissez une seconde. Ce n’est pas vrai».

Le discours de Romney vis-à-vis de Moscou est de la même veine que les commentaires à répétition de Cheney datant de 2008: la Russie représentait selon lui une «menace de tyrannie, de chantage économique et d’invasion militaire» pour l’Ukraine voisine.

La politique de Romney ruinerait les efforts d'Obama

Obama s’est imposé en leader solide et cohérent sur les questions de politique étrangère. Il a tenu sa promesse de mettre un terme à la guerre d’Irak de façon responsable. Il a recentré les efforts de l’Amérique sur le combat contre al-Qaida, ce qui a abouti au raid audacieux au cours duquel Oussama Ben Laden a été éliminé. Il a rétabli les alliances des Etats-Unis avec l’étranger et poussé la communauté internationale à prendre des sanctions sans précédent contre l’Iran. Depuis qu’il est président, il a également octroyé plus d’aides de sécurité à Israël que tous ses prédécesseurs et a toujours soutenu ce pays ami sur la scène internationale.

Une présidence à la Romney signifierait un retour à une situation que les Américains connaissent trop bien. Une doctrine Bush-Cheney – au double caractère naïf et cavalier – qui embrasse volontiers la force militaire sans en envisager mûrement les conséquences. Cette façon de penser qui consiste à dire «attaquons maintenant, nous aviserons plus tard» a eu des conséquences catastrophiques pour les Etats-Unis.

Les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre de revenir à des politiques qui ont échoué. Pas après avoir parcouru un si long chemin et récolté tant de succès. Pour la sécurité de l’Amérique, il faut aller de l’avant et faire face aux menaces du futur. Tels sont les enjeux de l’élection présidentielle.

Adam Smith

Traduit par Micha Cziffra