L'agriculture est notre passé et notre avenir
Dans un monde où l'alimentation peut devenir source de conflits, rester une puissance agricole n'est pas un luxe...
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On interroge un enfant d'une dizaine d'années sur ce qu'il veut faire plus tard. Lui répond: «Comme mon père.» Mais le père, assis en face, n'y croit pas. Il est agriculteur et répond «Ça existera plus». Cette scène touchante est saisie avec tendresse par Raymond Depardon dans son admirable documentaire, Profils paysans : la vie moderne. Elle en dit long sur la perception que certains ont de l'agriculture dans notre pays.
Quand les Français pensent à cette activité, beaucoup d'entre eux voient surtout une part de notre patrimoine. Comme si elle était un vestige du passé, un legs dont il faudrait gérer l'inexorable déclin. Avec nostalgie.
Certes, au cours des siècles, l'agriculture a façonné la France. Et pas seulement ses paysages. Mais gardons-nous de croire qu'elle appartient au passé. Elle est une part essentielle de notre avenir! Un atout hautement stratégique, pour la France et pour l'Europe. On n'en parle beaucoup moins mais, à mes yeux, cette question est aussi vitale que l'indépendance énergétique du continent.
Pour s'en convaincre, il suffit de prendre en compte quelques menaces qui marquent le monde: une augmentation de la population mondiale et une évolution des modes de consommation qui rendent nécessaire d'accroître la production agricole de la planète. Des pollutions très graves et des pénuries d'eau dues à l'exploitation désordonnée des richesses de la Terre. Des tensions fortes sur les marchés agricoles, à tel point que plusieurs régions du globe ont connu des émeutes de la faim au cours des derniers mois. Des pays inquiets pour l'approvisionnement de leur population - Chine, Japon, Corée du Sud, pays du Golfe... - qui rachètent par centaines de milliers d'hectares des terres arables, notamment en Afrique. Des épidémies qui régulièrement nous font craindre pour la sécurité de notre alimentation... Et récemment, en France, la colère des éleveurs qui refusent de vendre leur production à perte alors que le prix du lait fait du yoyo (-30% en avril 2009, après une hausse sensible en 2008)...
Face à ces défis inquiétants, certains veulent faire confiance à la seule loi du marché. Ceux-là plaident pour un démantèlement de la Politique Agricole Commune (PAC) qu'ils trouvent trop coûteuse (40% du budget de l'Union européenne). Ils veulent la suppression des quotas de production (pour le lait, c'est prévu à horizon 2015). Ils trouvent que les accords entre producteurs et industriels faussent le marché. Ils pensent que la fin des régulations et la mise en concurrence totale des différentes agricultures à l'échelle mondiale est la meilleure des solutions. Peu importe le coût humain et écologique. Peu importent les enjeux géostratégiques. Ils semblent dire: «Si la production agricole européenne est plus chère que celle d'autres continents, tant pis pour nos agriculteurs ! On achètera ailleurs, quitte à laisser nos terres en jachère... ».
Cette vision n'est pas la mienne. Les fruits de la terre ne sont pas des biens comme les autres. Particulièrement lorsqu'il s'agit de nourrir le monde, on ne peut pas s'en remettre à la seule rencontre de l'offre et de la demande, avec ses hauts et ses bas, ses pénuries et ses surplus. Avec une telle approche, le monde finirait par se diviser en zones de productions spécialisées, et l'Europe serait hors jeu. Pour nourrir nos populations, nous deviendrions dépendants d'autres pays qui n'ont pas les mêmes exigences de sécurité sanitaire. Nous serions à la merci d'une rupture potentielle des approvisionnements internationaux. Voire d'un chantage à l'alimentation, comme il existe déjà un chantage au gaz...
Tout cela ne cadre pas du tout avec l'idée que je me fais de l'Union européenne. Indépendante et capable de se nourrir elle-même. Assez forte pour développer une industrie agroalimentaire performante, respectueuse de l'environnement, et pourvoyeuse d'emplois !
Si je rejette une approche purement libérale de l'agriculture, j'écarte tout autant le mirage réactionnaire d'une agriculture qui se replierait sur elle-même et s'interdirait de gagner en productivité. Les altermondialistes qui voudraient généraliser le modèle du paysan vivant sur sa petite exploitation autosuffisante en cultivant ses quelques hectares sans engrais, tout en élevant veaux, vaches, cochons, font preuve d'égoïsme: ils oublient qu'il faut doubler la production mondiale d'ici 2050. Si nous voulons nourrir tout le monde, il ne faut pas produire moins, mais plus ET mieux.
Alors quelle agriculture voulons-nous pour relever le défi de la faim tout en préservant la planète et pour assurer la sécurité et l'indépendance alimentaires de l'Europe ?
D'abord, il faut une politique agricole commune ambitieuse. En France, c'est un point de vue plutôt consensuel mais il n'est pas partagé par tous nos partenaires européens. Nous devons arriver à les convaincre qu'en défendant la PAC, nous ne défendons pas notre intérêt de pays agricole : nous défendons leurs intérêts de consommateurs! Trouvent-ils vraiment que la PAC est trop chère alors qu'elle revient en fait à 100 euros par Européen et par an. 100 euros : c'est le prix de la sécurité, de la diversité et de la qualité.
Dans un monde où l'alimentation peut devenir source de conflits, rester une puissance agricole n'est pas un luxe... Nous devons affermir le principe fondateur de la PAC: la préférence communautaire. Il ne s'agit pas de faire de l'Europe une forteresse mais de protéger légitimement le marché agricole européen des variations brutales des cours mondiaux et des importations à bas prix, à cause du moins-disant sanitaire et social. Si nos prix sont élevés en dépit de notre productivité importante, c'est parce que nos agriculteurs ont des cahiers des charges très lourds à respecter, en matière de traçabilité, de santé animale, de limitation des pratiques polluantes... L'Europe ne doit pas craindre de défendre ses positions lors de négociations de l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Les Etats-Unis, qui ont compris l'enjeu stratégique de « l'arme alimentaire » ne s'en privent pas. Cela ne veut pas dire que nous devons égoïstement ignorer les contraintes des autres pays du monde, particulièrement des régions les moins développées.
La seconde exigence est en effet de trouver de nouveaux outils de régulation à l'échelle mondiale ! Plutôt que de miser sur la concurrence à outrance, inventons une gouvernance agricole des grands régions mondiales, fondée sur le partenariat. Ce partenariat devrait reposer sur deux impératifs forts. L'impératif de justice: chaque grande région doit être capable de se nourrir et d'exporter, sans menacer les agricultures des autres ensembles. L'impératif environnemental : le respect de la planète ne peut pas être une clause accessoire !
Cette approche de coopération a été proposée par le Président de la République à travers le Partenariat Mondial pour l'Alimentation et l'Agriculture. Notamment parce qu'elle a des liens d'amitié particuliers avec de nombreux pays africains, la France doit montrer l'exemple: nos efforts doivent se porter sur le renforcement du volet agricole dans l'aide au développement, sur la création de filières agricoles intégrées dans les pays les moins développés et sur l'accélération des transferts de technologie vers les agricultures les moins productives. Il s'agit moins de jouer aux pompiers avec une aide ponctuelle lorsque surgit une famine que d'aider les pays à assurer leur subsistance alimentaire par leurs propres moyens.
Enfin, et surtout, il faut une véritable révolution intellectuelle quant à la place de l'agriculture dans notre pays. La querelle des OGM a montré combien le fait de lier haute technologie et agriculture était encore mal perçu par la société française. Il y a un presque un mythe de l'agriculture « à l'ancienne ». Bien sûr, nous devons tourner la page de l'agriculture purement productiviste en continuant à diversifier les modes de production et de distribution : chaîne plus courte entre producteurs et consommateurs, meilleure prise en compte des cycles naturels, agriculture biologique... Mais cela ne doit pas se traduire par des effondrements de la production et par le reniement des nouvelles technologies !
Produire et protéger, voilà les deux mots d'ordre. Ils ne peuvent aller l'un sans l'autre. Il est donc impératif de continuer à développer une agriculture raisonnée. Respectueuse des hommes, de la terre et de l'eau.
C'est justement pour cela qu'il est vital d'investir dans l'innovation et la recherche. Avec sagesse mais avec détermination. Considérons enfin l'agriculture française pour ce qu'elle doit être. Un segment très stratégique, à haute valeur ajoutée. Un gisement d'emploi, notamment grâce à l'industrie agroalimentaire. Une source d'innovation permanente. Une activité qui demande une régulation intelligente à l'échelle nationale, européenne et internationale.
Dans le documentaire de Depardon, lorsque le père agriculteur répond à propos de son métier : « Ça n'existera plus », le fils répond du tact au tact : « Si !». Nous devons donner raison à cet enfant !
Parce qu'aider un jeune à réaliser sa vocation est la meilleure politique pour un pays. Parce que la sécurité et la croissance de la France et de l'Europe sont en jeu !
Jean-François Copé
Photo: Récolte d'un champ de blé près de Cambrai (Nord) Reuters
Mis à jour le 02/06/2009 à 9h39








































Je suis une lectrice assidue de Slate.fr et je ne manque pas de lire toutes vos chroniques.
Votre langue est si convenue qu'on a parfois l'impression que vous recyclez vos cours de l'E.N.A..
Peu importe si ce que vous écrivez a de l'intérêt comme votre chronique de ce jour sur l'avenir de notre agriculture.
Mais hélas ! lorsque à la fin de votre raisonnement, et juste au moment où vous vous éloignez de la question de cours en essayant de mettre un peu de vie dans votre discours, vous lâchez, tout à trac, une bourde linguistique, l'effet comique est si grand, qu'instantanément, on oublie tout ce qu'on vient de lire dans un grand éclat de rire dévastateur.
Quel Sens donner à votre article?
Le premier c'est celui, classique, de la défense des intérêts agricoles nationaux, protectionnistes, corporatistes; exploitation financière du système européen, barrières des normes contre les pays du sud et ceux de l'est européen... Je dis bien intérêts agricoles et non intérêt de l'agriculture ou des agriculteurs. Il suffit de voir l'histoire des 60 dernières années et celle du syndicalisme agricole en France. On dirait donc un discours électoraliste classique bien documenté.
Le second c'est celui de la tentative de définition d'un système économique qui intègre la complexité de la problématique nationale mais aussi européenne et internationale. Là il y a un peu tous les ingrédients sans vision cohérente. On se situe au noeud de la contradiction des radicalités libérales / protectionnistes dont vous refusez les deux pôles à juste titre mais sans que se dégage une logique, des principes justes et généralisables.
Le troisième pourrait être celui implicite d'un nouveau modèle économique celui de l'économie communautaire. Deux formules pourraient en être significatives : « politique agricole commune » « la préférence communautaire ». Il s'agit là de l'Europe entendue comme communauté. Pourquoi n'aurait-elle pas en effet de politique agricole, commune par définition? Pourquoi ses enjeux communautaires ne seraient-ils pas au premier rang de ses préoccupations? Il n'y a que la croyance dans une économie systémique a-communautaire qui puisse s'y opposer interprétant comme protectionnisme ce qui intervient dans le système, universel par définition (conceptuelle). L'argument autarcique vient habituellement dénoncer cette hétérodoxie économiste. La crise financière à montré la faillite de cette croyance mais les esprits formatés par les idéologies normatives et rationalistes sont toujours à l'oeuvre notamment à l'OMC qui semble pourtant être paradoxalement un champ de rapports de forces protectionnistes. On en voit les résultats.
En fait l'agriculture est un bon exemple de ce que peut être une économie communautaire. Le fait qu'elle ne soit pas totalement « hors sol » d'un côté et que la nourriture quotidienne de tous les êtres humains y soit encore attachée milite en faveur d'une considération « locale » de l'agriculture et l'économie agricole. Mais ce qui est valable pour l'Europe et d'autres continents l'est pour chaque pays, chaque région, chaque commune presque en tant qu'espace d'échanges de proximité. Chaque communauté majeure doit forcément assumer en premier lieu les conditions de sa subsistance. De ce fait une « politique agricole commune », une « priorité communautaire » est un impératif pour toute communauté majeure que ce soit une communauté de proximité micro-locale d'échanges directs, que ce soit une économie de marchés, simultanément d'échelle locale, régionale, nationale ou même européenne. L'économie mondiale elle même dès lors qu'une communauté monde est reconnue doit se doter des mêmes principes.
Mais comment distinguer économie communautaire localisée et protectionnisme? D'abord assurer la sécurité de subsistance communautaire est la moindre des choses, un droit de l'homme en communauté ou des communautés humaines et aussi un devoir. C'est pour cela que le systémisme économiste est un scandale que l'ont va enfin pouvoir remettre en question. Il dissocie la valeur et les valeurs s'appuyant paradoxalement sur une conception individualiste radicale. Ensuite il faut considérer que cette autonomie de subsistance est la plus facile à réguler selon les pratiques culturelles propres, et les échelles de valeurs issues d'un Sens du bien commun spécifique. Les normes a-culturelles son souvent meurtrières en tout cas en détruisant des façons culturelles elles en détruisent le Sens.
Il ne s'agit pas là d'un plaidoyer pour un traditionalisme régressif. En effet l'enjeu communautaire ne peut être assumé en dehors d'échanges intercommunautaires selon le niveau de maturité et de capacité de participation à d'autres niveaux de marchés communautaires. Si la priorité est à la subsistance cela ne veut pas dire qu'elle ne s'appuie pas sur des échanges à plus grande échelle à condition qu'ils soient choisis et maîtrisés. Ainsi l'agriculteur inscrit dans une économie de proximité locale est-il aussi inscrit dans une ou plusieurs économies de marchés régionaux, nationaux, européens, ou même l'économie mondiale. Ce n'est pas du tout le même exercice. La participation multicommunautaire et à des ensembles communautaires fait partie des principes de l'économie communautaire. L'agriculture est une fonction de base de toute culture communautaire et ce à toutes les échelles. C'est à ce titre qu'elle est un pilier de l'économie communautaire dès lors que l'abstraction intellectuelle de l'économisme systémique d'un côté et les pesanteurs des archaïsmes de l'autre sont dépassés. A chaque agriculteur de choisir ses niveaux de participation aux économies communautaires et à chaque communauté d'assurer le développement approprié de son économie y compris dans ses relations inter-communautaires.
Ce principe doit être le même à toutes les échelles. A quand les « politiques agricoles communes » locales, régionales, nationales, européennes, transnationales, transcontinentales etc. Alors à quand une politique agricole méditerranéenne? Africaine, euro africaine, à toutes les échelles comme par exemple entre coopératives agricoles françaises et telle région du Sénégal ou de Madagascar. Utopie que l'économie communautaire? Mais ça existe déjà, la mutation est déjà engagée. Il suffit de le voir, de l'assumer, de se débarrasser des paradigmes économiques devenus obsolètes mais aussi de reconstruire une science économique humainement réaliste, c'est-à-dire qui ne se contente pas de gérer des choses mais des affaires humaines, toujours communautaires.
Vous dites que l'Europe serait hors jeu si l'on laissait jouer le libre marché. C'est assez inquiétant non?
Ça veut dire soit que la production agricole européenne est insuffisante, de mauvaise qualité, etc.
Soit que, comme vous l'évoquez, il y a plus de normes à respecter qui augmentent les coûts quand bien même la productivité serait élevée. C'est à mon avis tout aussi inquiétant pour les pays producteurs de cette "nourriture au rabais"
Mais à vrai dire je ne pense pas que ce soit le coeur du problème. L'agriculture européenne ne pourrait pour l'instant qu'être concurrencée par celle d'autres pays développés, USA et Australie par exemple, et éventuellement de pays en développement (le Brésil). Mais le blé par exemple est une production de pays riche, grandes plaines nord-américaines, Picardie et Bassin Parisien, grandes plaines d'Europe de l'Est. Le vrai problème c'est qu'à l'heure actuelle il n'est pas possible d'obliger les Etats Unis à renoncer à leur politique agricole, et qu'effectivement dans ce cas là, renoncer à la PAC serait du suicide. Mais il ne s'agit que peu d'augmentation des rendements ou de libéralisation, il s'agit de force de persuasion dans les négociations et cette force l'Europe ne l'a pas car si la France arrive tant bien que mal à défendre la PAC, elle ne fédère pas le reste de l'Europe autour d'elle dans les négociations avec le reste du monde.
Donc pourquoi pas la préférence communautaire pour le blé français par rapport au blé américain subventionné, mais quand la préférence communautaire va aux bananes de martiniques par rapport à celles de côte d'ivoire, on peut déjà se poser plus de questions (la première étant, a-t-on besoin d'importer et de manger des bananes?). Nous ne devons pas ignorer les positions des pays les moins développés, c'est pourtant ce qui est fait, j'ai pris l'exemple des bananes ivoiriennes, on peut aussi parler du coton malien par rapport à celui des Etats-Unis
"chaque grande région doit être capable de se nourrir et d'exporter" Pourquoi? Que chaque grande région doive être capable de se nourrir, d'accord, mais dans ce cas là, à qui exporter? à une région qui ne fait pas partie de "chaque grande région" et qui ait besoin d'être nourrie? Pourquoi exporter? Pour faire des surplus ailleurs et jeter ou pour créer des générations d'obèses?
Ou bien vous sous entendez dans le "être capable de se nourrir" d'avoir les moyens financiers d'acheter à manger, dans ce cas là il vaut mieux laisser jouer le marché, ça fera baisser les prix.
Il faut doubler la production mondiale d'ici à 2050? Sùrement, je n'ai pas les chiffres, mais je ne vois pas en quoi cela implique de protéger la PAC. L'Europe est déjà autosuffisante et elle produit même plus qu'elle ne consomme, cela n'empêche pas les famines, et je ne suis pas sûr que l'augmentation de la population mondiale des 50 prochaines années soit majoritairement le fait de l'Europe.
Mais avant de doubler la production, on pourrait s'interroger sur nos modes de consommation. Ces modes de consommation selon vous doivent pousser à une augmentation de la production. Je ne peux m'empêcher de voir le gaspillage généralisé, la surconsommation de viande, de friandises, de fruits hors saison, etc derrière cette apellation de "nouveaux modes de consommation". Peut être faudrait-il changer nos habitudes d'abord, les pâturages occupent 26% de la surface émergée de la terre et les cultures destinées à l'alimentation animale un tiers des terres arables...
D'accord pour une régulation mondiale, mais cette régulation doit faire qu'il est intéressant pour chaque région de produire de quoi nourrir ses habitants dans le respect de l'environnement. C'est une évidence, mais en creusant un peu, cela signifie de revenir à des modes d'alimentation traditionnels, on ne peut pas cultiver du blé dans toutes les régions du globe. L'Australie est en train de vivre un véritable désastre écologique, après avoir notamment essayé de faire... du riz, et oui, aujourd'hui l'eau manque!
La question, qui a déjà été posée dans un article de slate (sur l'inutilité des petits pas pour sauver l'environnement et la volonté ou non de renoncer à nos modèles de civilisation) est de savoir si on serait prêt à renoncer à un certain nombre d'aliments exotiques et/ou dangereux à cultiver sur nos sols (on peut très bien faire du riz en australie, mais la consommation d'eau est énorme).
Si la réponse est non, il faudra trouver des solutions pour augmenter la production effectivement, pour protéger les producteurs et pour échanger des denrées que l'on ne pourra pas produire, et les échanger sans injustice pour les pays qui ne peuvent subventionner leur agriculture.
Si la réponse est oui alors il ne faut pas enterrer si vite les propositions de l'agriculture à l'ancienne
Allons-nous reproduire avec l'agriculture ce qui s'est passé avec l'automobile ?
Je trouve votre démarche similaire à celle suivie par les constructeurs automobiles.
Ils n'auraient pas " vu venir la raréfaction du pétrole " et anticiper ses conséquences. Ils ont laissé perdurer les moteurs thermiques pour amortir les investissements faits. Le recours aux biocarburants va dans ce sens. Comme s'il fallait utiliser jusqu'à la dernière goutte de pétrole avant de changer.
L'explosion du prix du carburant a crée une prise de conscience chez certains consommateurs. Les énergies fossiles vont disparaître à terme. Le moteur thermique est un luxe et une voie sans issue. Certains consommateurs anticipent et changent de mode de consommation, de comportement.
Que font les constructeurs ? Il y a-t-il un réel virage de pris pour changer ? Un peu d'électricité par ici, de l'hybride par là mais au fond on ne change rien. Malgré les dégâts vus et ceux à venir. Il est difficile de gérer un changement de technologie. A quel moment le consommateur va-t-il changer ? Que fait-on des stocks invendables ? Pertes en perspectives et licenciements à la clé à venir.
Je vous recopie : Si nous voulons nourrir tout le monde, il ne faut pas produire moins, mais plus ET mieux. Avec ce raisonnement : Bis repetita placent.
Est-ce difficile de comprendre que la Terre ne peut s'agrandir et ses ressources sont limitées ? L'eau (salée) va monter, Des surfaces constructibles et arables vont disparaître. Les populations vont se regrouper sur des surfaces plus petites. Combien de propriétaires seront ruinés par la montée des eaux. Les assurances ne paieront pas ; c'est prévisible. Chut, ne rien dire. On continue à construire en bord de mer. Argent et marché.
Si la population mondiale continue de croitre, où ira-t-on ? Famines, émeutes, guerres. Les premiers besoins sont boire et manger. Plus question de puissance mais de survie. Les futures guerres alimentaires seront sans merci. Relisez les témoignages des personnes dans les camps de concentration. Ce à quoi elles ont été contraintes pour survivre. En tirons-nous des leçons pour que ces souffrances n'aient pas été vaines ?
Dans votre phrase, il y a 2 variables : production et population. Vous semblez n'en voir qu'une. Et agir sur la variable " monde " ? Qu'en pensez-vous ?
Plus ? Comment ? Jusqu'où ? La mer se vide de ses poissons mais vous dîtes mieux et plus. Si on la vide mieux, est-ce un plus ?
Mieux, aujourd'hui, c'est plus de vaches donc de méthane, de viande, de lait, d'engrais, de pesticides, de la même chose que l'on fait, que l'on sait faire, que l'on maîtrise et qui rapporte. Avec à la fin, plus d'obèses, de maladies diverses dues à une alimentation sujette à caution, de conséquences inconnues et non prévisibles. On découvre que la pilule agit sur le milieu naturel et entraine une féminisation de certaines espèces. Qui peut affirmer que pesticides, engrais, nitrates et autres trucs du même genre seront sans effet sur la santé. Plus de malades, c'est plus de médecins, de laboratoires, de médicaments. On tourne encore autour de l'argent. Comme pour la voiture, on fait durer l'existant pour amortir et maintenir sa puissance. Dommages collatéraux ? Quelle importance. Ne rien changer, ça rapporte.
Le lait, c'est bien quand, enfant, on est en période de croissance, mais après ? L'homme est le seul mammifère qui boit du lait après sevrage ; ça n'interpelle pas grand monde ! Et la publicité qui incite, encore et toujours à consommer du lait.
Anticiper et agir sur la variable " monde " - au niveau mondial - pour éviter des carnages et autres atrocités à venir, n'est-ce pas de la responsabilité des dirigeants ? Il faudra un jour y arriver ; c'est une responsabilité politique terrible d'inciter à une limitation des naissances, au niveau mondial. N'en déplaise à beaucoup, le problème est là, il existe, il va nous sauter à la tête – enfin celle de nos descendants - et il nous faut l'étudier maintenant.
Des bébés qu'on enfante par tous les moyens alors qu'il y a plein d'enfants à adopter, n'est-ce pas une ineptie ? Oui, mais tant d'argent derrière.
Continuer à produire des voitures qui ne se vendent plus - c'est cher et les salaires stagnent - n'est-ce pas inappropriée à la situation ? Oui, mais loi de marché et domination.
Ne faut-il pas anticiper pour éviter de reproduire avec l'agriculture ce que l'on n'a pas voulu anticiper avec le pétrole ? Vous écrivez à juste titre : Les fruits de la terre ne sont pas des biens comme les autres. Exact mais allez jusqu'au bout du raisonnement, c'est produire localement et partout avant d'exporter.
La politique du produire plus me paraît n'être qu'une fuite en avant qui laisse aux générations suivantes, la gestion de sérieux soucis crées par les générations précédentes.
Pour produire plus, il faut que toutes les variables concernées soient inépuisables. Les ressources de la Terre ne sont pas infinies. Produire plus ne tient pas compte de la réalité. N'est-ce pas un mensonge politique ?
Si nous commencions à produire autant mais mieux, en évitant les inconvénients identifiés, en récupérant ce qui peut l'être, en recyclant. Non, on innove dans la continuité. On reste dans la loi de marché. Les OGM, c'est la loi du plus et du marché sans se soucier des conséquences comme avec la pilule.
C'est moins onéreux d'épuiser l'énergie existante – tant pis pour les dommages collatéraux pourvu que certains s'enrichissent - que de chercher à produire une autre énergie. Si l'on tient pour vrai ce qu'a énoncé un certain Lavoisier " rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ", alors le soleil, l'eau, le vent et le recyclage devraient fournir d'autres sources d'énergie et donc des emplois.
Les politiques me semblent ne savoir gérer que l'existant sans vision d'un demain possible autrement et sans le courage de changer de cap pour ne pas déplaire aux copains qui tiennent les rênes économiques et financières.
La loi du marché nous a mené où nous en sommes. Nous allons droit dans le mur de l'impasse où nous sommes engagés.
Vous identifiez les menaces. Que proposez-vous ? Plus, plus, plus alors que ce n'est pas possible. Ne pensez-vous pas qu'il faille changer d'approche et de comportement ?
Le courage politique n'est-il pas justement là ? Affronter la réalité et la traiter. Quand changeons-nous tous et non individuellement, de mode d'emploi ?