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Le golf a-t-il besoin de grandes stars?

Yannick Cochennec, mis à jour le 19.07.2012 à 9 h 19

Contrairement au tennis, qui est dominé depuis plusieurs années par trois joueurs, le golf n'a plus de star depuis le déclin de Tiger Woods. Est-ce une mauvaise chose?

Le golfeur Matt Davidson à Miami le 2 mars 2005, REUTERS/Marc Serota

Le golfeur Matt Davidson à Miami le 2 mars 2005, REUTERS/Marc Serota

Le British Open, troisième tournoi majeur de la saison qui se déroule du 19 au 22 juillet sur le parcours du Royal Lytham & St. Annes dans le Lancashire, en Angleterre, va-t-il rétablir un semblant d’ordre sur le circuit professionnel de golf? La question se pose alors que depuis le Masters 2009, 15 vainqueurs différents se sont succédé consécutivement dans les épreuves du Grand Chelem. Oui, 15, avec le fait, étonnant, que pour les neuf derniers, il s’agissait même d’une première à ce niveau de la compétition. De l’Argentin Angel Cabrera au Masters 2009 à l’Américain Webb Simpson à l’US Open 2012, il y en a eu pour tous les goûts et pour tous les styles.

Ce sont des statistiques exceptionnelles, mais elles ne sont pas inédites dans l’histoire de ce sport. De 1983 à 1987, à une époque où Jack Nicklaus, Tom Watson et Severiano Ballesteros rayonnaient encore, 18 joueurs différents de suite s’arrogèrent les honneurs les plus prestigieux du golf. De 1994 à 1998, 15 autres vainqueurs différents furent aussi comptabilisés lors des tournois majeurs.

Ce British Open pourrait constituer une marche supplémentaire vers un record sachant qu’en revanche, une série de neuf «novices» d’affilée, cela n’était jamais arrivé (le record précédent était de huit). Précisons que six des 15 n’étaient même pas recensés parmi les 50 meilleurs mondiaux lorsqu’ils se sont distingués.

Comme l’on dit souvent de l’autre côté de la Manche à propos du golf, «it’s anybody’s game», c’est-à-dire que tout le monde, ou presque, peut espérer s’y imposer à la différence d’autres sports. A l’heure actuelle, le golf est même l’absolu contraire du tennis où 29 des 30 derniers vainqueurs dans le Grand Chelem ont été les trois mêmes champions: Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic. A la versatilité d’une discipline, ouverte à tous les vents des surprises, s’oppose la relative fermeture d’une autre annexée par ce trio carnassier.

L'après Tiger Woods

Cette période d’instabilité pour le golf est d’autant plus troublante que l’actuel n°1 mondial, l’Anglais Luke Donald, n’a jamais gagné le moindre tournoi majeur et pourrait tout à fait devenir, dimanche 22 juillet, le 16e joueur différent à triompher et le 10e «petit nouveau» à réussir cette prouesse. Et d’autant plus étrange à analyser que parmi les 15 joueurs en question ne figure pas le nom de Tiger Woods, privé de victoire dans un tournoi majeur depuis l’US Open 2008. Lui aussi pourrait donc être le n°16 au terme du week-end passé sur les links de la côte Ouest de l’Angleterre.

En quelque sorte, cette phase chaotique est d’ailleurs la «faute» de Tiger Woods. Au temps de sa domination implacable, l’Américain avait tendance, au contraire, à mettre le circuit sous la coupe de son talent. Entre 1999 et 2008, il avait ainsi «cannibalisé» 13 des 35 tournois majeurs disputés, soit plus d’un sur trois, ratio énorme en golf. Depuis son relatif déclin, conséquence de blessures physiques et personnelles, le désordre s’est installé dans un sport où l’aléatoire est plus important qu’ailleurs.

En effet, s’évertuer à chercher une logique au golf n’a souvent aucun sens. Un joueur peut aborder un tournoi blindé de confiance parce qu’il aurait brillé lors de deux ou trois tournois préparatoires et ne pas réussir à franchir le «cut» au moment fatidique quelques jours plus tard.

A l’inverse, un golfeur en manque de repères et à la recherche de certitudes, à l’image de Webb Simpson en juin à l’US Open, peut sortir de nulle part et arriver à brûler la politesse aux plus en forme du moment. Par nature, le golf est irrationnel notamment parce que la surface de jeu -le parcours- change constamment sur les circuits professionnels. Le joueur du dimanche le sait bien également. D’une semaine à l’autre et sans explication, il passe de la félicité au désespoir le plus complet.

Manque de star ou belle densité?

Il y a deux manières de regarder le charivari actuel du golf international. Chaussé de lunettes noires, un observateur aura une lecture pessimiste de cette période en relevant que tout sport a besoin de stars et de rivalités affirmées à son sommet pour attirer le regard du public, à l’instar du tennis ou du football avec l’opposition Real de Madrid-FC Barcelone, et qu’une succession de vainqueurs différents déroute les spectateurs qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Avec des lunettes roses, il y verra la preuve d’une densité extrême en remarquant que parmi les 15 joueurs en question, six des huit derniers consacrés avaient moins de 30 ans: Louis Oosthuizen, Martin Kaymer, Charl Schwartzl, Rory McIlroy, Keegan Bradley et Webb Simpson. A l’évidence, cette jeunesse est le signe d’une certaine vitalité et le marqueur d’un changement de générations. Ces forces nouvelles vont seulement devoir apprendre à confirmer leurs promesses -et cela ne va pas de soi- pour parvenir à nous habituer à eux.

Là encore, de manière étrange, le golf est à rebours du tennis où il ne fait plus bon être jeune pour triompher au plus haut niveau. Lors du dernier Wimbledon, ils étaient cinq trentenaires parmi les huit quarts de finaliste, un total jamais atteint depuis 1975, confirmant une tendance générale constatée au cours des mois précédents. Le golf, sport de «jeunes» et le tennis sport de «vieux»? Jusqu’à l’exception qui mettra un point final à cette autre loi des séries…

Yannick Cochennec

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