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Bronzer en restant vert?

Nina Shen Rastogi, mis à jour le 19.07.2010 à 15 h 35

Crèmes solaires et respect de l’environnement: nouveau dilemme.

Ma «crème solaire» rime-t-elle avec «vert»? Je viens de passer un week-end entier à paresser sur la plage, tartinée d'une crème à visée bronzante. Mais puis-je me protéger de la Nature sans, pour autant, la mettre en danger ? Ma crème favorite sous le soleil menace-t-elle la planète?

La plupart des gens savent aujourd'hui que les produits qui composent les médicaments, les savons et tous les produits cosmétiques finissent par se retrouver dans la nature. Là, ils sont susceptible de semer la zizanie au sein de la faune et de la flore. Certes, les crèmes solaires n'ont encore jamais inquiété outre mesure les chercheurs, à la différence d'autres produits, comme les pilules contraceptives par exemple. Il n'en reste pas moins vrai que ces dernières années, les scientifiques ont  commencé à y regarder de plus près. Et beaucoup reste à découvrir.

Comment déterminer la dangerosité potentielle d'une crème solaire vis-à-vis de l'environnement? Il faut pour cela consulter la liste des principes actifs qui rentre dans sa composition. L'affaire est en fait bien plus compliquée qu'elle peut en avoir l'air au premier abord. C'est ainsi que la plupart des crèmes solaires en vente aux Etats-Unis contiennent une combinaison de 17 ingrédients actifs approuvés par la FDA [Food and Drug Administration]. Deux sont des minéraux (oxyde de zinc et dioxyde de titane), tandis que tous les autres sont des composés chimiques à base de carbone, comme l'«octinoxate», l' «oxybenzone» et l'«octisalate», etc .  le nom de chaque substance  pouvant en outre varier selon les marques.

Ces deux catégories d'ingrédients soulèvent, potentiellement, différents problèmes sanitaires environnementaux. Pour ce qui est des minéraux, on s'inquiète déjà de la présence grandissante de nouvelles nano-formulations d'oxyde de zinc et de dioxyde de titane. Des études suggèrent que ces minuscules particules bloquent les rayons ultra-violets (UV) avec plus d'efficacité que leurs équivalentes de plus grande taille. Et d'autres études, moins nombreuses, tendent à démontrer qu'elles ne peuvent pénétrer au sein des peaux saines, Il n'en reste pas moins vrai que de nombreux sceptiques affirment que les travaux de recherche menés jusqu'à aujourd'hui ne peuvent suffire à garantir l'innocuité de ce type de produit.

On sait d'autre part que certains composés chimiques contenus dans ces produits dermatologiques pourraient, en traversant la peau, en provoquer des bouleversements des fonctions endocriniennes,  dérégler les hormones et les fonctions reproductrices de celles et ceux qui y ont recours.

La santé des hommes et la santé de la planète peuvent certes être tenus pour deux sujets bien différents. Malgré tout ils sont liés: tout produit minéral ou chimique potentiellement dangereux pour l'homme pourrait également menacer la faune et la flore, déstabiliser les écosystèmes. Les études dans ce domaine ne sont pas exhaustives. Mais certains chercheurs ont déjà pu détecter des niveaux élevés de filtres chimiques à UV dans des lacs, des océans et des rivières du monde entier; avec des concentrations importantes à proximité des usines de retraitement des eaux usées. (Il reste à savoir si les minéraux en question viennent des crèmes solaires; il est en effet encore difficile de déterminer si ces compositions sont naturelles ou si — même dans le cas des nano-particules — elles sont le produit de synthèses ou de phénomènes d'érosions naturelles).

Certains spécialistes de toxicologie estiment que l'accumulation des ingrédients des deux sortes de filtres UV dans l'environnement est un phénomène inquiétant. Ils postulent que ces substances pourraient bientôt coloniser les cellules des poissons ou  d'autres formes de vie sous-marines. Une série d'études conduites en Suisse a relevé la présence de deux produits chimiques très courants dans l'organisme des poissons des lacs et des rivières sans que ce phénomène ne soit lié à des pathologies spécifiques chez ces animaux aquatiques.

L'un des produits chimiques analysé par les études suisses était le camphre 4-Methylbenzylidene (4-MBC), qui a fait l'objet d'une attention toute particulière à l'échelon international car il peut potentiellement dérégler l'appareil endocrinien: on a prouvé qu'il modifie le poids des nouveau-nés et les chances de survie chez le rat. Certes le 4-MBC ne fait pas partie des ingrédients actifs autorisés aux Etats-Unis. Cependant, le « Groupe de Travail Environnemental » a récemment découvert que cette particule potentiellement dangereuse apparaissait dans la liste de composition de trois crème solaire (et de quelques déodorants  masculins), en tant qu'ingrédient «non actif».

Nina Shen Rastogi
Nina Shen Rastogi (29 articles)
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