Life

Le monde selon Oops!: nos conseils pour réussir un bon journal people

Pierre Ancery et Clément Guillet, mis à jour le 31.01.2014 à 16 h 12

Pour cela, il faut mélanger quatre ingrédients: de la vie, de la sagesse, de la proximité et du vitriol.

Détail d'une une de Closer.

Détail d'une une de Closer.

La lecture de magazines people: typiquement le genre de truc que tout le monde pratique mais qui ne s'assume pas forcément en société. Ou alors, au second degré.

Pourtant, si tout le monde est au courant qu'Anne a largué Dominique, que Tom n'est plus avec Katie et que Johnny a jeté Vanessa pour Amber, c'est quand même grâce aux gens qui travaillent d'arrache-pied pour nous dégoter ces bons gros potins.

Que ce soient les fleurons de la presse à ragots comme Voici, Closer, Oops et Public ou leurs équivalents web Purepeople, News de star, Gossip ou Actustar, le cahier des charges est à peu près le même.

Un ingrédient de base: la vie du people

Sans anecdote people, pas de journal. Le principe est simple: il faut que les gens aient quelque chose à raconter à la machine à café. Les magazines people reposent sur l'idée toute bête qu'il faut bien causer de quelque chose. Et baver sur une tierce personne est le meilleur moyen de réunir deux individus qui n'ont rien à se dire.

Du coup, il faut donner aux lecteurs du croustillant. Par exemple, l'anecdote «Yoann Gourcuff se tape Karine Ferri» vous permettra de susciter rapidement l'intérêt du public: «Karine Ferri, celle qui sortait avec Grégory Lemarchal, cet ange parti trop tôt?» Voire vous permettra de déclencher une mini-controverse si quelqu'un vous objecte avec dédain que «Gourcuff est gay, c'est un secret de polichinelle».

D'autres fois, ça risque d'être un peu plus laborieux. Ainsi, on se demande vraiment qui peut être capable de relancer une discussion à partir d'une info de cet acabit: «Thomas de Secret Story: sa vraie nana dit tout à Public» (on apprend notamment dans cet entretien que le Thomas en question a «tout ce qu'il faut là où il faut»: nous l'en félicitons).

Concentré de sagesse populaire

Les magazines people, et les journalistes qui y travaillent, assument le rôle des concierges de jadis. En commentant la vie d'autrui, ils veillent à consolider la communauté; ce sont de formidables créateurs de lien social. Les Grecs de l'Antiquité observaient ensemble les amours et les déchirures de Zeus ou d'Athéna: nous communions en regardant Charlie Sheen et Britney Spears se vautrer dans le stupre et la cocaïne frelatée.

Comme les mythes de nos ancêtres, les magazines people assurent l'édification morale du public. Il s'agit, en donnant à voir les mœurs des célébrités, de distribuer les bons et les mauvais points. Dans Voici, l'acteur Woody Harrelson est félicité pour avoir donné 600 dollars à une SDF dans la rue; mais Kate Winslet est blâmée pour avoir refusé de signer un autographe à deux fans venues l'aborder dans l'avion. Closer veille, le Pape peut continuer sa sieste.

Oubliez les comptoirs de bistrot: désormais, la sagesse populaire a élu domicile dans les pages en papier glacé de Point de vue et autres Gala. Petit extrait de Oops!, à propos du couple Robert Pattinson – Kristen Stewart:

«Car depuis plusieurs semaines maintenant, il y a clairement de l'eau dans le gaz entre les deux tourtereaux. La faute, sans doute, comme pour beaucoup d'amants, au temps qui passe et à l'usure du quotidien. Pas facile, en effet de s'aimer comme au premier jour après plusieurs années.»

Voilà qui est dit, et bien dit.

Des gens comme nous, mais pas trop

On peut se demander pourquoi les magazines people sont à la fois les meilleurs apologues des stars, mais aussi leurs pires contempteurs. Car oui, un bon magazine people se doit d'être schizophrène: caresser d'une main et frapper de l'autre; susciter à la fois l’admiration et la moquerie; d'un même élan, rendre les stars lointaines et proches.

Pas si facile. Et pourtant: un article sur les robes à 5.000 euros d'Eva Longoria sur une page, un papier sur ses problèmes de couple sur l'autre, et l'affaire est emballée. Sans divinisation du people, le lecteur ne rêve pas. Sans identification, il s'en désintéresse. Il faut qu'il y ait les deux.

D'où ces séquences émouvantes où l'on voit Mariah Carey faire ses courses au marché, Gwen Stefani planter des fraises avec son fils ou Jennifer Aniston flâner dans les boutiques du Palais-Royal, comme Madame tout-le monde.

Mais d'où, aussi, les pages de fin entièrement consacrées à de la publicité pour des crèmes bronzantes et des cosmétiques minceur afin de «briller au soleil comme Eva Mendes» et «garder la forme comme Jessica Alba». On en viendrait presque à croire qu’avec sa dynamique divinisation/identification, le people est surtout un très bon vecteur de consommation. Le magazine se doit donc d’afficher sa litanie de produits de beauté censée faire croire au public féminin qu'il suffira de les appliquer pour mener la vie de Paris Hilton.

Vitriol sur papier glacé

Le message diffusé à chaque coin de page se doit d'être suffisamment clair: les stars sont des gens comme nous. Ça rassure les smicards et les complexés.

Les magazines people remettent la vie en ordre. Ils sont les garants de la paix sociale: en gommant toutes les inégalités, ils présentent un monde où tout le monde est pareil, où tout le monde souffre, et où toutes les souffrances se valent. Rihanna est multimillionnaire? Oui, mais ne l'enviez pas trop: elle a pris un peu de popotin ces derniers temps.

Malgré tout, il faut bien que les gens en aient pour leur argent. C'est bien gentil de montrer les célébrités dans des situations banales, mais n'oublions pas qu'à l'admiration pour la star se mêle bien souvent la jalousie.

Le lecteur est là aussi pour voir le sang couler. C'est vrai, quoi, déjà qu'il se rend vaguement compte en lisant Closer & co qu'à côté de celles de Rihanna, Patrick Bruel ou Beyoncé, sa vie est pourrie, il faut bien qu'on lui donne une petite compensation.

Du coup, on insiste aussi sur les «malheurs» des stars: tromperies, kilos en trop, ruptures. Le tout sans trop de compassion. L'idée est plutôt de se défouler un bon coup, quitte à verser dans la vengeance la plus expéditive.

Petit florilège de la rage punitive dont les rédacteurs de Voici ou Closer se font les porte-paroles: «Million boutons baby: Hilary Swank a une éruption cutanée», «Jessica Simpson: depuis la naissance de sa fille, elle se noie dans ses bourrelets», «Madonna, 53 ans : ça pend».

Loi impitoyable du showbiz, ce sont souvent les plus has-been qui prennent le plus cher. Conséquence logique d'un système où les people ne sont pas admirés pour ce qu'ils ont accompli, mais uniquement pour leur degré de célébrité; où les winners ont droit aux lauriers, et les losers au pilori.

Pierre Ancery et Clément Guillet

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