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Un léger parfum d'Europe au bahut

Les étudiants du Celsa, mis à jour le 31.05.2009 à 22 h 29

Propos croisés de profs et d'élèves des sections européennes.

A Vincennes. Charles Platiau / Reuters

A Vincennes. Charles Platiau / Reuters

A l'occasion des élections européennes, les étudiants journalistes du Celsa publient sur Slate une série d'enquêtes sur l'Europe. Aujourd'hui, à J-7, les sections européennes dans les collèges et lycées.

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Dans la foulée du traité de Maastricht, la France créait en 1992 les sections européennes. Elles accueillaient 125.000 élèves en 2002 et 227.000 aujourd'hui, selon le ministère de l'Education nationale. Ce succès croissant s'explique par les attentes que suscitent ces sections. «On est censés repartir avec un niveau plus élevé que les autres», explique Emma, actuellement en «Première euro» espagnol au lycée Camille-Pissarro de Pontoise (Val d'Oise). Et les professeurs le reconnaissent: les élèves de sections européennes ont un bien meilleur niveau en langues que leurs camarades qui suivent un cursus classique. «Ils ont une langue qui est bien maîtrisée en terminale, ils parlent presque couramment», assure Carrol Ojeda, professeur d'espagnol en section européenne au lycée Victor-Hugo de Colomiers, dans la banlieue toulousaine.

Les sections européennes offrent aux élèves, à partir de la 4e, deux heures supplémentaires de langue par semaine (allemand, anglais, espagnol, italien, néerlandais, portugais ou russe) et, à partir de la seconde, une heure de discipline non linguistique enseignée dans la langue choisie. Dans 70% des cas, il s'agit de l'histoire-géographie.

Si les élèves de sections européennes sont particulièrement doués en langues, c'est aussi et surtout parce que ce cursus attire les meilleurs. «Les élèves sont choisis sur dossier, ils ont un très bon niveau», rappelle Carrol Ojeda. La section européenne n'est donc pas la solution miracle aux difficultés des élèves. «Ça ne fait pas une différence radicale, il ne faut pas exagérer», reconnaît Alban Aucomte, professeur d'histoire-géographie en anglais au lycée Ambroise-Bruguière de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

D'ailleurs, avec le recul, les anciens élèves de s'interrogent sur l'utilité de ce parcours. «Ça n'a pas franchement amélioré ma connaissance de l'allemand», regrette Paul, qui a eu son bac au lycée Fabert de Metz (Moselle) en 2000, et qui travaille aujourd'hui ... à Londres. «Mon objectif, c'était d'être bilingue pour mon bac. Ça a foiré!, affirme Marie-Anne, bachelière en anglais en 2004 au lycée de l'Iroise à Brest (Finistère), aujourd'hui en école de commerce. Ce n'est pas suffisant de faire une classe européenne. Ça fait bien sur le CV mais ça ne change pas tant que ça. Dire que tu es parti un mois aux Etats-Unis a plus d'impact.» Elle a donc décidé de partir en stage cinq mois, à Londres, durant sa troisième année de licence de Langues étrangères appliquées. Elle parle aujourd'hui couramment anglais.

Les professeurs en sections européennes ont tendance à assurer à leurs élèves que ce cursus les aidera à intégrer des écoles de commerce ou des prépas. Marie-Noëlle Koebel, directrice des études et des admissions de l'ESSEC MBA, assure que si cette mention a une quelconque influence, ce ne peut être qu'au niveau des classes préparatoires, préalables à l'admission dans l'établissement. Or ce ne semble pas être le cas: le service des classes préparatoires du lycée Janson-de-Sailly, à Paris, affirme qu' «il n'y a pas d'attention particulière portée à ces dossiers».

L'intérêt majeur de ces sections vient de l'accent mis sur la culture et la civilisation. «Ça nous permet d'approfondir le côté culturel, que les cours de langue habituels ne nous permettent pas de développer suffisamment», explique Stefania Bravin, professeur d'espagnol au lycée Lavoisier de Mulhouse (Haut-Rhin). Une démarche qu'apprécient généralement les élèves. «Je voulais voir l'allemand différemment, parce qu'on étudiait plus l'art, les écrivains, qu'on allait voir des expos à Paris», affirme Lucile, en terminale S allemand au lycée Fragonard de l'Isle-Adam (Val-d'Oise).

L'approche culturelle est également favorisée par les voyages, obligatoires en sections européennes. La plupart des lycées mettent leurs élèves en relation avec des correspondants, qu'ils accueilleront et chez qui ils séjourneront une semaine. «Il y a deux demi-journées de cours avec les correspondants, pour bien se rendre compte du fonctionnement différent d'un établissement espagnol», se félicite Stefania Bravin. Le lycée Victor-Hugo de Colomiers envoie même ses élèves de première en sections européennes faire un stage en entreprise d'une semaine.

Le développement de ce cursus dépasse aujourd'hui l'objectif que s'était fixé le ministère de l'Education nationale en 2005. Alors qu'il souhaitait augmenter le nombre de sections européennes de 20% à l'horizon 2010, la hausse était de 37% à la rentrée 2008 (4.933 sections en 2008 contre 3.602 en 2004). Pourtant, certains attendent un engagement plus fort. «C'est complètement insuffisant. Ça ne concerne que 30 élèves par niveau sur 1.700 ou 1.800 élèves, c'est une goutte d'eau, déplore Claire Ducommun professeur d'anglais au lycée Victor-Hugo de Colomiers. On ouvre des sections européennes par-ci, par-là pour faire vitrine, puis derrière il n'y a pas grand-chose. »

Elsa Maudet

Image de une: A Vincennes. Charles Platiau / Reuters

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