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Et si on choisissait notre météo?

Olivier Clairouin, mis à jour le 17.07.2012 à 7 h 00

Des techniques pour modifier le temps qu’il fait sont testées depuis plus d’un demi-siècle, mais leur efficacité reste encore à prouver.

Des Chinois tentent de provoquer des pluies grâce au lancement d'un projectile sur les nuages, en 2006. REUTERS/China Daily.

Des Chinois tentent de provoquer des pluies grâce au lancement d'un projectile sur les nuages, en 2006. REUTERS/China Daily.

Vous habitez dans la moitié nord de la France et vous êtes frustré de soleil depuis deux mois? Vous feriez bien de jeter un oeil à la Russie: le 9 mai dernier, comme chaque année, les forces armées russes ont défilé sur la place Rouge, et, comme chaque année, les soldats ont battu le pavé sans qu’une goutte de pluie ne vienne perturber le ballet des chars et des lance-missiles.

Depuis les années 1980, les autorités russes prétendent en effet être en mesure d’influencer le climat par l’intermédiaire du Service d’hydrométéorologie et de surveillance de l’environnement de Russie (Roshydromet). En 2010, le maire de Moscou a proposé de recourir l’hiver aux mêmes techniques utilisées lors des grandes célébrations nationales afin d’empêcher les tempêtes de neige de fondre sur Moscou et économiser ainsi sur le déblaiement.

La Russie est loin d’être la seule à jouer avec le ciel. Lors des Jeux olympiques de 2008, la Chine a affirmé que le temps clément était le fait de son unité spéciale et le pays continue aujourd’hui d'allouer des moyens colossaux à «l’ajustement» des conditions météorologiques. De son côté, la Thaïlande assure augmenter la pluviosité de 109% grâce à un escadron particulier qui répand dans l’atmosphère un mélange de chlorure de sodium et de neige carbonique. En Australie, on tente d'augmenter les précipitations de pluie et de neige depuis 1947.

Même la France s’y est intéressée. Dans les années 1960 et 1970, sur le plateau de Lannemezan, le météorologue Henri Dessens avait installé le «météotron», une batterie impressionante de brûleurs à fioul dont la fonction était de créer des nuages. Aujourd’hui, le Centre de recherche atmosphérique (CRA) explique avoir abandonné toute recherche sur la modification artificielle du temps mais le CNRS continue de réfléchir à la question et des organismes comme l’Anelfa ou l’ACMG ont pris le relais.

Danses ancestrales et charlatans

Passés les danses de la pluie ancestrales et les charlatans du 19ème siècle, on date l’émergence des techniques de modification artificielle du temps à 1946. Cette année là, avec l’aide de Vincent Schaefer, Irving Langmuir est le premier à mettre au point une méthode pour créer de la pluie artificiellement. C’est la naissance de l’ensemencement des nuages.

Le principe est relativement simple. Un avion ou un engin placé au sol pulvérise un produit (le plus souvent des sels d’iodure d’argent ou plus récemment des sels hygroscopiques) sur les nuages. Celui-ci accélère l’agglomération des gouttelettes d’eau, ce qui peut déclencher la pluie dans les conditions atmosphériques adéquates.

Ca, c’est pour la théorie. Dans les faits, personne encore n’est parvenu à prouver de manière certaine l’efficacité de ce type de dispositif. «Quand on fait une intervention dans un nuage et que celui-ci donne de la pluie, on n'est incapable de dire ce qui se serait passé si on n'avait rien fait», avoue Jean-Pierre Chalon, météorologue et auteur en 2011 du livre Faire la pluie ou le beau temps. Membre pendant vingt ans de l’Organisation météorologique mondiale, où il a présidé le groupe d’experts chargé de suivre les recherches sur la modification du temps, il a notamment participé à une expérience menée pendant cinq ans aux Etats-Unis et qui n’a débouché sur aucun résultat probant.

Selon lui, on compte très peu de cas figures où les effets de l’ensemencement sont avérés. Il n’y a que lorsque les nuages sont «peu épais» ou s’il s’agit «de brouillards à des températures négatives» que l’on parvient à les influencer. Au-delà d’une certaine taille, leur dynamique interne rend le pronostic impossible.

Fantasmes et rumeurs

Avoir la mainmise sur le temps fait en tout cas fantasmer. En 1986 déjà, une rumeur s’était répandue à vitesse grand V en Dordogne: des avions étaient considérés comme responsables de la sécheresse qui s’abattait sur la région. Aujourd’hui sur Internet, toute une série de personnes et d’associations dénoncent le projet américain HAARP -capable selon eux de déclencher des changements radicaux de la météo en agissant sur l’ionosphère- mais aussi les chemtrails, en référence aux traînées blanches que les avions laissent parfois derrière eux.

Certains considèrent que ces fumées sont la preuve d’un épandage massif dans le ciel visant à contrôler la météo. Une idée renforcée par le fait que les épandages ont déjà été utilisés secrétement par le passé à des fins militaires (notamment par les Etats-Unis au Vietnam, avec «l'opération Popeye»), même si de telles pratiques sont interdites depuis 1978 et la convention de l’Onu sur la modification de l’environnement.

Il existe cependant une explication plus rationnelle, sur laquelle s’accordent la grande majorité des scientifiques. Le passage de l’avion crée une dépression derrière son fuselage, ce qui engendre un refroidissement de l’air et permet à des particules de glace de se former grâce aux poussières transportées par l’engin.

Des idées plus ou moins réalistes

En matière de modification artificielle de l’environnement, l’enjeu dépasse aujourd’hui les frontières d’une région ou d’un pays. Réchauffement climatique oblige, la géoingénierie –les techniques consistant à agir sur le climat à grande échelle– connaît un regain d’intérêt et les idées plus ou moins réalistes se multiplient.

Pour Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, larguer un million de tonnes de soufre dans l’atmosphère diminuerait la température moyenne de la planète, comme c’est le cas lors de grandes éruptions volcaniques. Selon William Cotton, professeur à l’université du Colorado, aux Etats-Unis, ensemencer les cirrus (un type de nuage présent dans la couche supérieure de l’atmosphère) avec de la suie permettrait de les dissiper en attirant sur eux la lumière du Soleil, ce qui laisserait la Terre refroidir davantage.

Depuis 2010, sous l’impulsion de Bill Gates, on parle de «blanchir» les nuages afin d’augmenter leur pouvoir réfléchissant et réduire ainsi le réchauffement planétaire. L’année dernière, on a même évoqué la possibilité d'une flotte de bateaux sillonnant les océans et libérant dans l’air des embruns mêlés à des aérosols afin de réduire la température du globe de deux degrés.

Tous ces modèles butent néanmoins sur la même inconnue: l’impact environnemental des produits utilisés, qui pourraient potentiellement engendrer davantage de problèmes qu’ils n’en résolvent. L’utilisation du soufre, par exemple, mènerait sans doute à l’apparition de pluies acides aux effets désastreux. De quoi en refroidir plus d’un.

Olivier Clairouin

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