Monde

En Grèce, le gouvernement Samaras pourrait tomber plus vite qu'on ne le croit

Mehdi Zaaf, mis à jour le 16.07.2012 à 18 h 40

Démissions, dissensions internes, pressions européennes: le gouvernement de coalition formé au lendemain des élections du 17 juin a pris un très mauvais départ.

Le Premier ministre grec Antonis Samaras devant le Parlement, le 7 juillet 2012. REUTERS/Yorgos Karahalis.

Le Premier ministre grec Antonis Samaras devant le Parlement, le 7 juillet 2012. REUTERS/Yorgos Karahalis.

Le Parlement grec a accordé le 8 juillet sa confiance au gouvernement dit de «sauvetage national» soutenu par Nouvelle Démocratie, le Pasok et la Gauche démocratique. Avec 179 voix contre 121, le premier ministre Antonis Samaras et les Grecs peuvent dormir tranquille: la Grèce aurait enfin un gouvernement qui possède une majorité assez large pour ne pas être mis en danger au plus vite. C’est en tout cas l’apparence qu’il souhaite donner.

Si ces trois formations se sont contraintes à former un gouvernement axé autour du maintien de la Grèce dans la zone euro, elles ont pourtant effectué des campagnes différentes, et les responsables du Pasok et de la Gauche démocratique soutiennent de loin un gouvernement presque exclusivement composé de ministres Nouvelle Démocratie. 

La grande inconnue réside dans le maintien ou non de la Gauche démocratique de Fotis Kouvelis au gouvernement. On peut légitimement se demander quelle va être la position de ce parti de gauche modérée quand viendra le moment de voter de nouvelles mesures d’austérité, alors qu'il a fait campagne sur un retrait progressif du mémorandum de mai 2010 —les engagements en échange desquels la Grèce a été renflouée— et sur l’arrêt des réductions de salaires et des retraites. Le responsable de la politique économique de la Gauche démocratique a d'ailleurs déjà donné sa démission.

Au sein même de Nouvelle démocratie, certains commencent à manifester leur mécontentement, constatant l’abandon des promesses de renégociation. Peu après la formation du gouvernement, Vassilis Rapanos, le ministre des Finances, a démissionné, officiellement pour des raisons de santé, mais la presse grecque avait souligné que des désaccords étaient apparus avec le Premier ministre quant à la politique à appliquer.

Un grand argentier plus troïka que la troïka

Pour le remplacer, Antonis Samaras a fait un choix osé, celui de placer un ministre plus «troïka que la troïka» BCE/UE/FMI. Giannis Stournaras est le directeur et fondateur d’un think-tank libéral athénien, la Fondation pour la recherche économique et industrielle (IOBE). Il est par ailleurs membre de l’initiative KAPPA (Protection et valorisation des propriétés immobilières étatiques), une ONG néolibérale qui avait proposé au gouvernement Papandréou la vente des biens étatiques peu après le vote du premier mémorandum. A ses côtés, on retrouvait alors Stefanos Manos, actuel leader du parti néo-libéral Action, un des plus fervents partisans de l’austérité en Grèce.

Peu après celle du ministre de l’Economie, une autre démission était annoncée, celle de George Vernicos, secrétaire d’Etat aux Affaires maritimes. Son départ faisait suite à des critiques de la part du parti de gauche radicale Syriza (1) qui l’accusait de conflit d’intérêt, celui-ci étant issu d’une grande famille d’armateurs et surtout possédant une société offshore.

Dès le lendemain du vote de confiance, un troisième ministre démissionnait, le secrétaire d’Etat au Travail Nikos Nikolopoulos. Il expliquait son départ dans une lettre où il déplorait que le gouvernement n’ait pas lancé une renégociation immédiate sur les mesures de rigueur.

En trois semaines, le gouvernement a donc déjà subi trois démissions. Si deux de celles-ci sont liées de près ou de loin à des raisons politiques, le départ de Vernicos attire l'attention: le secrétaire d’Etat aux Affaires maritimes a en effet été contraint de se retirer consécutivement à de simples accusations de Syriza, qui appelait le gouvernement à respecter la loi, qui interdit à tout ministre de posséder une société offshore.

Quel rôle pour Syriza?

Se pose en effet la question du rôle de l’opposition dans les mois à venir. Même s’il ne peut bloquer le passage de mesures d’austérité, le parti de gauche radicale, qui bénéficie du statut d’opposition officielle, va pouvoir, par d’autres moyens, faire pression sur le gouvernement.

Syriza proposera prochainement deux projets de loi portant sur le rétablissement du salaire de base au niveau de 2011 et le règlement des dettes des ménages surendettés. En proposant des lois «anti-mémorandum» qui devront obligatoirement être discutées au Parlement, le deuxième parti de Grèce déstabilisera très probablement la majorité.

Gue répondront les députés de la coalition lorsqu'arriveront sur la table des projets ayant pour but l’amélioration des conditions de vie, promesse qu’avaient pourtant affichées leurs partis durant la campagne? Surtout, que pourra répondre la Gauche démocratique, dont les vues sont assez proches de celle de Syriza?

On peut donc s’attendre à l’apparition de fortes tensions au sein de la majorité. De nouvelles démissions pourraient bien survenir au plus vite, mettant en péril la coalition gouvernementale. La question se pose d’autant plus qu’au-delà des pressions internes, le gouvernement est victime de celles des responsables européens, qui n’entendent pas tolérer le moindre écart de la politique convenue avec les créanciers.

Antonis Samaras avait axé sa campagne électorale sur la promesse d’une renégociation du mémorandum. Faisant de ces élections un référendum entre l’euro ou la drachme, le nouveau Premier ministre se posait en défenseur de la monnaie commune. Il était celui qui irait faire face à Bruxelles, mener une «grande bataille» pour obtenir un allègement des termes du plan de sauvetage.

L'Europe n'adoucit pas son message

Se réjouissant de la victoire du leader de Nouvelle démocratie, les dirigeants européens n’ont pour autant jamais adouci leur message. «La Grèce doit tenir ses engagements», répètent-ils sans cesse.

Toute négociation, disent-ils, passe par la réalisation du programme tel qu’il a été convenu entre la Grèce et ses créanciers. «Sans cette condition, pas de discussion sur une quelconque facilitation à l’égard de la Grèce», écrivait le quotidien Kathimerini le 10 juillet. «Toute discussion à ce sujet ne sera lancée que si la troïka constate que les objectifs du programmes sont réalisés.»

La troïka a été très claire lors de sa venue entre le 5 et le 7 juillet. Les membres de la délégation ont demandé le «respect absolu de l’accord». Les journaux grecs ont d’ailleurs souligné que la question d’une renégociation n’a même pas été abordée durant cette visite.

Les membres du gouvernement grec ont insisté de leur côté sur toute leur «détermination» à réaliser les mesures nécessaires pour que le plan de sauvetage continue. Durant le discours de politique générale du gouvernement, Antonis Samaras a lourdement insisté sur le fait qu'il respecterait ses engagements.

La recette ne change pas: privatisations, licenciements, baisse des salaires. Et ces «nouvelles» mesures d’austérité doivent être appliquées au plus vite: la Grèce est toujours un pays en faillite, dépendante des aides qui lui sont apportées par la troïka, qui menace de ne pas les verser. La prochaine tranche d’aide de 31,5 milliards d'euros, qui devait initialement être versée dans le courant du mois d’août, pourrait être reportée au mois de septembre.

«Désétatisations», licenciements et baisses de salaires

Pour autant, ce que demande la troïka dépasse l’entendement. Afin d’éviter la faillite, elle exige l’application immédiate des mesures budgétaires qui étaient prévues dans le mémorandum II, voté au début de l’année. On compte tout d’abord parmi ces mesures la réduction de 12% des grilles de salaires spéciales de la fonction publique: une loi que le gouvernement envisagerait de voter cet été réduira les salaires de 200.000 agents dans les forces armées, la santé, la justice et les universités.

D’ici à la fin 2012, 15.000 fonctionnaires devront être licenciés, tandis que le gouvernement doit accélérer les procédures de fusion et la suppression d’organismes publics.

Les privatisations, «première priorité du gouvernement», doivent s’effectuer au plus vite. Antonis Samaras a annoncé la «désétatisation» (terme utilisé en Grèce) de l’entreprise publique d’électricité (DEI), de la société des paris sportifs (OPAP), de la banque agricole, de l’industrie sucrière et des chemins de fer (OSE). Sont également discutées les privatisations des compagnies d’approvisionnement de gaz naturel (DEPA et DESFA) et de la loterie d’Etat.

 

Le gouvernement n’a pas le choix: il doit appliquer ces mesures s’il souhaite éviter une faillite qui remettrait en cause toute la rhétorique qui a permis son élection. Que se passerait-il si la Grèce se faisait exclure de l’euro sous le gouvernement Samaras, qui avait promis qu’avec lui, le pays se maintiendrait dans la zone euro?

Alors même qu’il aurait intérêt à conserver un statu quo, il se trouve obligé de voter des mesures qui, par leur nature même, remettent en cause toutes ses promesses de campagne, qui semblent bien s’être déjà toutes envolées. Surtout, il va se trouver face à une opposition requinquée, qui profitera de la moindre occasion pour tenter de le déstabiliser, voire de le renverser en pointant les incohérences dont il fera preuve.

Mehdi Zaaf

(1) Dans un premier temps, l'article qualifiait Syriza d'extrême gauche, mais le qualificatif de gauche radicale convient mieux à la définition du mouvement. Retourner à l'article

Mehdi Zaaf
Mehdi Zaaf (3 articles)
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