En Grèce, le gouvernement Samaras pourrait tomber plus vite qu'on ne le croit
Démissions, dissensions internes, pressions européennes: le gouvernement de coalition formé au lendemain des élections du 17 juin a pris un très mauvais départ.
- Le Premier ministre grec Antonis Samaras devant le Parlement, le 7 juillet 2012. REUTERS/Yorgos Karahalis. -
Le Parlement grec a accordé le 8 juillet sa confiance au gouvernement dit de «sauvetage national» soutenu par Nouvelle Démocratie, le Pasok et la Gauche démocratique. Avec 179 voix contre 121, le premier ministre Antonis Samaras et les Grecs peuvent dormir tranquille: la Grèce aurait enfin un gouvernement qui possède une majorité assez large pour ne pas être mis en danger au plus vite. C’est en tout cas l’apparence qu’il souhaite donner.
Si ces trois formations se sont contraintes à former un gouvernement axé autour du maintien de la Grèce dans la zone euro, elles ont pourtant effectué des campagnes différentes, et les responsables du Pasok et de la Gauche démocratique soutiennent de loin un gouvernement presque exclusivement composé de ministres Nouvelle Démocratie.
La grande inconnue réside dans le maintien ou non de la Gauche démocratique de Fotis Kouvelis au gouvernement. On peut légitimement se demander quelle va être la position de ce parti de gauche modérée quand viendra le moment de voter de nouvelles mesures d’austérité, alors qu'il a fait campagne sur un retrait progressif du mémorandum de mai 2010 —les engagements en échange desquels la Grèce a été renflouée— et sur l’arrêt des réductions de salaires et des retraites. Le responsable de la politique économique de la Gauche démocratique a d'ailleurs déjà donné sa démission.
Au sein même de Nouvelle démocratie, certains commencent à manifester leur mécontentement, constatant l’abandon des promesses de renégociation. Peu après la formation du gouvernement, Vassilis Rapanos, le ministre des Finances, a démissionné, officiellement pour des raisons de santé, mais la presse grecque avait souligné que des désaccords étaient apparus avec le Premier ministre quant à la politique à appliquer.
Un grand argentier plus troïka que la troïka
Pour le remplacer, Antonis Samaras a fait un choix osé, celui de placer un ministre plus «troïka que la troïka» BCE/UE/FMI. Giannis Stournaras est le directeur et fondateur d’un think-tank libéral athénien, la Fondation pour la recherche économique et industrielle (IOBE). Il est par ailleurs membre de l’initiative KAPPA (Protection et valorisation des propriétés immobilières étatiques), une ONG néolibérale qui avait proposé au gouvernement Papandréou la vente des biens étatiques peu après le vote du premier mémorandum. A ses côtés, on retrouvait alors Stefanos Manos, actuel leader du parti néo-libéral Action, un des plus fervents partisans de l’austérité en Grèce.
Peu après celle du ministre de l’Economie, une autre démission était annoncée, celle de George Vernicos, secrétaire d’Etat aux Affaires maritimes. Son départ faisait suite à des critiques de la part du parti de gauche radicale Syriza (1) qui l’accusait de conflit d’intérêt, celui-ci étant issu d’une grande famille d’armateurs et surtout possédant une société offshore.
Dès le lendemain du vote de confiance, un troisième ministre démissionnait, le secrétaire d’Etat au Travail Nikos Nikolopoulos. Il expliquait son départ dans une lettre où il déplorait que le gouvernement n’ait pas lancé une renégociation immédiate sur les mesures de rigueur.
En trois semaines, le gouvernement a donc déjà subi trois démissions. Si deux de celles-ci sont liées de près ou de loin à des raisons politiques, le départ de Vernicos attire l'attention: le secrétaire d’Etat aux Affaires maritimes a en effet été contraint de se retirer consécutivement à de simples accusations de Syriza, qui appelait le gouvernement à respecter la loi, qui interdit à tout ministre de posséder une société offshore.
Quel rôle pour Syriza?
Se pose en effet la question du rôle de l’opposition dans les mois à venir. Même s’il ne peut bloquer le passage de mesures d’austérité, le parti de gauche radicale, qui bénéficie du statut d’opposition officielle, va pouvoir, par d’autres moyens, faire pression sur le gouvernement.
Syriza proposera prochainement deux projets de loi portant sur le rétablissement du salaire de base au niveau de 2011 et le règlement des dettes des ménages surendettés. En proposant des lois «anti-mémorandum» qui devront obligatoirement être discutées au Parlement, le deuxième parti de Grèce déstabilisera très probablement la majorité.
Gue répondront les députés de la coalition lorsqu'arriveront sur la table des projets ayant pour but l’amélioration des conditions de vie, promesse qu’avaient pourtant affichées leurs partis durant la campagne? Surtout, que pourra répondre la Gauche démocratique, dont les vues sont assez proches de celle de Syriza?
On peut donc s’attendre à l’apparition de fortes tensions au sein de la majorité. De nouvelles démissions pourraient bien survenir au plus vite, mettant en péril la coalition gouvernementale. La question se pose d’autant plus qu’au-delà des pressions internes, le gouvernement est victime de celles des responsables européens, qui n’entendent pas tolérer le moindre écart de la politique convenue avec les créanciers.
Antonis Samaras avait axé sa campagne électorale sur la promesse d’une renégociation du mémorandum. Faisant de ces élections un référendum entre l’euro ou la drachme, le nouveau Premier ministre se posait en défenseur de la monnaie commune. Il était celui qui irait faire face à Bruxelles, mener une «grande bataille» pour obtenir un allègement des termes du plan de sauvetage.
L'Europe n'adoucit pas son message
Se réjouissant de la victoire du leader de Nouvelle démocratie, les dirigeants européens n’ont pour autant jamais adouci leur message. «La Grèce doit tenir ses engagements», répètent-ils sans cesse.
Toute négociation, disent-ils, passe par la réalisation du programme tel qu’il a été convenu entre la Grèce et ses créanciers. «Sans cette condition, pas de discussion sur une quelconque facilitation à l’égard de la Grèce», écrivait le quotidien Kathimerini le 10 juillet. «Toute discussion à ce sujet ne sera lancée que si la troïka constate que les objectifs du programmes sont réalisés.»
La troïka a été très claire lors de sa venue entre le 5 et le 7 juillet. Les membres de la délégation ont demandé le «respect absolu de l’accord». Les journaux grecs ont d’ailleurs souligné que la question d’une renégociation n’a même pas été abordée durant cette visite.
Les membres du gouvernement grec ont insisté de leur côté sur toute leur «détermination» à réaliser les mesures nécessaires pour que le plan de sauvetage continue. Durant le discours de politique générale du gouvernement, Antonis Samaras a lourdement insisté sur le fait qu'il respecterait ses engagements.
La recette ne change pas: privatisations, licenciements, baisse des salaires. Et ces «nouvelles» mesures d’austérité doivent être appliquées au plus vite: la Grèce est toujours un pays en faillite, dépendante des aides qui lui sont apportées par la troïka, qui menace de ne pas les verser. La prochaine tranche d’aide de 31,5 milliards d'euros, qui devait initialement être versée dans le courant du mois d’août, pourrait être reportée au mois de septembre.
«Désétatisations», licenciements et baisses de salaires
Pour autant, ce que demande la troïka dépasse l’entendement. Afin d’éviter la faillite, elle exige l’application immédiate des mesures budgétaires qui étaient prévues dans le mémorandum II, voté au début de l’année. On compte tout d’abord parmi ces mesures la réduction de 12% des grilles de salaires spéciales de la fonction publique: une loi que le gouvernement envisagerait de voter cet été réduira les salaires de 200.000 agents dans les forces armées, la santé, la justice et les universités.
D’ici à la fin 2012, 15.000 fonctionnaires devront être licenciés, tandis que le gouvernement doit accélérer les procédures de fusion et la suppression d’organismes publics.
Les privatisations, «première priorité du gouvernement», doivent s’effectuer au plus vite. Antonis Samaras a annoncé la «désétatisation» (terme utilisé en Grèce) de l’entreprise publique d’électricité (DEI), de la société des paris sportifs (OPAP), de la banque agricole, de l’industrie sucrière et des chemins de fer (OSE). Sont également discutées les privatisations des compagnies d’approvisionnement de gaz naturel (DEPA et DESFA) et de la loterie d’Etat.
Le gouvernement n’a pas le choix: il doit appliquer ces mesures s’il souhaite éviter une faillite qui remettrait en cause toute la rhétorique qui a permis son élection. Que se passerait-il si la Grèce se faisait exclure de l’euro sous le gouvernement Samaras, qui avait promis qu’avec lui, le pays se maintiendrait dans la zone euro?
Alors même qu’il aurait intérêt à conserver un statu quo, il se trouve obligé de voter des mesures qui, par leur nature même, remettent en cause toutes ses promesses de campagne, qui semblent bien s’être déjà toutes envolées. Surtout, il va se trouver face à une opposition requinquée, qui profitera de la moindre occasion pour tenter de le déstabiliser, voire de le renverser en pointant les incohérences dont il fera preuve.
Mehdi Zaaf
(1) Dans un premier temps, l'article qualifiait Syriza d'extrême gauche, mais le qualificatif de gauche radicale convient mieux à la définition du mouvement. Retourner à l'article
Mis à jour le 16/07/2012 à 18h40

















































En terrorisant les citoyens, les dirigeants européens ont porté au pouvoir une force politique conservatrice et obéissante, sabotant ainsi toutes les chances de voir émerger un mouvement pacifique et innovant. Quand ce gouvernement s'écroulera, peut-être sera-t-il encore temps pour que des solutions politiques soient trouvées, sinon, ce sera le chaos.
Pour savoir ce qui se passe en Grèce, depuis Athènes :
http://retoureneurope.blogspot.gr/
Et pour ceux qui pensent qu'il est temps d'agir :
http://politiqueduchaos.blogspot.gr/
Cet article est rédigé dans le même style que des milliers d'autres servis sur la Grèce. Je désespère de voir un jour un discours de vérité porté...
Non la Grèce n'est pas un "pays en faillite". Un État ne peut être en faillite, il peut faire défaut sur sa dette, et dans ce cas là se seront ses créanciers privés qui en auront pour leurs frais. Le gouvernement grec actuel souhaite à tout prix conjurer ce scénario, préférant faire passer des intérêts privés étrangers devant l'intérêt général de la nation, mais rien ne l'interdit. Et les autres pays membres de la zone euro ont beau menacé la Grèce d'expulsion de l'euro, aucun mécanisme n'est prévu pour le permettre. Cela serait un foutu bordel qui déstabiliserait toute l'économie de la zone euro, et auquel ainsi personne n'a intérêt.
L'impasse austéritaire est de plus en plus criante, plutôt que de qualifier le premier parti d'opposition "d'extrême-gauche" pourquoi diable ne pas relayer son programme (monétisation de la dette, audit citoyen, relance par l'investissement public) ? Le danger est sûrement que cela pourrait donner des idées aux citoyens français...
Cher ami,
Je vous conjure de relire convenablement cet article et bien d'autres que j'ai pu ecrire sur la Grece.
- Sur mon blog http://blogs.mediapart.fr/blog/mehdi-zaaf
- Sur Slate http://www.slate.fr/search/node/mehdi%20zaaf
Pas une seule fois vous trouverez le label "extreme gauche" concernant Syriza. Je fais justement partie de ceux qui combattent cette appelation, qui ne correspond a aucune realite, et j'ai, a plusieurs reprises, relaye le programme de Syriza (http://blogs.mediapart.fr/blog/mehdi-zaaf/010612/le-programme-electoral-de-syriza-en-details).
Certes, il est peu probable que la Grece soit expulsee de l'euro, mais il est faux de dire que la Grece n'est pas en faillite. Aussi injuste que cela peut paraitre, la Grece ne vit aujourd'hui que grace aux doses de la troika.
Certes la question se pose: qui perdra en cas de pseudo "faillite" du pays? Les creanciers, qui ne seront pas rembourses, ou les citoyens grecs, qui ne seront plus payes et ne toucheront plus leur retraite? Il est difficile de repondre a cette question tant la situation est extreme.
Je crois qu'il est possible de faire autre chose que des "memorandums", en allant chercher l'argent ou il est, sans continuer a faire payer le peuple de maniere aveugle et sournoise.
Detrompez vous, je ne cherche pas dans cet article a defendre la position du gouvernement, qui va consister a faire toujours plus d'austerite. J'y explique le contexte dans lequel la coalition va devoir voter de nouvelles mesures, et l'impact que cela pourrait avoir sur la stabilite du gouvernement, rien de plus.
Merci de m'avoir répondu, Mehdi. Je suis heureux de savoir que vous ne voulez pas participer à la caricature de Syriza et de la situation grecque. Néanmoins, vous utilisez bien le mot "extrême-gauche" dans l'article que nous commentons. (6e paragraphe : "Son départ faisait suite à des critiques de la part du parti d'extrême-gauche Syriza qui l’accusait de conflit d’intérêt").
Je ne veux pas vous faire un faux procès d'intention, nous pouvons tous être contaminé par un discours dominant que nous rejetons, mais je tiens à rester pointilleux sur les mots. Ainsi, je persiste et signe l'expression "faire faillite" n'est pas applicable à un État. Quant un agent économique est insovable et "fait faillite" une liquidation judiciaire est à l’œuvre. Sous le contrôle de la justice, les actifs sont tous vendus pour rembourser les créanciers. Si un État est insolvable, il est en droit d'annuler sa dette, de cesser de rembourser ses créanciers, pour conserver ses actifs. Cela s'est produit de nombreuses fois dans l'histoire, depuis la France révolutionnaire jusqu'à plus récemment l'Argentine et l'Islande. Il est ainsi fort aisé de répondre à votre question, qui perdra des créanciers ou des citoyens grecs, il suffit de regarder dans le rétroviseur.
Il n'est pas anodin de parler de faillite à propos de la Grèce, car de fait Madame Merkel se comporte comme un liquidateur judiciaire, forçant l’État grec à vendre tous ses actifs. Mais elle n'en a ni le droit ni le pouvoir. Si on peut envoyer des huissiers aux trousses de l’entrepreneur surendetté, l'Allemagne n'enverra pas de chars occupés l'Acropole. La Grèce est un État souverain, la déclarer "en faillite" c'est nier cette souveraineté.
Je ne pense pas que vous ailliez chercher à defendre la position du gouvernement grec et de la Troïka, je vous crois même sincère quand vous affirmez le contraire, mais par le choix de vos mots vous portez déjà en germe la capitulation devant ce gouvernement et sa politique.
Merci pour votre commentaire. C'est en fait un malentendu. C'est un terme que je n'utilise pas habituellement, et qui s’est maladroitement glissé. Merci de l'avoir fait remarqué.
Je ne peux qu'approuver votre commentaire. Le choix des mots est important. Pour autant, je n’utilise pas le mot « faillite » en me référant au sens purement technique du mot.
Dans les faits, la Grèce est en faillite. Si elle ne l’est pas officiellement, c’est simplement parce qu’elle a fait appel à l’aide de la troïka. J’aurais certainement dû utiliser le terme « insolvable » qui est peut-être plus proche de l’idée que j’évoquais dans l’article.
Vous avez raison, la Grèce n'est pas en faillite, elle est dans une situation encore pire. Lorsqu'une entreprise fait faillite en France, elle est liquidée puis disparaît. Ces dirigeants ont le loisir de créer une nouvelle entreprise moyennant quelques difficultés pour se financer auprès des banques (les dirigeants sont notés comme les États et les "faillitaires" ont des malus). Le problème d'un État c'est qu'il ne disparaît pas ; il ne peut donc que très difficilement se racheter une virginité. Résultat, une fois que les Européens en auront marre de remplir le tonneau des Danaïdes, la Grèce s'effondrera et se relèvera très difficilement parce que personne ne voudra lui prêter d'argent pendant 10 ans...
Je lis avec intérêt les grands discours du genre "'terrorisant les citoyens" et "inpasse austéritaire".
En attendant la vie quotidienne suit son cours ici en Grèce.
Hier j'ai fait appel à un véterinaire pour mon chien malade. Il m'a pris 50€ - sans reçu.
Mais continuez de vous débattre...C'est intéressant.
Russia Bails out Greece & Cyprus
DEBKA-Net-Weekly #548
July 12, 2012
Vladimir Putin has seized on the Eurozone crisis to buy controlling shares in Greek and Cypriot oil and gas fields and infrastructure in return for bailing out their sinking economies. PresidentVladimir Putin had more than one fish to fry in dispatching a large flotilla of Russian warships to the eastern Mediterranean. They are on hand not just for the Syrian crisis but also to secure the hot new energy acquisitions about to fall in Moscow’s lap.
L'article dit également que les Russes auraient fait des propositions identiques à Israel et qu'ils n'ont pas eu de réponse pour l'instant . Le rôle de Tsipras et de certains membres du Pasok est également évoqué .
http://www.debka.com/article/22172/Putin-Bails-out-Greece-and-Cyprus-for-Control-of-Their-Energy-Assets