Economie

Euro ou pas euro: et si la Grèce choisissait de ne pas choisir grâce aux monnaies complémentaires?

Catherine Bernard, mis à jour le 21.07.2012 à 8 h 53

Au-delà de l'alternative entre la monnaie unique et la drachme, des économistes proposent au pays d'avoir recours à plusieurs monnaies en même temps.

Un graffiti sur la porte d'une faculté berlinoise. REUTERS/Thomas Peter.

Un graffiti sur la porte d'une faculté berlinoise. REUTERS/Thomas Peter.

«Et si l'on créait un geuro?» En proposant de doter la Grèce d'une seconde monnaie qui circulerait parallèlement à l'euro, Thomas Mayer, senior economist à la Deutsche Bank, a une nouvelle fois prouvé que rien ne favorise plus l'innovation monétaire que les crises.

«Dans les années 1930, raconte le belge Bernard Lietaer, l'un des plus grands spécialistes des monnaies complémentaires, les Etats-Unis comptaient des milliers de monnaies complémentaires, l'Europe plusieurs centaines.» C'est du reste à cet époque qu'a été créé le WIR, en Suisse, une monnaie que s'échangent, toujours aujourd'hui, les PME du pays.

Plus récemment, l'Argentine de la fin des années 1990 et du début des années 2000 a vu l'émergence des trueque, autrement dit des «trocs», des monnaies créées pour faciliter les échanges de biens et de services dans un pays où l'inflation galopante engloutissait le pouvoir d'achat des plus pauvres.

Souvent, ces «monnaies de crise» ne constituent qu'un pis-aller permettant de fluidifier une sorte de retour au troc. Mais, bien pensées, certaines peuvent aussi permettre de minimiser les effets de la crise, voire de favoriser le redressement de l'économie.

Le «geuro» évoluerait en fonction du déficit budgétaire primaire grec. Dans le meilleur des cas, il pourrait ainsi, après quelques années, «rattraper» l'euro. Entre temps, il permettrait une sorte de «dévaluation», évaluée par Thomas Mayer à environ 50%, qui donnerait une bouffée d'oxygène aux exportations.

Trois monnaies?

Bernard Lietaer va un pas plus loin dans cette même logique:

«Je proposerais pour ma part trois monnaies: l'euro, pour tous les échanges internationaux, y compris bien entendu les revenus du tourisme; et deux monnaies complémentaires.»

La première, le civic, serait créée localement. Elle rémunérerait les services publics que la ville ne serait plus en mesure d'assumer et que les citoyens auraient néanmoins jugés prioritaires. Comme chacun devrait payer une partie de ses impôts locaux en civic, chaque ménage devrait donc consacrer une partie de son temps à rendre certains de ces services: entretien des espaces verts ou des espaces publics, garde d'enfants, etc. Ceux qui ne souhaiteraient ou ne pourraient pas s'y plier devraient, en fin d'année, «racheter» des civics à ceux qui, au contraire, auraient décidé d'y consacrer une partie importante de leur temps.

«Ceci constitue une forme de relance keynésienne mais sans endettement», résume Bernard Lietaer. Et surtout, une façon de préserver des services publics de base que la crise pourrait sinon faire disparaitre, et de lutter contre le chômage des jeunes, qui atteint maintenant près de 50%.

Soutenir l'emploi dans les PME

La seconde proposition vise à soutenir l'emploi traditionnel dans le secteur privé: «Dans un pays comme la Grèce, 90% des emplois privés  sont dans des PME qui subissent de plein fouet la crise.» Et souffrent encore plus que d'habitude des délais de paiement que leur imposent leurs grands donneurs d'ordre.

D'où l'idée de créer une monnaie qui fonctionnerait un peu comme un système d'affacturage simplifié: toute PME disposant d'une créance certaine et certifiée sur une grande entreprise pourrait la transformer dans cette monnaie complémentaire (baptisée C3 pour Commercial Circuit Credits) pour payer ses propres fournisseurs.

Et ainsi de suite jusqu'à l'échéance de la facture principale qui permettrait la transformation sans frais en euros des C3 accumulés. Mais entre temps, de multiples échanges auraient pu avoir lieu qui, sinon, auraient été bloqués par le délai de paiement.

Ce type de monnaie existe déjà, du reste, au Brésil et en Uruguay. Dans ce dernier pays, les C3 sont acceptés pour le paiement des impôts. Alors, vous prendrez bien un peu de C3?

Catherine Bernard

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Journaliste
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