France

Pourquoi fêtons-nous le 14 juillet avec un feu d’artifice?

Ludivine Olives, mis à jour le 13.07.2012 à 16 h 33

Qui dit fête nationale, dit défilé du 14-Juillet, bal des pompiers mais surtout… feu d'artifice. Une tradition à laquelle les Français sont attachés depuis 222 ans.

Feu d'artifice / Alexandre Prevot Via FlickrCC Licence by

Feu d'artifice / Alexandre Prevot Via FlickrCC Licence by

La ville de San Diego a connu un grand moment de solitude lors de son feu d’artifice annuel du 4 juillet, jour de la fête nationale américaine. Toutes les fusées sont parties en même temps, ce qui a provoqué un immense capharnaüm enflammé dans le ciel. C’est maintenant au tour de la France de fêter son 14 juillet avec des feux d’artifices qui, espérons-le, seront plus réussis.

Mais pourquoi au fil des siècles, ce spectacle grandiose s’est imposé comme une véritable institution de la fête nationale en France?

Il faut remercier tour à tour Louis XIII et la IIIe République: le feu d’artifice est l’un des seuls symboles de la monarchie que le peuple a souhaité garder.

Comme d’autres pays, la France a importé le feu d’artifice d’Asie, les Chinois étant les premiers à avoir utilisé la poudre noire au VIIIe siècle, avant que les précieuses particules soient ramenées en Europe par Marco Polo au XIIIe siècle.  Le premier spectacle pyrotechnique a lieu en 1612 sur la place des Vosges à Paris lors du mariage de Louis XIII et d’Anne d’Autriche. Cette cérémonie est considérée à l’époque comme l’un des spectacles les plus riches et prestigieux organisés en Europe. Cette fête incroyable aurait attiré pendant trois jours pas moins de soixante-dix mille personnes.

Le succès est tel que les feux d’artifices se multiplient le siècle suivant pour les fêtes du Roi: mariage, naissances, baptêmes… tous les prétextes sont bons! Ils sont souvent l’occasion de clôturer plusieurs jours de fêtes endiablées avec concerts, festins, bals et vin qui coule à flot.

Les feux d’artifices sont souvent tirés depuis des décors extraordinaires, conçus par les plus grands artistes de l’époque. Le final est la partie la plus spectaculaire, puisque le décor entier s’embrase. Ces bombardements colorés fascinent et retentissent la nuit, dans les jardins de Versailles.  

 

Décoration du feu d'artifice tiré le 25 juillet 1756 devant l'Hotel de ville en l'honneur de la prise des forts du Port Mahon / Bibliothèque nationale de France - Wikicommons

(Décoration du feu d'artifice tiré le 25 juillet 1756 devant l'Hôtel de ville en l'honneur de la prise des forts du Port Mahon / Bibliothèque Nationale de Paris , Wikicommons)
 Avec la Révolution, le peuple accède à ce divertissement d’élite. Il devient le symbole festif récurrent dès la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790.

Problème: le procédé est coûteux et renvoie à la monarchie dont plus personne ne veut. Il est donc laissé de côté durant le reste de la Révolution, avant de ressurgir sous le Consulat. Puis devient définitivement une attraction du 14-Juillet sous la IIIe République qui, en 1880, décide de faire officiellement de cette date la fête nationale.

Les coûts baissent afin de le rendre accessible à tous. On décide également de le rendre encore plus attractif, on lui ajoute des pétards, fusées multicolores…. Et le célèbre «bouquet final», passé depuis dans le langage courant, par exemple lors des compétitions sportives.

Pourquoi le feu d’artifice ne lasse jamais, 400 ans plus tard?

L’engouement pour la fête nationale faiblit depuis presque quarante ans à cause du développement de l’urbanisation, des nouveaux systèmes de communication, mais également à cause de la concurrence avec d’autres célébrations plus «sociétales» comme la Fête de la musique ou les compétitions sportives mondiales.  Mais la symbolique du 14-Juillet, liée à son ancienneté, aux vacances et surtout à son feu d’artifice, reste un moment clé de la culture nationale. Dans certaines villes, l’engouement s’intensifie même, comme à Paris, avec le feu d’artifice du Trocadéro qui attire des centaines de milliers de spectateurs.

Ce spectacle pyrotechnique attire les foules pour trois raisons: il est télévisuel, spectaculaire et… gratuit!

Ludivine Olives

L’Explication remercie Rémi Dalisson, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Rouen, auteur de Célébrer la nation. Les fêtes nationales en France de 1789 à nos jours (Nouveau monde éditions, 2009)

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