Life

Suri Cruise recevra-t-elle une éducation semi-scientologue?

Katy Waldman, mis à jour le 12.07.2012 à 12 h 59

Ce qui se passe aux Etats-Unis pour un enfant dont les parents divorcés pratiquent des religions différentes.

Katie Holmes et Suri Cruise, le 5 juillet 2012 à New York. REUTERS/Andrew Burton.

Katie Holmes et Suri Cruise, le 5 juillet 2012 à New York. REUTERS/Andrew Burton.

Lundi 9 juillet, l'avocat de Katie Holmes a annoncé que sa cliente était parvenue à un accord amiable avec Tom Cruise pour régler leur divorce. Un divorce qu'elle a demandé depuis moins de deux semaines et qui tire un trait sur sept ans d'idylle —les deux stars ont commencé à se fréquenter en 2005.

Le communiqué de l'avocat demande aussi que l'on respecte la vie privée de l'ancien couple, pour le bien de leur fille de 6 ans, Suri, qui se voit désormais tiraillée entre le catholicisme de sa mère et la scientologie de son père. Que se passe-t-il lors d'un divorce quand les parents ont des religions incompatibles?

Le parent qui se voit confier la garde de l'enfant décide de la religion dans laquelle il sera élevé. Si Suri vit avec sa mère la plupart du temps –comme le laisse entendre TMZ–, Holmes choisira la foi de sa fille (si elle veut qu'elle en ait une). Ce qui signifie que Suri grandira plutôt en compagnie de saints et de psaumes que de l'hypnose et du code d'honneur de la scientologie.

Malgré tout, la plupart des tribunaux permettent au parent qui n'a pas la garde à temps plein d'exposer son enfant à ses convictions religieuses personnelles, tant qu'il se garde de dénigrer celles de son ex-époux. Cette tolérance judiciaire repose sur la conviction que chaque enfant devrait pouvoir lui-même décider de son parcours religieux, et que ce n'est qu'en connaissant les pratiques spirituelles de son père et de sa mère qu'il peut réellement prendre une décision éclairée.

Pas la même légitimité

Évidemment, le cas TomKat est plus compliqué car les deux religions ne jouissent pas de la même légitimité culturelle. Un juge pourrait-il forcer Cruise à renoncer à son influence religieuse sur sa fille parce que la scientologie est perçue comme une secte et pas comme une religion?

Si le tempérament du magistrat influe toujours plus ou moins les décisions qu'il prend, la majorité des juges éviteront ce genre d’ingérence, sauf s'il est prouvé que la seconde religion cause du tort à l'enfant (ou si certains principes de la religion interfèrent manifestement avec le bien-être de l'enfant. Si la scientologie de Cruise influence son avis sur les traitements médicaux de sa fille, par exemple, ou s'il empêche Suri de voir un psychiatre alors qu'elle en a besoin, Holmes aurait là de bons arguments pour exclure tout bonnement cette religion de la vie de sa fille).

L'astuce consiste donc à trouver un subtil équilibre entre le droit des parents, garanti par le Premier amendement à la Constitution des Etats-Unis, de pratiquer leur religion —et donc d'élever leurs enfants en fonction— et les meilleurs intérêts de l'enfant. En 1992, la Cour suprême de l'Ohio avait statué qu'être élevé suivant les préceptes des Témoins de Jéhovah n'était pas assez dommageable pour revenir sur l'accord de divorce, même si l'enfant en question était isolé socialement à cause de son appartenance à la secte. Deux ans ans plus tôt, en Pennsylvanie, un tribunal avait autorisé un père à emmener ses enfants à l'église seulement s'il les emmenait aussi à la synagogue (son ex-femme était juive).

Aucune jurisprudence sur la garde alternée

Mais si un juge accorde à Cruise et Holmes une garde parfaitement partagée et alternée, il n'existe aucune jurisprudence qui dirait si Suri doit être élevée à moitié dans le catholicisme et à moitié dans la scientologie. Le plus probable, c'est que la fillette pratique alternativement la religion de son père et celle de sa mère, en attendant d'arriver à un âge où elle pourra décider de sa propre foi.

Si l'un des deux parents estime que cette solution est inacceptable, le tribunal convoquera sans doute des psychiatres assermentés, des témoins et autres experts religieux des deux bords pour déterminer les meilleurs intérêts de l'enfant. Dans ce cas, les experts dépêchés par Cruise pourraient répondre aux histoires sur les bizarreries cosmiques des scientologues par des cas d'homophobie ou de pédophilie catholiques.

Katy Waldman

Traduit par Peggy Sastre

L'Explication remercie Alton Abramowitz, président élu de l'American Academy of Matrimonial Lawyers.

Retrouvez tous nos articles de la rubrique L'explication ici. Vous vous posez une question sur l'actualité? Envoyez un mail à explication @ slate.fr.

Katy Waldman
Katy Waldman (37 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte