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Echographie: gare à la surexposition

Planète Santé , mis à jour le 19.07.2012 à 14 h 39

On peut désormais, en plus des examens obstétriques standards, s'offrir des séances photos supplémentaires de son futur bébé. C'est une mauvaise idée.

Nandong, une éléphante enceinte du zoo de Singapour, pendant son échographie - REUTERS/Tim Chong

Nandong, une éléphante enceinte du zoo de Singapour, pendant son échographie - REUTERS/Tim Chong

Comment peut-on résister? Vous attendez un enfant et à ce titre vous avez découvert avec votre gynécologue la pratique de l’échographie obstétricale. Une fois toutes les inquiétudes passées, pourquoi ne pas bénéficier des prodiges accomplis par cette technique en dehors de toutes préoccupations médicales? Pourquoi ne pas céder aux sirènes qui vous proposent cette forme de photographie avant l’heure du nouveau-né? A quel titre ne pas enrichir l’album de famille de quelques clichés da la période anténatale?

Or, on sait depuis peu pourquoi il convient de résister à ces tentations modernes. La surexposition des fœtus aux ultrasons durant des périodes pouvant aller jusqu’à 25 minutes, avait déjà été dénoncée dès fin 2011, par la Commission nationale d’échographie obstétricale et fœtale du Collège national des gynécologues et obstétriciens Français (CNGOF). Présidée par le Pr Jacques Lansac, ces spécialistes dénonçaient notamment la dimension «commerciale» des offres faites aux futurs parents d’admirer sur écran leur bébé à naître; ce pour des sommes allant généralement de 60 à 140 euros. Ces offres échographiques commerciales à destination des femmes enceintes fleurissent sur Internet, certaines proposant des vidéos en trois ou quatre dimensions.

Une exposition en continu du crâne ou des organes génitaux

Or, il faut savoir que dans une échographie médicale, le faisceau ultrasonore est constamment déplacé et l’exposition aux ultrasons de chaque zone du fœtus est brève. Et ce n’est pas le cas dans une échographie commerciale où des parties localisées du fœtus, comme le crâne et les organes génitaux, sont exposées en continu. «Comme tout examen d’imagerie, l’échographie présente un rapport bénéfice-risque, rappelait le Pr Lansac. L’effet thermique et l’effet mécanique des ultrasons sont proportionnels au niveau d’exposition et  ont été démontrés sur les tissus humains. L’exposition doit donc être limitée au maximum dans le seul but de pour réaliser le meilleur diagnostic.» Le Cngof en appelait  alors au gouvernement français pour qu’il réserve l’usage des échographies au champ médical.

En janvier 2012, ce gouvernement saisissait de cette question la Haute Autorité de Santé (HAS) qui vient de rendre son rapport après analyse des données scientifiques et audition des représentants des principaux acteurs. Pour la HAS, il convient de renforcer le contrôle et la réglementation des échographes et de freiner les détournements auxquels leur utilisation peut donner lieu. Selon la Haute Autorité française de Santé, l’échographie fœtale ne devrait intervenir qu’à des fins diagnostiques, de dépistage ou de suivi? En clair elle devrait être exclusivement pratiquée par des médecins ou des sages-femmes, ce qui n’est pas le cas au regard de la loi française.

Les échographies commerciales sont généralement effectuées sur des durées allant de dix à trente minutes et ciblent particulièrement longuement des régions anatomiques localisées du fœtus au premier rang desquelles la face et les organes génitaux. La HAS a recensé pas moins de seize recommandations de sociétés savantes françaises, britanniques, européennes, canadiennes, américaines et internationales qui dans leur grande majorité s’opposent avec vigueur  à la pratique des échographies fœtales non médicales et ce pour rapport bénéfice/risque négatif.

Les auditions menées par la HAS ont fait apparaître d’autres types de risques; et tout particulièrement les effets psychoaffectifs délétères sur la mère et l’entourage liés à une découverte ou à la suspicion d’un problème sur le fœtus. Une situation particulière qui nécessite alors au plus vite l’accompagnement d’un professionnel de santé qualifié. Plus généralement la question soulevée est celle de savoir comment parvenir à faire comprendre aux futurs parents que la plaisir sera plus grand encore avec la découverte, de visu, du visage et du corps non pas du fœtus dans le liquide amniotique mais bien de leur nouveau-né sorti de l’utérus de sa mère.

La formation d'un bec-de-lièvre

Mais on sait que l’affaire n’est pas simple, comme en témoigne indirectement cette étonnante animation en trois dimensions montrant comment se forme le visage du fœtus dans le sein de la future mère. «C'est à la série télévisée britannique Inside the Human Body diffusée par la BBC que l'on doit ce document inédit: la reconstitution du visage du fœtus au moment même où il se forme, soit pendant le premier trimestre de la grossesse, nous apprend Le Figaro. Cette vidéo de 30 secondes a été réalisée à partir de clichés d'échographies, réalisés de la 4e à la 10e semaine de grossesse, combinées à un méticuleux travail de reconstruction par ordinateur. On y voit se former en accéléré les différentes parties du visage, qui s'agrandissent pour ensuite fusionner entre elles selon un processus complexe.»

Plus précisément, ces transformations semblent se dérouler autour d'un point-clé: la fossette située au-dessus de la lèvre supérieure (le philtrum). «Celle-ci persiste d'ailleurs une fois le visage formé, témoignant de cette élaboration délicate. Une perturbation qui surviendrait à l'une de ses étapes pourrait en effet entraîner des malformations comme le bec de lièvre, où la lèvre et le palais apparaissent fendus, ajoutait Le Figaro. Les graphistes de la série ont été récompensés en mai dernier pour l'ensemble de leurs impressionnantes animations réalisées dans le cadre de cette émission, recevant le prix des meilleurs effets spéciaux décerné par la Visual Effects Society.»

Jean-Yves Nau

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