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La voiture électrique, soit c’est hors de prix soit c’est donné

Hugues Serraf, mis à jour le 17.07.2012 à 16 h 06

La Citroën C-Zéro est une auto électrique bien sympathique mais tellement chère que personne ou presque ne l’achète. Alors autant la donner, se dit-on chez le constructeur. Qui finalement se met à rêver de faire de bonnes affaires.

Citroën C-Zéro (Photo Citroën)

Citroën C-Zéro (Photo Citroën)

La Citroën C-Zéro est une petite citadine électrique marrante, jumelle (triplette?) de la Mitsubishi i-Miev et de la Peugeot i-On. C’est une vraie auto de 3,47 m, pas un jouet sans permis, capable de rouler une bonne centaine de kilomètres sur un seul plein à 2 euros et de pousser des pointes à 130 km/h.

Le rêve du militant EELV relocalisé en zone urbaine (mais dont les prises de courant sont accessibles depuis la rue).

Le hic, pour autant, c’est son prix. Le militant EELV, il faudra qu’il ait vendu pas mal de fromage de chèvre pour pouvoir se l’offrir. Lors de son lancement en 2010, il fallait faire un chèque de 35.000 euros pour quitter la concession à son volant sans être immédiatement rattrapé par la police. Le premier prix d’une Laguna Renault, vraie berline familiale, c’est 20.000 euros, si vous voulez comparer de l’incomparable en termes de prestations.

Du coup, Citroën n’en immatricule pas ou presque. Et doit se débrouiller pour écouler ses stocks en tablant sur la créativité de son service marketing. Dernière idée en date, un partenariat avec Zilok.com, le Kiloutou des particuliers.

Ça marche comme ça: vous signez un contrat de location longue durée, mais vous ne payez que 90 euros par mois (1) au lieu de près de 400 en plus d’un gros apport en temps normal. Vous conservez la voiture pendant deux ans et, si vous n’aviez pas parcouru plus de 20.000 kilomètres avec et que la peinture n’est pas trop écaillée, on vous la reprend sans difficulté.

90 euros fois 24 mois, ça fait 2.160 euros au total. Une misère. Surtout pour une auto qui ne consomme rien.

«Mouais, il doit y avoir un piège quelque part. Ils ne font pas beaucoup de cadeaux, chez Citroën. Demandez un peu leur avis aux ouvriers d’Aulnay-sous-Bois…», lâcherez-vous sans doute, légitimement méfiant.

Il faut louer sa voiture à d’autres mais en fait, on n’est pas obligé

C’est vrai, il y a bien un piège mais il ne mord pas. Puisque c’est un partenariat avec Zilok.com, ou plus précisément avec sa déclinaison auto.zilok.com, l’heureux bénéficiaire est censé proposer sa C-Zéro en location courte durée à d’autres particuliers sur le site lorsqu’il ne s’en sert pas. Mais comme on ne peut pas le lui imposer pour des raisons juridiques, il lui suffit de répondre non à toutes les demandes et il est tranquille….

Marie Guidolin, responsable de la communication chez Citroën, n’est pas exactement d’accord avec cette façon de voir les choses:

«― D’abord, le prix de vente de la C-Zéro, ce n’est plus du tout ça. Elle est désormais à 29.500 euros…
― Ah oui, ça change tout…

― Attendez, c’est pas fini… Si vous déduisez les 5.000 euros de prime écologique, elle n’est plus qu’à 24.500 euros. Et même, si vous louez les batteries à part, elle est à 16.000 euros!
― Sans les batteries, c’est sûr, elle consommera encore moins… Mais c’est cher tout de même, pour une petite voiture de ville. Vous en vendez beaucoup?»

Bon, là, je ne suis vraiment pas sympa parce que le problème, c’est qu’il se vend très peu de voitures électriques en France d’une manière générale. L’an dernier, toutes marques et modèles confondus, c’était un epsilonesque 2.271. Sur un marché global de deux millions d’immatriculations.

«― Ça dépend de ce que vous appelez “beaucoup”. Cette année, mais c’est la crise, on en a vendu 115 entre janvier et juin…
― Ah, c’est pour ça que vous les bradez sur Zilok alors?
― Mais non! On ne les brade pas, enfin! En fait, c’est juste une opération portant sur 200 voitures et elles sont toutes parties en un clin d’œil.
― 200 voitures, c’est tout de même deux fois vos ventes totales du premier semestre...»

Réapprendre le métro et la marche à pied

Bon OK, j’arrête le mauvais esprit parce qu'elle est charmante, Marie Guidolin, avec son accent des Pyrénées, et je vous brosse le concept du point de vue de la marque: comme il ne se vend pas assez de voitures électriques, les gens ne savent pas qu’elles existent. Et comme ils ne savent pas qu’elles existent, il ne s’en vend pas assez.

Cette opération vise justement à briser ce cercle vicieux en permettant à un maximum de gens de faire l’expérience de ce genre de véhicule. «Nos clients à 90 euros deviennent en quelque sorte nos ambassadeurs et nous gagnons même un peu de sous en plus à chaque fois qu’ils louent la voiture à un tiers [18 euros de commission par journée de sous-location, NDLR]», précise madame Citroën.

«― C’est assez malin. Mais puisqu’ils ne sont pas vraiment obligés de louer, il y a un petit bug dans le raisonnement au niveau financier…
― Ils ne sont pas obligés, mais ça ne veut pas dire qu’ils ne le feront pas pour autant.»

Le projet va même plus loin. Le «constructeur aux chevrons», comme on dit dans la presse spécialisée, veut habituer les automobilistes à se passer de leur voiture et à prendre le train ou l’avion de temps en temps, voire le métro ou même leurs pieds, et à se lancer dans l’auto-partage via la plateforme Multicity. C’est vraiment très progressiste. Parfaitement en phase avec la philosophie du militant EELV de tout à l’heure. N’empêche, au bout du bout, c’est Citroën qui régale.

«Il ne faut pas le voir comme ça, tempère Marion Carrette, la boss de Zilok.com. Après tout, l’idée est d’abord venue de nous et a séduit les gens de Citroën. S’ils peuvent écouler des stocks avec une opération de ce genre, tant mieux, mais rien ne dit encore que les gens ne reloueront pas leur C-Zéro sur le site puisque les voitures commencent à peine à être livrées. Pour le moment, on les entend plutôt dire qu’ils ont vraiment envie de jouer le jeu».

Bah, on verra bien. «Ça ne marchera jamais», c’est un slogan Renault, pas un slogan Citroën.

Hugues Serraf

(1) Mise à jour du 17 juillet: Les 200 voitures initialement proposées par Citroën sur Zilok étant parties en 24 heures, les gens du marketing se sont remis à gamberger:  hum, si l'on peut trouver 200 acheteurs fermes à 90 euros par mois,  regardons ce qui se passe à 199 euros...

Un nouveau lot de 200 C-Zéro est donc désormais proposé à ce prix, toujours avantageux, OK, mais nettement moins délirant.

Je veux bien parier sur une augmentation subséquente en cas de succès, histoire de rapprocher les mensualités de leur niveau dans le monde réel (400 euros). Si ça marche, Citroën aura vraiment trouvé, et le bon canal de vente, et la bonne stratégie de mesure d'élasticité du prix d'un produit de ce genre. Cette histoire sera alors enseignée dans les écoles de commerce et des générations d'étudiants seront forcés de lire cet article pour réussir leur examen. Retourner à l'article

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