France

Comment réussit-on un bon défilé du 14-Juillet?

Fanny Arlandis, mis à jour le 13.07.2012 à 16 h 36

Ordre serré, «homme de base», gestion des intervalles et des ordres: le défilé militaire sur les Champs-Elysées obéit à des règles précises.

Le défilé du 14-Juillet sur les Champs-Elysées. REUTERS/Benoît Tessier.

Le défilé du 14-Juillet sur les Champs-Elysées. REUTERS/Benoît Tessier.

Lors des célébrations du 14-Juillet, plus de 4.000 militaires et civils défileront en rang et au pas sur les Champs-Élysées. Les commentateurs des JT vanteront sûrement l’ordre et la coordination des troupes. Mais comment réussir un bon défilé?

Défiler en ordre serré

Pour le 14 juillet, les troupes défilent en «ordre serré» (l'exact inverse du débandement). Dans le jargon militaire, cela désigne la manière de les rassembler et de les faire manœuvrer. Il s’agit d’un alignement en forme de rectangle composé de rangs et de colonnes. Il peut être dynamique (en marchant) ou statique (lorsque des mouvements de sabre ou de fusil, par exemple, sont effectués).

Cette technique est très ancienne et remonte à l'époque des phalanges grecques. Elle a ensuite été réutilisée par les légions romaines. Son but est d’imposer une discipline pour mieux contrôler le groupe (à l’origine, cela permettait de minimiser la peur et éviter la dispersion des paysans recrutés pour le combat). Elle produit également un «effet» de grandeur.

Depuis la découverte des armes à feu, l’ordre serré n'est plus utilisé par l’armée française lors des combats. Il reste cependant très présent dans la formation des jeunes recrues militaires (rassemblement de la compagnie le matin, par exemple) ou pour les activités de maintien de l'ordre des CRS ou de la gendarmerie mobile.

L'apprentissage

L’ordre serré est un des premiers apprentissages dans les écoles militaires. Son enseignement s’étend tout au long des années d’école.

La vitesse d’apprentissage dépend donc de la habileté de chaque troupe et de chaque personne individuellement. Pour le 14-Juillet, les troupes s’entraînent presque quotidiennement tout au long de la semaine (voire des deux semaines) précédant le défilé.

L’homme de base

Un bon ordre serré dépend d'une série de paramètres: savoir tenir la cadence, avancer et s’arrêter et changer de direction. La troupe fixe son alignement sur un meneur situé à l'extrémité gauche du premier rang: c'est «l’homme de base», qui montre le pas, le rythme et l’allure de la marche.

Dans une promotion, il est désigné en fonction de sa taille: c’est le plus grand de tous. Lors de l’établissement de la formation en ordre serré, les élèves se placent par ordre de taille du plus grand au plus petit, à droite de l’homme de base (le plus petit se retrouve donc au dernier rang de la dernière colonne à droite).

On appelle ça «faire le toit». Chaque personne qui se trouve à l’extrémité gauche des rangs joue le rôle d’un homme de base et sert de référent à chaque rangée.

X - - - - -

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- - - - - -

- - - - - x

X  = le plus grand

x  = le plus petit

Pour le 14-Juillet, ce classement permet à la tribune présidentielle de distinguer un groupe «propre». Jusqu’à la séparation du groupe en deux parties distinctes (juste devant la tribune), le président de la République ne voit que le premier rang si tout le monde est bien aligné.

Le commandant et la garde au drapeau (généralement composée de six militaires) précédent la troupe. C’est le major de la promotion qui porte le drapeau (si sa condition physique le permet). Deux groupes de cadres devancent également la troupe.

Les intervalles

Les intervalles entre les personnes sont minutieusement définis. L’espace entre chacun se mesure en plaçant le poing gauche sur la hanche. Le coude doit presque toucher le bras droit du voisin. Devant et derrière, il doit y avoir l'espace d'un bras gauche tendu et main ouverte.

Au garde à vous

Tout bon défilé qui se respecte commence au garde à vous. Rien de plus simple, il suffit de se tenir droit et fier! Plus précisément: la tête droite, le menton relevé, le regard fier et le buste gonflé. Le reste du corps est maintenu en tension: les doigts tendus et serrés le long du corps, les jambes réunies et les pieds légèrement en canard.

En avant, marche!

La troupe se met en marche suite à une succession de deux ordres donnés par un supérieur. L’ordre préparatoire («En avant!») énonce le mouvement que le groupe est sur le point de réaliser. Il est ensuite complété par un ordre dit «exécutoire» («marche!») qui indique le début du mouvement.

Le 14 juillet, les troupes défilent douze minutes à 110 pas/minute. Seuls les chasseurs à pieds (140 pas/minute) et les pionniers de la légion étrangère (88 pas/minute) font exception. La cadence de ces derniers est héritée du pas des légionnaires de l’Ancien Régime. Elle permettait par exemple de calculer la vitesse de déplacement des troupes lors des conquètes.

La musique constitue une aide précieuse pour garder le pas. A chaque fois que la grosse caisse de la fanfare retentit, le pied gauche doit frapper le sol.

Et les crampes?

Les crampes et les tendinites sont très fréquentes au sein des troupes qui se préparent aux défilés, les douleurs survenant généralement au moment du relâchement.

La difficulté principale de cet exercice est de porter, parfois à bout de bras, les attributs imposés par les écoles militaires. Lors du 14-Juillet, certains bataillons défilent avec un sabre: selon les principaux concernés, c’est cette arme qui s’avère la plus éprouvante à porter. Tout au long du défilé, la main gauche tient le fourreau légèrement incliné et la droite est sous tension, maintenant le manche du sabre, jusqu’à ce que mal s’ensuive.

Et ailleurs?

Chaque pays a un ordre serré très différent en fonction de sa culture. Certaines armées, comme en Corée du Nord ou en Russie, se montrent très démonstratives.

Dans ces pays, les jambes sont levées plus haut et le rythme de la marche est plus soutenu qu’au Royaume-Uni ou en Chine par exemple. La France se situe elle entre les deux.

Il ne vous reste plus désormais qu'à vous entraîner pour faire pâlir le sergent Hartman de Full Metal Jacket.

Fanny Arlandis

L'Explication remercie le capitaine Frédéric Gillard et l'aspirant Romaric Bouvet, de l'école des officiers de la gendarmerie nationale de Melun, et le sous-lieutenant Guillaume Daniel, de l'école militaire de Saint-Cyr.

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Fanny Arlandis
Fanny Arlandis (271 articles)
Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.
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