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- Jacques Attali est un des fondateurs de Slate.fr. Economiste, écrivain, éditorialiste à l'Express, Président de Planet Finance. Il est l'auteur de nombreux essais et romans dont récemment La Crise et après ?
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Jacques Attali
Jacques Attali est un des fondateurs de Slate.fr. Economiste, écrivain, éditorialiste à l'Express, Président de Planet Finance. Il est l'auteur de nombreux essais et romans dont récemment La Crise et après ?
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Qui mérite son salaire, par Jacques Attali
Seuls augmentent les revenus de ceux qui dirigent, qui financent, ou qui distraient.
Quinze jours après la publication du rapport que Nicolas Sarkozy a commandé au directeur général de l'Insee, Jean-Philippe Cotis, sur le partage entre salaires et profit dans l'économie française, il est temps de faire le point sur les débats qu'il a provoqué. Ils sont consternants.
D'abord les faits: on a voulu voir dans le rapport Cotis une apologie de l'actuelle distribution des revenus en France. En réalité, il dénonce trois scandales:
- D'une part, les revenus distribués du capital ont augmenté massivement: la part versée des dividendes aux détenteurs du capital a plus que doublé depuis une quinzaine d'années. De 7% en 1993, elle est passée à 16% de l'excédent brut d'exploitation en 2007. En moyenne, 57% des bénéfices des 41% d'entreprises qui versent des dividendes reviennent à l'investissement, 36% sont reversés aux actionnaires et seulement 7% reviennent aux salariés par le truchement d'intéressement, de participation ou d'abondement.
- D'autre part, les inégalités entre les salariés se sont aggravées: si depuis vingt ans la part des rémunérations salariales dans la valeur ajoutée est restée stable, (autour de deux tiers), l'inégalité entre les salariés s'est fortement accrue. Le salaire brut des 130.000 personnes les mieux payés, soit 1% des salariés, est passé en dix ans de 5,5% à 6,5% de la masse salariale dépassant 120.000€, Les 0,1% de salariés les mieux rémunérés, soit 13.000 personnes, atteignent 297.000€ par an.
A cela, il aurait fallu ajouter les gains de stock-options qui représentent souvent plus de la moitié de la rémunération des cadres dirigeants, de même que les indemnités de départ, ou «parachutes dorés», qui peuvent parfois atteindre l'équivalent de plusieurs centaines d'années de Smic. Sans compter les fonctions diverses qu'exercent souvent les dirigeants d'entreprises qui les amènent à avoir plusieurs sources de revenus. Loin des 1% d'augmentation de la masse salariale annoncée, il est plus vraisemblable que les salaires des mieux rémunérés aient presque doublé en dix ans. A l'autre extrémité de l'échelle salariale, les 10% les moins bien payés ont connu une très légère hausse de leurs revenus du fait de la relative augmentation du Smic.
- Enfin, le salaire du «salarié médian», c'est-à -dire celui de la classe moyenne, a stagné, écrasé par les charges. Et c'est en réalité plus grave encore car les hausses des cotisations sociales et patronales sont incluses dans le décompte des hausses de la masse salariale, alors que l'augmentation du nombre de salariés dans les entreprises entraine en réalité une diminution du revenu par tête.
Pour que l'étude ait eu plus de portée, il aurait donc fallu avoir le courage d'aller au-delà d'une mesure statistique globale. Et même de regarder ce qui se passe profession par profession. En osant se poser la question de savoir si ceux dont les revenus augmentent le plus sont ceux dont l'utilité sociale est la mieux établie. Aujourd'hui, pour ne pas avoir à se poser explicitement cette question très difficile, on laisse le marché (ou plutôt les relations et les rapports de force) décider des revenus. Et on n'ose pas affronter le fait que nos sociétés paient mieux les grands patrons que les grands professeurs; les footballeurs que les cancérologues, les banquiers que les ingénieurs. Autrement dit, seuls augmentent les revenus de ceux qui dirigent, qui financent, ou qui distraient. Piètre société. Folle aussi, parce que, à ce rythme, son déclin est assuré.
Il faudrait avoir le courage de reconnaitre qu'il est scandaleux qu'un jeune chercheur, ou professeur d'université, même dans des secteurs aussi évidemment utiles que la médecine, gagne en général moins de 2.500 euros par mois quand son homologue dans la banque gagne parfois dix fois plus et même 100 fois plus (oui, 100 fois!) dans le football. Et de reconnaitre qu'il ne sert à rien de parler de la réforme de l'université, ou de l'hôpital, aussi longtemps que tout pousse les plus brillants des jeunes à partir enseigner et chercher à l'étranger.
C'est sans doute la priorité: oser augmenter massivement les salaires des chercheurs, des professeurs, des ingénieurs, les plus brillants. Aucune dépense budgétaire ne serait plus justifiée car ce serait évidemment le meilleur investissement possible.
Et qu'on ne dise pas qu'il est difficile de les choisir. la France est encore une méritocratie qui sait  nommer ses élites par leurs diplômes. Il lui faut maintenant retrouver le courage de les rémunérer en fonction de leur utilité. La survie scientifique, industrielle, économique, humaine du pays est à ce prix.
Jacques Attali
Photo: Pièces de monnaie Reuters
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Comments
Bien
Vraiment bien, M. Attali.
C'est étrange, j'ai l'impression que tout le monde est au courant de ces faits,
depuis bien longtemps.
Mais ça dure.
On continue dans cette voie, et tout va bien. ?
Je pense qu'il faut voter, même si c'est de plus en plus difficile d'en montrer
les bienfaits.... ( Qui dirige vraiment ? les politiques ou les grands groupes ? )
Guillaume
Un rien m'amuse, tout m'agace.
L'évidence
Vous ne faites qu'écrire un peu mieux que d'autres une évidence; les faits évoqués sont connus comme le loup blanc depuis, malheureusement, trop longtemps.
Laissez-moi ajouter que nous n'avons pas de chefs, de dirigeants qui donnent l'exemple et montrent le cap de l'avenir dont ont besoin une nation, un groupe, une famille:
- Les chefs d'entreprise: salaires indécents, comportements imbéciles, mépris affiché;
- Les députés: absences régulieres, dépenses irrégulieres, opacité de la République;
- Les magistrats: l'affaire d'Outreau á elle seule a brisé un pan de la justice.
En Angleterre, les maisons des dirigeants d'entreprise et celles de députés ont du faire l'objet de protection policiere particuliere.
Espérons qu'on ne trouvera aucune tete sur des piques. Mais quand le pouvoir est abusé, utilisé pour le bien-etre de ces tout petits pourcentages que vous décrivez et pour couvrir l'incompétence de ceux qui l'exercent, on peut légitimement douter que l'avenir sera doux.
Archi
le problème de la hérarchie salariale
L'analyse de J. ATTALI démontre - ce que personne n'ignorait - que nous vivons dans une société capitaliste où le libéralisme est désormais triomphant, malgré les ravages de la crise économique que celui-ci vient de provoquer... Et ceux "qui nous distraient" (au sens pascalien, sans dimension métaphysique cependant) ont réussi à persuader tout le monde, socialistes compris, qu'il n'existait aucune alternative. La boucle est bouclée, comme on dit !
Il faudrait sans doute se pencher avec un peu plus d'attention sur la question de la hiérarchie salariale, une des plus difficiles qui soient, surtout dans une société libérale qui ne connaît que les prétendues "lois du marché". Le critère des diplômes proposé par J. ATTALI est, à lui seul, un peu léger. Est-ce parce que des jeunes gens de 18-20 ans ont réussi un concours qu'ils auraient droit toute leur vie à des salaires exorbitants ? Après tout, les dirigeants de banques ne sortent-ils pas de l'ENA, de l'X ou de Centrale ? Ce qu'il faudrait creuser, c'est l'idée d'un coefficient appliqué au salaire de base pour récompenser les années d'études consenties par ceux qui les ont faites (mais ça ne résoudrait pas tous les problèmes, en particulier "l'utilité sociale" dont parle ATTALI).
En revanche, il faut cesser de calculer les augmentations de salaire en "masse salariale", sinon ceux qui sont en bas auront des clopinettes, et les 0,1% les plus riches empocheront la mise ! Qui osera, dans une entreprise ou dans la fonction publique prôner des augmentations UNIFORMES de salaires ? Avec le système actuel, en bas de l'échelle, vous vous achèterez un beefsteack de plus ; est-ce qu'en haut de l'échelle vous aller bouffer des milliers de beefsteacks de plus ? Ben non, bien sûr : vous allez acheter une bagnole à votre petit dernier... Ben voui, c'est ça la société libérale : quand les gros se goinfrent, les affamés disent merci quand ils reçoivent quelques miettes de plus.
esteve
Pourquoi tant de haine
Pourquoi tant de haine chez les intellos et le Medef contre les joueurs de foot ?
Il faudrait avoir le courage de reconnaitre qu'il est scandaleux qu'un jeune chercheur, ou professeur d'université, même dans des secteurs aussi évidemment utiles que la médecine, gagne en général moins de 2.500 euros par mois quand son homologue dans la banque gagne parfois dix fois plus et même 100 fois plus (oui, 100 fois!) dans le football.
Loin de moi l'idée de justifier la faiblesse des rémunérations des jeunes chercheurs, mais pourquoi leur opposer celui des joueurs de foot en reprenant ainsi le discours du Medef pour justifier les rémunérations astronomiques des grands patrons ?
Après tout M. Attali, vous êtes bien l'homme de "la commission pour la libération de la croissance française." L'homme de l'ouverture à la concurrence depuis les coiffeurs jusqu'aux chauffeurs de taxi.
S'il y a un domaine où il n'y a ni conservatisme, privilège ou rente, c'est bien celui du revenu des sportifs. Tant qu'ils gagnent et donc qu'ils font gagner de l'argent à leur employeur, ils touchent, et dès qu'ils sont usés on les jette. Et là pas de retraite chapeau. Et ce contrairement aux banquiers où aux chefs d'entreprise, dont la crise actuelle nous a démontré qu'ils touchaient une rente de situation qui n'avait rien à voir avec leur performance individuelle.
Et qu'on ne dise pas qu'il est difficile de les choisir. la France est encore une méritocratie qui sait nommer ses élites par leurs diplômes. Il lui faut maintenant retrouver le courage de les rémunérer en fonction de leur utilité. La survie scientifique, industrielle, économique, humaine du pays est à ce prix.
Payer les gens en fonction de leur utilité est un vieux mythe, car qui décide de l'utilité ? Je suppose que les membres de la commission qui va décider de l'utilité relative des emplois, vont commencer par décider de leur propre utilité et se voter un robuste salaire. :~) Ensuite comment on fait ? Dans le cas de la recherche par exemple, je suppose qu'un sondage démocratique laisserait émerger l'idée que les chercheurs en médecine sont plus utiles socialement que les chercheurs en sciences humaines. Admettons, mais "combien" plus importants. Chacun est persuadé de son utilité et surtout doute de l'utilité des autres. Et d'ailleurs l'utilité sociale d'une infirmière n'est-elle pas supérieur à celle d'un nombre non négligeable de chercheurs toutes disciplines confondues ? Faut-il ne considérer que le diplôme ? D'une part il sanctionne la performance passée, mais ne garantit pas la performance futur. D'autre part les concours les plus difficiles ne conduisent pas nécessairement aux métiers les plus utiles. La France y perdrait-elle beaucoup à avoir un peu moins d'inspecteurs des finances par exemple ? :~)
El Gato
Enfoncer une porte ouverte
La réussite repose sur deux choses:
1- le réseau de relations (ce que les anglais appellent le noze-browning)
2- les magouilles (toutes les fortunes crient "imbéciles" aux gens honnêtes)
Les diplômes, c'est juste pour faire croire à la jeunesse que c'est un sésame. Elle apprendra à la dure que les lèches-bottes et les escrocs s'en sortiront bien mieux.
Quant aux sociétés, c'est un peu pareil. Une société, c'est deux choses:
1- des dettes
2- des ententes
Le produit, la qualité, le marché, c'est juste un prétexte pour aller chercher plus d'argent (dette) pour grossir et bien arroser pour s'assurer les appuis, les magouilles, la prévarication et les ententes.
L'équalité, la probité, l'honnêteté, la morale (...) c'est juste pour livre et les contes pour enfants.
Regardez les plans de sauvetage de l'industrie automobile aux USA (et aussi en France). Est-ce éthique? Moral? Non! C'est du favoritisme.
Regardez l'aide massive aux banques et organismes financiers. Est-ce éthique? Moral? Non! C'est de la socialisation des pertes pour une meilleure privatisation des profits.
Le monde de l'argent a corrompu celui de la politique. Depuis que les deux mangent et couchent ensemble, le bal se joue en club très privé.
manque de courage politique!
Si l'on accepte le système capitaliste libéral, et que l'on veut en juguler les excès, les politiques ont en main tous les outils de régulation utiles: fiscalité(surtaxation des super-salaires et des super-retraites comme des stock-options), refus des cumuls, sanctions contre l'absentéisme(élus et fonctionnaires grands spécialistes), refus et sanction des gaspillages publics(recensés par la Cour des Comptes et souvent sans suites)...; manque le seul ingrédient que n'ont apporté ni la droite au pouvoir ni la gauche de M.Mitterrand n'en déplaise à J.Attali):le COURAGE POLITIQUE.... et un zeste d'imagination!
mais 3 décennies de laxisme (le déficit public en période de croissance stupidement transformé en règle de gestion exemplaire par Mitterrand comme par Chirac) nous ont conduits à aborder la crise avec une marge de manoeuvre réduite et le refus de l'obstacle n'est plus permis!espérons que l'INTELLIGENCE reprendra le pouvoir!!
dest
Et le rapport Attali qu'en faites-vous M. Attali ?
En osant se poser la question de savoir si ceux dont les revenus augmentent le plus sont ceux dont l'utilité sociale est la mieux établie. Aujourd'hui, pour ne pas avoir à se poser explicitement cette question très difficile, on laisse le marché (ou plutôt les relations et les rapports de force) décider des revenus.
Mais rendre au marché tout son pouvoir en s'attaquant aux conservatismes, privilèges et situation de rente n'était-ce pas le coeur même de votre rapport ?
Chaque fois que des ressources restent utilisées dans des affectations devenues improductives ou se heurtent à des barrières à l’entrée, empêchant la « destruction créatrice », la croissance ralentit, l’innovation et la modernisation sont retardées. Les rentes dont bénéficient les secteurs abrités sont une « taxe » sur les consommateurs (prix plus élevés) et sur les moins protégés (les jeunes en particulier). Une concurrence efficace est le meilleur moyen pour assurer la mobilité économique. Elle a donc un rôle clé dans la stratégie de libération de la croissance. Des études de l’OCDE montrent clairement que les pays où le degré de concurrence dans les marchés des biens et des services privés est plus élevé ont de meilleures performances en termes de croissance. Ces mêmes études montrent que la France est l’un des pays qui bénéficierait le plus d’une concurrence accrue dans les biens et services.
La concurrence doit donc devenir la règle dans le secteur privé, car elle est dans l’intérêt de tous.
"Trouver le courage de rémunérer les salariés en fonction de leur utilité" ne serait-ce pas sacrifier la concurrence et donc la croissance ?
El Gato
Nos élites?
Nos élites? où çà ?
Celles qui avaient prévu cette crise? des noms!!
Et,une fois de plus, on nous montre l'arbre qui cache la forêt. Les gros salaires? faisons-en le total! Allez, avec une grosse louche, on va arriver au milliard d'Euros par an. C'est énorme? (Ramené au revenu du couple François et Sé.... -45.000€ par mois....- nous avons combien de F et de Sé? hum?).
Bon, on en est à 1 milliard d'Euros par an.Pour les balaises.
Somme des RMI des clodos et des gens dits du voyage? (qui sont, tous,bien entendu très sensibles au "I" comme intégration!).
Tiens, à propos, qui s'est élevé publiquement contre cette mesure?
Somme des allocations (familiales,logement,chômage etc etc etc etc) des """"minorités -dites- visibles"""".Alors, combien?hum (baissez pas la tête!).
Tiens, à propos, qui s'est élevé publiquement contres ces mesures?
Pas de chiffre(s)? allez, à la louche aussi, 100 milliards d'€ par an.oui, 100.
Revenons à des chiffres plus modestes, pour ceux qui auraient un bulletin de salaire.Que vous inspirent les lignes CSG,CRDS??rien?
c'est une partie de ce que l'on vous pompe (qui s'est élevé contre????) tous les mois.Ce sont des espèces sonnantes et trébuchantes
ajoutées par les copains et les coquins (nos élites??? tiens, à propos d'élites j'entends encore ce terme ,avec toute la flagornerie qui sied, dans la bouche d'A Minc il y a peu), ajoutées ,disais-je, aux fameuses retenues pour notre sécu, notre retraite,notre mutuelle,notre etc etc etc. Ce pactole (et le mot est faible...) où passe-t-il?OU? pas de réponse des élites?
Tiens, ce serait pas dans la forêt?? Celle là même évoquée plus haut?
Alors nos élites? on va peut-être les trouver dans celles et ceux qui se sont élevés publiquement contre le racket en règle des salariés français.Là , je demande des noms!
Euh...si je mérite mon salaire du privé? En gros j'ai fait gagner à ma boite 10 à 15 fois ce que je lui ai coûté en brut du brut...
La mesure de l'utilité sociale?
Votre article ainsi que les commentaires associés semblent convenir qu'il faudrait que les revenus soient proportionnés à « l'utilité sociale » pour sortir des disparités constatées. Le fait que cette évidence s'accompagne d'un sentiment d'impuissance ou alors qu'il alimente les agressivités habituelles aussi vaines que suspectes devrait alerter.
D'abord si les tendances indiquées perdurent il ne s'agit pas seulement de la malignité de quelques-uns mais d'un système de valeurs collectif où la valeur des revenus « de ceux qui dirigent, qui financent ou qui distraient », pour reprendre le titre, tendrait à s'accroître plus que les autres. Cela a un Sens il faut l'élucider et cette élucidation prépare à un changement de Sens déjà engagé.
J'ai déjà indiqué trois repères essentiels de la crise financière.
- la fin de la dominance de l'individualisme radical. On y est.
- la fin du découplage de la valeur et des valeurs. On y est.
- l'émergence de l'économie communautaire. La seule perspective cohérente.
Ce sont à la fois les clés de compréhension de la dérive constatée et des conditions de résolution que la crise met en chantier.
L'utilité sociale ne peut se mesurer que sur une échelle de valeurs qui dépend d'un système de valeurs. Or le système de valeurs dominant a été celui de l'individualisme radical. On n'aura pas de mal à l'accepter pour ceux que l'on taxe d'égoïsme et dont les revenus semblent excessifs mais on doit aussi prendre en compte qu'il s'agit d'un système de valeur collectif dont le Sens est commun au plus grand nombre. Le désir de paraître, le succès, le fait d'en faire le moins possible pour gagner plus, l'encouragement des spéculations de tous ordres pour être gagnant correspondent à cet individualisme spéculatif qui prédomine. Le narcissisme entretenu par les médias, y compris dans les exercices de bonne conscience mais aussi dans l'adulation des gagnants, des plus malins, des vedettes, y contribue largement. Pire les revendications qui ne veulent rien changer sauf les budgets et les effectifs vont dans le même Sens, chacun à son niveau. C'est pour cela que les cris les plus bruyants destinés à condamner ces excès proviennent souvent d'individualistes, égo centrés qui n'ont guère le souci de l'utilité sociale ou plutôt qui conçoivent celle-ci comme la seule réalisation de leurs désirs particuliers.
Le principe à chacun ses valeurs est un relativisme qui légitime tous les excès y compris l'impossibilité d'instaurer un moyen cohérent d'évaluation commune. Les corporatismes en sont aussi des exemples dont la transparence n'est pas la qualité première. De la fonction publique aux médecins en passant par de nombreuses autres professions même modestes l'opacité règne.
A cet individualisme radical, spéculatif, un coup d'arrêt a été donné qui permet aussi la discussion engagée. Le collectivisme radical a vu lui son coup d'arrêt avec la chute du mur de Berlin. Pourtant beaucoup croient à son retour aussi bien que beaucoup ne croient pas encore à la fin de l'individualisme radical si bien que sa logique est toujours utilisée pour analyser les situations et se projeter dans le futur. Prophéties auto-réalisatrices?
Pourtant deux caractéristiques de la situation antérieure sont mises en question, encore implicitement, mais travaillent les esprits.
La séparation de la valeur et des valeurs était due au système de valeur dominant, l'égoïsme spéculatif. Son renversement permettra de s'intéresser aux valeurs et reconnaître le lien entre les valeurs communes à partager et la valeur des rémunérations des uns ou des autres. L'utilité sociale n'est pas une mesure formelle indépendante des valeurs communes, celles de la communauté de valeurs.
En effet c'est le Sens du bien commun qui détermine les valeurs qui en sont des indicateurs. Ces valeurs constituent un système de valeurs sur lequel s'appuie l'échelle de valeur sur laquelle on peut évaluer, mesurer la valeur des choses et des « utilités sociales ». Il faut bien comprendre que la référence à « l'utilité sociale » reste un leurre théorique et pratique si le Sens du bien commun, les valeurs, le système de valeurs, l'échelle de valeur (des rémunérations parmi d'autres) ne sont pas déterminés ou restent opaques.
Mais pour cela il faut aussi échapper à la croyance en une économie systémique dont les régulations en viendraient à corriger des dysfonctionnements. Au nom de quelles valeurs? Les nôtres bien sur, pas celles des autres. Il suffit de voir la stérilité totale et persévérante de tous les débats nationaux ou européens sur ce sujet par exemple.
En fait la clé est dans le fait qu'il n'y a pas de valeurs, de système de valeurs, d'échelles de valeurs et d'évaluation donc d'utilité sociale qualifiable et mesurable sans référence à un Sens du bien commun dans une communauté de référence, jamais dans l'absolu sauf au prix d'un absolutisme tel qu'on en a connu.
C'est donc une erreur de vouloir uniformiser ce qui ne l'est pas, universaliser ce qui est différencié, réduire ce qui est divers. En effet toute personne participe aussi à « l'utilité sociale » de plusieurs communautés de valeurs et donc plusieurs sources de revenus évalués sur des échelles différentes. On peut d'ailleurs penser aussi rémunérations collectives sur le même principe à toutes les échelles. Les échelles mondiales, européenne, nationales, locales, institutionnelles, les proximités de vie etc. sont les champs simultanés où les utilités sociales peuvent être évaluées.
En conclusion « l'utilité sociale » ne trouve sa justice et sa justesse que dans le champ communautaire c'est-à -dire gouvernable collectivement autour d'un Sens du bien commun spécifique, un système de valeurs partagé, des échelles de valeurs identitaires comme opérationnelles, des référentiels d'évaluation appropriés. Tout arbitraire dans la définition de l'utilité sociale, notamment technocratique, comme toute normalisation sont l'un et l'autre des dénis de justesse.
Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com
Croissance d'abord
Maintenant, comme souvent, "the devil is in the detail": Vous écrivez: "oser augmenter massivement les salaires des chercheurs, des professeurs, des ingénieurs, LES PLUS BRILLANTS". Je vois d'ici un intéressant débat se développer:
- Qui sont les professeurs et les chercheurs les plus brillants?
- Comment les évalue-t-on, qui les évalue?
- Sont-ce des universités autonomes qui décident, pour attirer les plus brillants, ou applique-t-on la grille nationale?
Tiens, ça ne vous rappelle rien?
Après un diagnostic foudroyant d'acuité, c'est le passage au concret qui m'interroge.
Enfin, comme El Gato, je dirais: Que faites vous de la croissance? Générer de la croissance et répartir ses fruits, ce sont deux choses, mais l'un ne va pas sans l'autre.
Inthesky
Brillant ou méritant
A vous lire, s'agit-il de redéfinir la place de ces catégories intellectuelles "d'utilité sociale" dans la hiérarchie des salaires (les chercheurs, les professeurs, les ingénieurs) ? Auquel cas, il faudrait préciser le concept d'utilité sociale et apporter une réponse globale, avec une traduction concrète pour toutes ces professions, qui aille au-delà des intentions que tout le monde partage. Que proposez-vous comme dispositif ? A combien chiffrez-vous cet investissement ? Quelles sont les modalités que vous préconisez pour financer cet investissement ? Comment évaluez-vous le retour de cet investissement ?
S'il s'agit par contre de rémunérer les plus "méritants" d'entre eux , ne s'agit-il pas plus simplement d'approfondir (voire d'amplifier) les nouveaux dispositifs de rémunération au mérite (PFR) en fonction du niveau de responsabilité et de performance du chercheur, de l'ingénieur, du professeur, du médecin.
Si par "plus brillants", vous entendez ceux qui pourraient partir à l'étranger, c'est-à -dire ceux que le marché est prêt à acheter, l'enjeu est bien différent : il s'agit alors de quelques cas particuliers, au même titre que les joueurs de football ou les grands patrons. Et là , je suis d'accord avec vous : il faut nous donner les moyens financiers de participer au Mercato.
Méritocratie vs Offre et demande
Selon la loi de l'offre et de la demande, ce ne sont pas les personnes les plus méritantes qui bénéficient de conditions avantageuses, car elles se situent souvent dans des métiers très convoités : beaucoup de postulants, donc peu de considération. Or, c'est la rareté qui apporte la réussite professionnelle "honnête". Les chercheurs, ingénieurs et professeurs que vous citez ont beau être excellents, si à nombre de postes égals, ils peuvent être remplacés par d'aussi bons éléments, ils n'auront pas la valeur marchande de leurs qualités. Je sais, c'est malheureux à dire. Et la France, en ce sens, est victime de l'excellence de ses élites scientifiques.
...et de la trop faible quantité d'entreprises susceptible de les accueillir ! Il faut donc pousser les ingénieurs et chercheurs blanchis sous le harnais à monter leurs propres entreprises. Et ce, dans un pays où le rêve de toutes ces catégories (chercheurs, professeurs...) est d'être mieux rémunéré dans le secteur... PUBLIC ! On voit bien les problèmes que causent les véléhités du gouvernement à libéraliser un peu l'enseignement, c'est à dire à différencier les mérites respectifs pour que ces professionnels puissent justement être payés selon ce critère.
La rareté comme moyen de donner plus d'importance aux professionnels concernés, les métiers à Numerus Clausus l'ont parfaitement compris : c'est une application directe d'une loi de l'offre et de la demande bien maîtrisée que de limiter le nombre de personnes susceptibles d'avoir accès à tel ou tel métier. Le mérite est-il en question ? Nullement ! Ce n'est que l'alibi permettant de maintenir ce privilège. En vérité, ces professionels ne sont pas meilleurs que dans un secteur non contrôlé, mais ils maintiennent par eux-mêmes des conditions avantageuses de rémunération et de sécurité de l'emploi pour leur profession dans son entier (Lire "Toujours plus" et les livres suivants de François de Closets)
Alors ? Serait-ce la loi de l'offre et de la demande et le libéralisme qui seraient fautifs ? Voire : le mérite était-il mieux considéré dans la période soviétique ? Après tout, Jacques Attali semble dire que c'est au Pouvoir de régler ce problème et non au Marché. Hélas, on en revient au même constat : "Seuls augmentent les revenus de ceux qui dirigent, qui financent, ou qui distraient", c'est à dire la Nomenklatura...
Réfléchissons un instant : comment instaurer un système dans lequel le mérite serait le critère absolu de progressions sociale ? Le vote à tous les étages par des pros du métier, aucune tricherie ou favoritisme, et l'acceptation d'un tel système par les dirigeants... qui ne dirigeraient plus grand chose ! A mon avis, le rêve d'une société réellement méritocratique proche de celui constaté dans la Recherche Fondamentale peuplera encore les romans de science-fiction les plus utopistes, et eux seuls...