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Coupat libéré: la claque de Tarnac, par François Hollande

Le 11 novembre 2008, la quiétude d'un village situé au coeur du plateau de Millevaches, dans le beau canton de Bugeat, est brutalement interrompue par un déploiement policier d'une exceptionnelle envergure. Et la Corrèze apprend avec stupeur qu'elle abrite un foyer d'agitation d'ultragauche particulièrement dangereux. Pas moins de neuf personnes sont mises en examen pour association de malfaiteurs terroristes. Curieusement, compte tenu de la gravité des actes reprochés, cinq seulement sont écrouées, dont celui considéré comme le leader présumé d'un groupe clandestin supposé entretenir des relations conspiratrices à l'étranger. Rien que cela!

Comme Président de Conseil général, je découvre ainsi — non sans inquiétude — la présence sur le territoire de mon département d'une telle base logistique, confirmée par les propos de la ministre de l'Intérieur justifiant les interpellations comme le caractère terroriste des agissements!

Rapidement, un comité de soutien local se forme et met à jour l'activité apparemment paisible des prévenus et l'intégration plutôt réussie des interpellés: des jeunes ayant pour les uns repris une ferme, pour d'autres l'épicerie de Tarnac et appréciés par la population. Présents dans les fêtes, militants au grand jour. Difficile donc de les imaginer la nuit «terroristes». Même si, on ne sait jamais... Tarnac pouvant constituer en effet une planque idéale et leurs couvertures professionnelles pouvant même, finalement, être une façade commode, cachant la préparation de sabotages!

Alors, je cherche les témoins, rencontre les parents, les proches et prends attache avec les élus du coin. Rien qui étaye la thèse du complot.

Mais, nous dit-on, la Justice a des preuves. Et la Ministre de jouer les mystérieuses. Celle qui sait mais ne peut rien dire. Évoque le secret de l'instruction, mais prend des airs entendus. La gène s'installe. L'énervement gagne. La mobilisation gonfle. Les doutes se multiplient à mesure des libérations des mis en examen. Ne restent incarcérés, à la fin de l'année 2008, que Julien Coupat et sa compagne Yldune Levy.

Il apparaît de plus en plus clairement que la qualification de terrorisme a été utilisée bien imprudemment et que la procédure a été engagée bien précipitamment.

Fin janvier 2009, la jeune Yldune sort à son tour de la détention préventive qu'elle subit pour cause de vie commune avec Julien Coupat, désormais seul acteur de ce qui prend des allures de ratage policier et de palinodie judiciaire, mais surtout de faute politique.

Il faudra néanmoins attendre quatre mois de plus pour que le juge d'instruction, puis le parquet, après pas moins de quatre demandes déposées par ses avocats, décident de remettre Julien Coupat en liberté.

La ministre de l'Intérieur a préféré garder le silence. Je la comprends. Le scénario qu'elle avait échafaudé à grands renforts de déclarations à la presse s'effondre. L'ultragauche qu'elle avait visée à travers le «groupe de Tarnac» se révèle une théorisation aussi fumeuse que les textes de Julien Coupat, notamment dans «Le Monde», dont je ne partage ni les termes ni les analyses.

Mais, le couac de Tarnac est devenu une affaire politique. Comment la ministre de l'Intérieur a-t-elle pu déclencher, avec le concours du Parquet, sous la dépendance directe de la Garde des Sceaux, une procédure aussi mal préparée? Pourquoi l'incrimination d'association de malfaiteurs en liaison avec une entreprise terroriste a-t-elle pu être utilisée, alors que les faits - déjà graves - qui pouvaient éventuellement avoir été commis tombaient sous le coup d'autres accusations?

Au nom de quel intérêt supérieur de l'Etat le gouvernement a-t-il engagé une telle médiatisation de cette opération qui se retourne aujourd'hui contre lui?

La démocratie doit se défendre, y compris contre ceux qui la contestent par leurs écrits, leur pharmacologie révolutionnaire et, a fortiori, contre ceux qui veulent la «bloquer». Mais elle doit le faire dans le respect du droit et des libertés, sinon elle donne des armes de propagande à ses ennemis. Pour lutter contre le terrorisme, il convient de l'identifier, de l'encercler et de l'éradiquer. Ce qui suppose la vigilance permanente et non la suspicion générale. La Ministre aurait voulu assurer le succès de la diffusion du livre «L'insurrection qui vient» qu'elle ne s'y serait pas prise autrement. C'est la claque de Tarnac!

François Hollande

Image de une: Rachida Dati, la Garde des Sceaux, et Michèle Alliot-Marie, la ministre de l'Intérieur. REUTERS/Philippe Wojazer

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