Monde

Hani al-Hassan le théoricien de la cause palestinienne

Jacques Benillouche, mis à jour le 08.07.2012 à 7 h 26

Au moment où une polémique voit le jour sur les causes exactes de la mort de Yasser Arafat, Hani al-Hassan, homme de l'ombre et théoricien de la cause palestinienne, vient de disparaître.

Hani al-Hassan Khaled al-Hariri REUTERS

Hani al-Hassan Khaled al-Hariri REUTERS

Hani Al-Hassan est mort, presque incognito, sans avoir vu se réaliser son rêve d’un État palestinien autonome. Cet «israélien» né en 1939 à Haïfa, au nord d’Israël, n’a jamais pu revoir sa ville natale. Il fut le compagnon de route de Yasser Arafat comme l’avait été son frère ainé, feu Khaled Al-Hassan, l’un des fondateurs du Fatah.

Précurseur du Fatah

Après son premier exil au Liban en 1948 avec la naissance d'Israël, il atterrit dans le camp de réfugiés de Yarmouk, près de Damas en Syrie. Il flirte alors un certain temps avec  les Frères musulmans ce qui expliquera sans doute plus tard sa proximité avec le Hamas. Puis il part dans les années 1960 en Europe, en Allemagne, pour suivre des études d'ingénieur à Darmstadt et à Munich, avec pour mission de créer l’Union Générale des Étudiants palestiniens en Europe qui rejoint le Fatah à sa création en 1962 au Koweït.

Rapidement il prend de l'importance dans l'organisation et devient en 1974 le bras droit de Yasser Arafat qui lui confie le premier poste d'ambassadeur de l'OLP en Iran, au lendemain de la Révolution islamique de 1979. Sa fréquentation de la révolution iranienne triomphante renforce son intérêt pour les thèses islamistes. Mais ce n'est pas un idéologue, un pragmatique. Il devient ensuite ambassadeur en Jordanie et tisse alors de bonnes relations avec les États du Golfe. Il intégre le comité central du Fatah en 1980 mais reste sur des positions radicales, critiquant la position des dirigeants palestiniens sur le problème irakien après 1991 et sur le processus de paix clandestin d’Oslo avec Israël en 1993. Il s'oppose aux contacts bilatéraux et préfére des négociations avec les israéliens sous l’égide de l'ONU qui lui semblent plus favorable aux thèses palestiniennes.

Proche des idées du Hamas

Cela ne l'empêche pas de s'installer à Gaza en novembre 1995 en tant que principal conseiller politique de Yasser Arafat, dont il juge pourtant les positions trop modérées et floues, et en tant que responsable des relations internationales au sein du Conseil National palestinien. Il poursuit son ascension et est nommé ministre de l'intérieur le 29 Octobre 2002 et occupe le poste de chef du Fatah en Cisjordanie.

Yasser Arafat lui confie le dossier de «la feuille de route» et il se montre efficace et incisif au point que les Israéliens cherchent à le faire remplacer par un homme à eux ayant compris qu’il a réussi le tour de force d'être à la fois un haut dirigeant du Fatah, un proche de Arafat et qu'il a la confiance des mouvements islamistes et des autres organisations extrémistes non religieuses comme le FPLP. Même le premier ministre israélien Ariel Sharon est impressionné par ce militant, dynamique et habile, qualifié par ses services de renseignements de «cerveau» du vieil Arafat. Il se distingue lors d’une conférence à Londres, en 1982, où il condamne le massacre de Sabra et Chatila par les milices chrétiennes en déclarant que : «l’ambition des palestiniens passera forcément par le fusil». Il inspira aussi le slogan palestinien repris par Yasser Arafat : «La lutte armée sème et l'action politique récolte.»

Des relations difficiles avec Mahmoud Abbas 

Manifestement la forte personnalité et l'influence de Hani al-Hassan ont toujours gêné Mahmoud Abbas. En dépit de  l’opposition de Yasser Arafat, Abbas l'a débarqué en 2003 du cabinet de l’Autorité palestinienne pour devenir le conseiller personnel d’Arafat à la sécurité nationale. Al-Hassan prit alors la tête du bureau de mobilisation et d’organisation du Fatah jusqu'en avril 2007, date à laquelle il a été remplacé dans ce rôle par Ahmed Qoreï.

Le fait que Hani al-Hassan était l'homme d'une synthèse possible avec le Hamas ne pouvait qu'indisposer Mahmoud Abbas. Dans une interview télévisée à la chaine Al-Jazeera, après la victoire du Hamas de Gaza en juin 2007, Hani al-Hassan avait fortement critiqué le Fatah coupable de s’associer au plan établi par le général Dayton, coordonnateur américain, chargé de reconstruire les forces de sécurité palestiniennes pour en faire un embryon d’armée. El-Hassan avait alors estimé que ce plan avait pour but «d’enflammer les luttes intestines».

Il avait alors affirmé qu'il n'y avait pas de conflit de fond entre le Hamas et le Fatah, accusant une minorité au sein du Fatah de préparer un coup d'État visant à renverser le Hamas avec l'appui des Américains. Il avait pour cela pointé du doigt Mohamed Dahlan et ses amis les accusant d’être manipulés par le Mossad et la CIA.

Mais Mahmoud Abbas avait alors choisi le camp de Dahlan plutôt que celui de Hani al-Hassan, trop proche à ses yeux du Hamas. Des hommes armés masqués avaient été jusqu'à ouvrir le feu sur sa maison à Ramallah... à un moment où il était absent.

Deux camps palestiniens s’étaient alors opposés de manière frontale. Celui des modérés de Mahmoud Abbas et Mohamed Dahlan, proches des occidentaux, comprenait Ahmed Abdul-Rahman, Al-Tayeb Abdul-Rahim, Nabil Amr et des officiers de la sécurité tels que le chef des Renseignements Généraux, Tawfiq Tirawi. Et L’autre camp, celui d’Arafat, se composait de la majorité des anciens chefs du Fatah tels que le chef du département politique de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), Farouk Al-Qaddoumi, Hani Al-Hassan, Jebril Rajoub, Marwan Al-Barghouti, Ahmed Hellis et des responsables de la branche armée du Fatah, les Brigades des Martyrs Al-Aqsa.

Hani al-Hassan avait des affinités avec les dirigeants de Gaza du Hams et était fermement opposé au plan de Dahlan, soutenu par les américains, dont le but était de nier les résultats des élections de 2006, de destituer le gouvernement du Hamas par la force  et de bouter hors de Gaza les islamistes au moyen des miliciens formés par le général Dayton. Il avait critiqué l’incapacité du président de l’Autorité à obtenir des concessions politiques d’Israël pour tout ce qui touche aux territoires de Cisjordanie et de Jérusalem-Est.

Des funérailles nationales seront organisées lundi 9 juillet à Ramallah, à la Mouqataa, siège de la présidence palestinienne... en présence de Mahmoud Abbas. Ce dernier voit un opposant historique et de poids disparaître.

Jacques Benillouche

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Journaliste
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