Life

Le trollball, jeu drôle

Olivier Clairouin, mis à jour le 07.07.2012 à 14 h 48

Ou comment des gens en armure s’affrontent à coup d’armes factices et marquent des buts avec une tête de troll en latex.

Photos: Olivier Clairouin.

Photos: Olivier Clairouin.

«Waagh!»

Le cri retentit encore que je me suis déjà jeté en avant, filant d'un trait jusqu'au milieu du terrain, mon épée en main. Une dizaine de mètres plus loin, la chorégraphie est la même pour tout le monde: le freinage brusque, les muscles qui se tendent, le va-et-vient incessant que font nos yeux du visage de l'adversaire à l’arme qui se balance au bout de son bras.

«Vlan!» Temps de survie: moins de dix secondes. Le type en face de moi n'a fait qu'une bouchée de mes moulinets désespérés et de mes feintes moisies. Je pose un genou à terre et lève mon épée au-dessus de la tête en signe de capitulation. Un coup d'oeil aux alentours et j’aperçois mes frères d'arme tomber comme des mouches. Un de nos adversaires s'empare du ballon et va tranquillement le poser dans notre zone. 1-0.

Nous sommes dans le hall 5 du Palais des expositions de Villepinte, c'est la Japan Expo/Comic Con, «festival des cultures geek» organisé du 5 au 8 juillet, et je viens de perdre ma première manche de trollball.

Un sport issu des jeux de rôle grandeur nature

J’en avais entendu parlé depuis quelques temps et le pitch faisait envie: réparties de part et d’autre d'une surface à peu près équivalente à un terrain de basket (grosso modo 30 mètres sur 15), deux équipes en armure se jettent l’une contre l’autre dans l’espoir d’aller aplatir une tête de troll dans l’autre camp. Le reste des règles (rôles spécifiques, nombre de points et de manches, durée d'un match…) est laissé à la discrétion des participants et varie d’un endroit à un autre.

Les origines du jeu sont floues et la page Wikipédia qui lui est consacrée se garde bien d'en mentionner. Certains y voient l'empreinte des Belges, particulièrement actifs dans tout ce qui est jeux de rôles grandeur nature (ou «GN»), à l’image du rassemblement «Avatar», qui a lieu tous les étés près de Bernisart. D'autres considèrent que la source du trollball est à chercher du côté du Canada, au Duché de Bicolline, grand-messe des rôlistes depuis dix-huit ans.

Le sport est en tout cas clairement issu de cet univers, comme me le confirme Thomas alias Xen, chef de la Confrérie des Renards d'Airain, l'association organisatrice des démonstrations de cette année au Comic Con. Accoudé avec moi sur les barrières qui bordent la surface de combat, il m'explique que le cri de guerre «Waagh!», par exemple, est directement issu de la série Warhammer et du «Blood Bowl», sorte de football américain mettant en scène elfes, orcs et autres mages.

Arrivé en France à la fin des années 1990, le trollball y a petit à petit fait son trou. Quelques compétitions sont régulièrement organisées, à l’image du «trollball d'hiver», à Rennes, ou du «trollball de printemps», à Ploemeur. La discipline fait par ailleurs régulièrement partie des activités proposées lors des week-ends GN.

«Avant, on se battait avec de gros tubes de PVC»

Deuxième manche. Bien décidé à ne pas me faire rétamer aussi rapidement qu’à la première, je décide de courir plus vite, ayant en tête l'un des conseils techniques donnés par Thomas: occuper l'avant du terrain pour pouvoir rattraper et toucher l'adversaire si celui-ci s’empare du ballon et tente de faire un touchdown.

La manoeuvre aurait pu être habile si je n'étais pas complètement nul. Nez à nez avec deux mecs dont l'un est armé d'une épée longue tenue à deux mains, je tiens courageusement trois secondes et quatre centièmes avant de devoir à nouveau me mettre au sol, la pointe de leurs lames m'ayant rapidement chatouillé les flancs.

Je dis bien «chatouillé» car on ne se fait pas vraiment mal au trollball. L’objectif n'est pas de frapper comme un sourd mais de toucher l'adversaire, si possible de la manière la plus vicieuse qui soit. Les combats singuliers relèvent donc davantage de l'escrime que du combat façon Game of Thrones.

Les armes sont par ailleurs plutôt inoffensives. «Quand on a commencé; on se battait avec de gros tubes de PVC enroulés dans de la mousse d'isolation», détaille Armand, alias Shindranel. Rien à voir avec les engins d'aujourd'hui.

Chaque épée (ou hache, masse d'arme, dague, clef à molette, pelle…) renferme une tige en fibre de verre pour la rigidité, recouverte d'une épaisse couche de mousse et de latex. «Ca fouette plus que ça ne fait mal», rassure Sébastien, dit «le nain», par ailleurs amateur de reconstitutions historiques où l'on manie cette fois des armes, des vraies (ce qui lui a valu plus d'une écorchure).

Ma durée de vie dans la troisième étape du jeu est à peine plus longue qu’aux deux précédentes. Un fourbe s'est glissé derrière moi alors que je m'apprêtais à pourfendre vaillamment son acolyte. C’est la troisième fois que je meurs, et personne encore n’a tâté de ma lame.

Pour les besoins de la démonstration, notre équipement a été réduit au stricte nécessaire: un «tabar» de couleur muni d’une petite corde, pour différencier les équipes, et une épée choisie avant le coup d’envoi dans un arsenal étalé sur une table.

Pas de cottes de mailles, d'armures lourdes ou de bouclier, comme ce peut être le cas lors de parties entre rôlistes plus aguerris. L'idée ici n'est pas de se réincarner dans le corps d'un preu chevalier mais plus de se prendre une barre en se prenant des coups.

«Y en a qui partent en vacances et font des cures, nous on prend des épées et on va se taper dessus», raconte Marie, animatrice dans une petite ville de Seine-et-Marne quand elle n'est pas Alwenna, son chapeau pirate vissé sur le crâne. Les Renards proposent régulièrement l'activité dans les centres de loisirs. «C'est un jeu simple, compréhensible par tout le monde et qui fait un peu penser à la balle au prisonnier», détaille-t-elle.

L'arme parfaite pour amadouer le public et le convaincre que les rôlistes ne sont pas tous des schizophrènes en puissance mal dans leur époque.

Même faux, ça coûte cher

Retour sur le terrain. Tandis que les enceintes crachent la BO du Seigneur des anneaux, j'opte pour une autre tactique dans la dernière manche. Laissant mes coéquipiers partir devant —désolé les copains—, je me glisse sur le côté du terrain et parviens à passer derrière l'ennemi. De quoi en refroidir sournoisement deux avant de me faire moi-même occire.

Bilan du match: 2 à 1 en notre faveur, le dernier point ayant été annulé car le porteur du ballon a semble-t-il été touché avant de marquer (oui oui, je suis sûr de t'avoir atteint, petit malin). Mis à part poser des questions et me faire trucider par des gamins avec cinq ans et une tête de moins, je n'aurai au final pas servi à grand-chose. N'est pas Jon Snow qui veut.

Si le trollball est théoriquement accessible à tous (la tête de troll avait par exemple été remplacée par un ballon de rugby cette fois-ci), il ne l’est pas forcément à toutes les bourses pour peu que l’on commence à s’y investir.

Exemple avec Baptiste, dit Drago chez les Renards. Sur son poitrail saillant, il porte un baudrier en cuir marqué du sceau de sa confrérie confectionné par un petit artisan. Coût: 280 euros. Amateur de haches, il en achète une nouvelle tous les ans (le prix d’une arme va de 50 à plus de 200 euros), qu'il porte parfois avec son armure composée de 25 kilos de plaques, côte de maille et casque. Prix total de la panoplie: 1.800 euros.

A croire qu'il est presque plus cher de se battre avec des armes factices que des vraies.

Olivier Clairouin

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