Monde

Sommet de Bruxelles: Angela Merkel s'est sentie trahie

Daniel Vernet, mis à jour le 06.07.2012 à 5 h 02

Le sommet de Bruxelles et l'alliance entre Hollande et Monti pourraient laisser des traces.

Mariano Rajoy, Angela Merkel, François Hollande et Mario Monti, à Rome le 22 juin 2012. REUTERS/Max Rossi

Mariano Rajoy, Angela Merkel, François Hollande et Mario Monti, à Rome le 22 juin 2012. REUTERS/Max Rossi

La sentence émane d’un ancien commissaire européen, un social-démocrate allemand: Angela Merkel a été trahie par Mario Monti avec l’aide François Hollande.

Günter Verheugen estime que le président du Conseil italien s’est mal conduit au sommet européen de Bruxelles en refusant le pacte de croissance aussi longtemps que des mesures d’urgence ne seraient pas décidées pour faire baisser la pression sur les taux d’intérêt payés par son pays.

Ce pacte de croissance avait fait l’objet d’un consensus lors de la réunion quadripartite de Rome entre la chancelière, le président français, le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy et Mario Monti.

Or le président du Conseil italien savait très bien qu’Angela Merkel ne pouvait rentrer à Berlin sans un accord sur le pacte de croissance. L’opposition social-démocrate, dont les voix étaient indispensables, en avait fait un préalable à la ratification du pacte budgétaire, cher à la chancelière.

Angela Merkel était prise en tenaille, entre les demandes des pays du sud et les exigences de la politique intérieure allemande.

C’est peu dire qu’elle n’a guère apprécié cette situation. D’autant qu’elle était arrivée à Bruxelles avec la ferme intention d’amener ses partenaires sur ses positions.

Elle avait eu des critiques très dures contre le projet présenté par les quatre «présidents» –Conseil européen, Banque centrale européenne, Eurogroupe et Commission. Elle trouvait qu’ils parlaient trop de solidarité, pas assez de discipline et de sanctions. Elle s’était publiquement fixée des «lignes rouges» qu’elle a été contrainte de franchir. Ses amis de la coalition gouvernementale l’ont rappelé mezzo voce, mais l’opposition s’est fait un malin plaisir d’insister sur ses reniements tout en s’en félicitant sur le fond.

Deux analyses de la crise

Il y a bien longtemps que la chancelière n’avait pas donné le ton au cours d’un Conseil européen et qu’elle a été obligée d’accepter un compromis élaboré par d’autres.

Comme le remarque le magazine Der Spiegel, la tradition voulait que la France et l’Allemagne se mettent d’accord, fut-ce in extremis, avant chaque Conseil européen pour présenter un papier commun à leurs partenaires.

Avec François Hollande, cela n’a pas été le cas. Deux analyses de la crise et deux conceptions de la solution se sont affrontées.

Le magazine de Hambourg qui n’a de sympathie ni pour Angela Merkel ni pour la France quel que soit son gouvernement, exagère en écrivant que toutes les idées, ou presque, de François Hollande ont trouvé un écho dans la lettre des quatre présidents, y compris la perspective des euro-obligations. La moindre allusion à ce terme est un chiffon rouge pour les économistes orthodoxes en Allemagne.

Lors du débat au Bundestag sur la ratification du pacte budgétaire et du Mécanisme européen de stabilité financière, Angela Merkel s’est efforcée de déminer le terrain. Elle a soutenu, contre toute évidence, qu’elle n’était pas allée au-delà des limites qu’elle avait tracées. Elle a tenté de désamorcer les critiques en affirmant que des idées générales avaient été adoptées à Bruxelles et que l’Allemagne conservait un droit de veto sur leur mise en œuvre.

Une centaine de recours a été déposée devant le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe et une fronde s’organise parmi les économistes allemands pour bloquer l’union bancaire.

Il n’en reste pas moins que les dirigeants allemands ont le sentiment d’avoir été floués, même si François Hollande a eu la prudence de dire qu’il n’y avait qu’un seul vainqueur: l’Europe.

Hollande veut créer un rapport de forces

Angela Merkel avait eu du mal à s’habituer au côté vibrionnant de Nicolas Sarkozy, à sa fâcheuse habitude de se présenter toujours comme l’inspirateur des décisions communes. Mais elle avait fini par nouer avec lui des relations de travail d’autant plus fructueuses que l’ancien président de la République semblait convaincu que la France devait coller le plus possible à l’Allemagne afin d’échapper aux foudres des agences de notation et aux humeurs des marchés financiers.

François Hollande joue sur un autre registre. Sans remettre en cause la coopération franco-allemande dont il connaît l’importance pour la politique européenne, il a décidé de créer un rapport de force avec Berlin en intégrant dans la concertation le président du Conseil italien qui ne passe pas pour un dangereux socialiste. Mario Monti se qualifie lui-même de «plus allemand des Italiens». D’où l’ampleur de la déception à Berlin.

Il ne s’agit pas seulement d’un problème personnel. L’orientation générale de la politique européenne est en jeu. Des économistes proches de François Hollande mettent en cause l’austérité généralisée prônée par l’Allemagne, qui, disent-ils, aggravent la récession alors qu’il serait nécessaire de mener une politique anticyclique.

Le président français ne peut pas la décider seul. Il se doit de respecter les engagements de réduction du déficit budgétaire pris par son prédécesseur, sous peine d’être immédiatement puni par les marchés. En revanche, il peut poser les jalons d’une réorientation. C’est ce qu’il a fait à Bruxelles.

Il lui faut avancer prudemment, ne pas aller trop loin, trop vite, pour ne pas braquer définitivement les responsables allemands, sans lesquels rien n’est possible en Europe.

Pour manifester la valeur qu’il attache à la coopération franco-allemande, il a proposé, dès la campagne électorale, une refonte du traité de l’Elysée, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’accord signé le 22 janvier 1963 par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer.

Il n’est pas sûr qu’Angela Merkel, plus soucieuse de résultats concrets que de textes symboliques, soit impressionnée par ce gage de bonne volonté. Il est même probable qu’elle ne laissera pas sans suite le moment désagréable qu’elle vient de passer à Bruxelles.

Comme l’écrit l’éditorialiste de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Günther Nonnenmacher, «les bêtes politiques ont la mémoire longue».

Daniel Vernet

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