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Un homme peut-il chasser le mammouth avec un sac à main?

Hugues Serraf, mis à jour le 06.07.2012 à 17 h 54

Un homme, un vrai, ça ne se promène pas avec un sac à main. C’est bien embêtant pour transporter son portefeuille, son téléphone et ses kleenex.

  Mammouth colombien via Wikimedia CC Licence by

Mammouth colombien via Wikimedia CC Licence by

Les hommes aiment bien se moquer du sac à main des femmes. En tout cas, moi, qui suis un homme, j’aime bien faire ça à l’occasion. Cette espèce de baluchon à poignée qu’elles trimbalent un peu partout, lourd, encombrant, rempli d’ustensiles inutiles, c’est un sacré mystère.

J’ai déjà eu l’occasion de regarder à l’intérieur, c’est un vrai foutoir et ça ne sent souvent pas très bon. On y trouve des tampons en vrac, un stock de clés dont on suppute qu’elles n’ouvrent plus rien depuis longtemps, des emballages de ceci ou de cela, de vieilles photocopies cornées de fiches de paye, des tubes de rouge à lèvres à demi-écrasés… Une horreur. Si j’étais une femme, je crois que je romprais avec la tradition et que je mettrais tous mes trucs et machins dans les poches arrière de mon pantalon comme un mec.

La seule chose qui puisse vaguement sauver le concept du grand cabas informe des nanas, c’est qu’il y a toujours des kleenex dedans. Moi, dans mes poches, il n’y en a jamais et lorsque j’ai le nez qui coule, j’apprécie de pouvoir mendier un mouchoir en papier auprès d’une fille qui m’en offrira un en grommelant que, ouais, c’est peut-être nul d’avoir un sac à main mais, au moins, on a toujours des kleenex.

C’est vrai. Et mieux, on peut même confier son portefeuille et son téléphone à la dame quand on s’assied à une terrasse de bistrot et que ça fait mal aux fesses. Ça c’est pratique. Parce qu’en vérité, de ne pas posséder soi-même de grand cabas informe et grotesque, ça peut parfois être ennuyeux: on n’a pas toujours une femme sous la main pour lui taper un kleenex ou lui donner ses petites affaires en consigne.

Le baise-en-ville de Robert Hue

Il y a d’ailleurs des hommes (mais pas moi, pas encore) qui contournent le problème en adoptant la version censément masculine du sac à main. C’est la fameuse sacoche façon Robert Hue, ce rectangle de cuir marronnasse qu’on appelait baise-en-ville autrefois même si l’on n’est pas certain que ses porteurs aient souvent l’occasion de lui rendre justice sur ce point. Je ne fais pas un commentaire sarcastique sur le sex-appeal de l’ancien secrétaire général du Parti communiste, je ne me le permettrais pas (enfin, si, je me le permettrais mais ça n’est pas le sujet), juste une incise sur la façon dont un look peut glisser de passable à ridicule en une quarantaine d’années à peine sans que ses adeptes ne s’en rendent compte…

Incidemment, le sac-banane, désormais totalement ringardisé, a aussi eu sa brève heure de gloire, et c’était curieusement avant l’arrivée du téléphone portable ou des lecteurs MP3. On se demande vraiment comment il s’est débrouillé pour s’imposer. D’un autre côté, il camouflait un peu les bedaines qui débordent. Ça a dû l’aider.

De toute manière, l’inclination naturelle de l’homme, du vrai, du tatoué, c’est de ne rien avoir à transporter qui soit susceptible de gêner ses mouvements. Tiens, je suis certain qu’une étude américaine existe qui confirme que c’est un réflexe archaïque de chasseur de mammouth parce qu’on ne va pas affronter un gros animal poilu et dentu avec de la maroquinerie fantaisie en bandoulière. L’homme doit justement rester capable de prendre la défense de la femme qui lui garde son portefeuille et son iPhone pendant une bagarre, quitte à ce qu’elle lui prodigue les premiers secours avec ses kleenex après qu’il s'est fait casser la figure en combattant pour son honneur.

Ni hipster, ni caillera, ni jeune cadre, qu’est-ce qu’il me reste?

Reste que, plus ça va, et plus l’homme est bridé dans son désir de s’ébrouer en liberté par la nécessité de rester en phase avec le progrès. Moi, si je vais quelque part en semaine dans le cadre du boulot, j’ai tellement de gadgets électroniques à déplacer que même en me mettant aux pantalons de randos multipoches, ça ne marchera pas. Bien sûr, j’ai plus de latitude le soir ou le week-end, lorsque je peux vraiment chasser l’éléphant primitif urbain au top de mes capacités. Mais du lundi au vendredi, je circule avec un petit sac à dos sobre et viril de chez GoSport.

Ça convient à mon mode de déplacement (le vélo), et on ne me confond ni avec Robert Hue, ni avec un hipster à besace de DJ, ni avec un jeune cadre à attaché-case rigide, ni même avec les jeunes de mon quartier qui rangent leur shit, leur papier à rouler et leur Blackberry dans une sorte de petit holster qu’ils s'accrochent à l’épaule... 

Ça convient, mais c’est juste un moindre mal. Je le sais bien, avec mon petit sac à dos, que je me balade vraiment avec un sac à main pour homme! Que je suis un traître à la cause. J’ai un peu honte. Pour un peu, je me mettrais à pleurer. Bah, qu'importe, j’ai sûrement des kleenex sur moi.

Hugues Serraf

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