Tian'anmen, 20 ans de silence
Depuis 20 ans, le gouvernement chinois a imposé un black-out sur les manifesations et l'intervention de l'armée.
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Le 4 juin 1989, l'armée chinoise écrasait la révolte étudiante sur la place Tian'anmen, en plein cœur de Pékin, et sonnait le glas du plus important mouvement démocratique de la Chine contemporaine. Pourtant, une grande majorité de jeunes Chinois ne connaissent même pas l'existence de ces manifestations. Depuis vingt ans, le gouvernement a su imposer un black-out sur Tian'anmen.
Il est toujours impossible pour la presse et les internautes chinois d'évoquer librement ce qui s’est passé le 4 juin 1989. «La recherche n'est pas en conformité avec les lois, les règlements et les politiques» : c’est la réponse obtenue par un internaute lorsqu'il tape «4 juin» sur le moteur de recherche Baidu, le plus populaire du pays. Tenter de visionner des images aboutit au même résultat: «Désolé, aucune vidéo ne correspond à votre recherche». Les seules informations disponibles sur Baidu concernant cette époque relaient la version officielle.
La liberté de la presse était l'une des principales revendications des manifestants et de ceux qui les soutenaient. Certains en paient encore le prix, par des mesures administratives ou une surveillance policière constante. Plusieurs journalistes, dont Shi Tao, condamné à dix ans de prison pour avoir envoyé un e-mail dénonçant la répression de Tiananmen, sont actuellement emprisonnés. Récemment, le défenseur de la liberté d'expression, Liu Xiaobo, figure emblématique du mouvement de 1989, a été arrêté de nouveau. Tandis que le cyberdissident Huang Qi, qui milite depuis longtemps pour la reconnaissance des victimes du 4 juin, est détenu sans jugement à Chengdu depuis juin 2008. Il est gravement malade.
Au cours des dernières années, les rares mentions dans la presse du «4 juin» ont été suivies de sanctions sévères. En juin 2007, par exemple, au moins sept employés du journal Chengdu Wanbao ont été renvoyés pour avoir laissé paraitre une publicité d’une ligne rendant hommage aux mères courageuses du 4 juin, en référence aux mères des victimes de la place Tian'anmen.
Selon l'organisation Chinese Human Rights Defenders (CHRD), les bureaux de la sécurité publique à travers le pays ont contacté ou rendu visite à des dizaines de dissidents pour les menacer de représailles s'ils écrivent, accordent des interviews ou tentent d'organiser des rassemblements liés à la commémoration du vingtième anniversaire du 4 juin 1989. Le dissident pékinois Zhang Zuhua et le blogueur Zan Aizong ont été avertis par la police, en avril dernier, qu’ils auraient des problèmes s’ils publiaient des articles sur ce sujet.
Les Chinois qui osent parler aux médias étrangers de ces événements sont aussi inquiétés. Le soldat à la retraite Zhang Shijun est détenu par les forces de sécurité dans un lieu inconnu. Il avait accepté de parler à l’agence Associated Press pour exprimer ses regrets concernant sa participation à cette tragédie.
Plus généralement, les signataires chinois de la Charte 08, qui qualifie explicitement la répression de juin 1989 d’un «désastre pour les droits de l'homme» à imputer au Parti communiste chinois, sont régulièrement convoqués par la police et harcelés.
Pourquoi une telle débauche de moyens sur un événement vieux de vingt ans? «Les leaders chinois savent que leurs mains sont tachées de ce sang. Ils craignent que si la vérité est révélée, le gouvernement aura à faire face à des pressions pour que les responsables de ce crime soient traduits en justice», explique Renee Xia de l'organisation Chinese Human Rights Defenders.
Vincent Brossel
Responsable du Bureau Asie de Reporters sans frontières
Photo Flickr Richard.Fisher: Soldat sur la place Tian'anmen
Mis à jour le 04/06/2009 à 7h04














































Que reproche-t-on aux dictateurs vaincus?
D'avoir exercé un pouvoir sanguinaire qui bafoue les droits élémentaires de l'humanité, d'avoir utiliser des camps de concentration pour éliminer ceux qu'ils disent être leurs adversaires, d'avoir perpétrer des crimes de guerre ou des génocides ou alors de n'avoir pas eu suffisamment de pouvoirs, de forces armées pour les soutenir plus longtemps, de ne pas avoir assez de puissance pour faire trembler le monde? En un mot, leur reproche-t-on d'avoir été des dictateurs ou d'avoir été vaincus?
J'espère que l'absence de réaction à cet article montre le désarroi et l'impuissance vertigineuse qui nous saisit devant ce monstre chinois plutôt que l'indifférence.
Il y a quelques semaines nous étions en voyage en Chine dans la
> province du Yunnan.
>
> A cette occasion nous étions accompagnés durant deux semaines par une
> jeune chinoise de 42 ans parlant un français exceptionnel.
>
> Nous avons abordé le sujet de Tien anmen, pour entendre deux informations.
> L'une concernant les étudiants acteurs de ces manifestations et qui
> sont toujours emprisonnés, après que 20 ans se soient écoulés.
> L'autre concernant TOUS les Etudiants qui terminaient leur cycle
> universitaire cette année 2009, et qui TOUS SANS EXCEPTION ont été
> bannis de la fonction publique. Aucun de ces étudiants ne POURRA
> JAMAIS entrer dans l'administration, qu'ils aient ou non participer à
> cette rébellion.
> Notre guide qui se préparait à être Professeur de Français, a donc été
> punie et a du travailler plusieurs années en usine, avant de pouvoir
> trouver un poste dans le tourisme comme guide et interprète.
> Il était poignant de voir cette jeune femme, les larmes aux yeux alors
> qu'elle nous rapportait ce qui fut un drame pour elle, comme pour
> beaucoup d'autres.
> Alors s'i l est vrai que les chinois de 20 ans ne savent pas, ce que
> fut Tien Anmen, leurs ainés de quelques années, ne l'ont pas tous
> oublié. D'autant que ces derniers sont ou leurs parents, ou leurs
> frères et sœurs ainés.
> Ce n'est pas seulement une atteinte aux DROITS DE
> L'HOMME, mais le témoignage d'une barbarie manifeste.
>
> Au fait, lorsqu'on parle du "COMMERCE EQUITABLE" qui se soucie de
> mettre, au moins un peu, la Chine au ban des Nations?
>
> Au moment ou l'on se prépare à donner GRATUITEMENT à nos étudiants
> protestataires leur diplôme en papier toilette, voila qui peut faire
> réfléchir!!!
On critique souvent notre biais bien français des commémorations. Mais dans le cas présent, c'est l'honneur de notre presse d'etre revenue sur cet évènement dramatique. Sans ce travail de mémoire, on aurait vite rangé ce drame dans les 'épiphénomènes' de l'Histoire. En effet, je ne me souviens pas qu'en 1986 - en pleine décennie des paillettes et de l'individualisme à marche forcée - on ait daigné commémorer à sa juste mesure les 20 ans de la terrifiante Révolution culturelle, autrement plus meurtrière et toujours parsemée de scènes grotesques mais toujours destructrices.